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Anonymal : Un débat préventif, riche d’interrogations et de constats

9 mars 2010

Vendredi soir, les habitants du Jas de Bouffan ont répondu présent à l’invitation de l’association Anonymal TV qui a souhaité réunir au cours d’un plateau participatif filmé, les élus de la ville d’Aix et les candidats aux élections régionales pour tenter d’améliorer l’accès à la culture, favoriser la réussite scolaire et tenter de trouver des solutions aux difficultés financières des associations. Si le débat a parfois été tendu, il a permis de soulever certaines interrogations et permis de prendre connaissance de certaines réalités.


 

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Le quartier du Jas de Bouffan compte prés de 35 000 habitants, une véritable ville dans la ville qui rencontre malgré la forte concentration de population, des difficultés et « des manques de moyens » qu’ont notamment dénoncé les habitants et les membres d’associations au cours de la projection de films réalisés par l’association pour illustrer les trois thèmes qu’elle a souhaités aborder.

Réussite : un grand écart entre les collèges du quartier

Pourquoi y a-t-il un grand écart entre les taux de réussite au BEPC dans les deux principaux collèges du quartier (Jas de Bouffan (55%) et Château Double (83%)) questionne Djamal Achour, directeur d’Anonymal. Si ce dernier pense que cela est dû à un manque de moyens, pour André Guinde, conseiller municipal d’opposition à Aix et conseiller général, cela n’a rien à voir, «  les moyens mis à disposition des enfants des deux collèges sont les mêmes » souligne-t-il. Peut-être n’y a-t-il pas assez de moyens ? poursuit le directeur de l’association qui préconise même l’idée de placer ces collèges en ZEP (Zone d’éducation Prioritaire) ou REP (Réseau d’Éducation Prioritaire) afin qu’ils bénéficient de moyens supplémentaires. Se pose alors la question de savoir pourquoi ces deux collèges ne sont pas classés en ZEP ? Patricia Larnaudie, enseignante, adjoint au Maire d’Aix et candidate aux élections régionales sur la liste de Thierry Mariani, affirme que la ville a demandé en 2001 au ministère de l’Education Nationale à ce qu’ils soient classés. Mais, en 1989, la ville a refusé nous apprend-t-elle. Or, pour pouvoir leur donner ce sigle aujourd’hui, il faudrait déclasser d’autres collèges du département. Ce dispositif permettrait à de nombreux élèves en difficulté d’être mieux pris en charge puisqu’un collège classé ZEP réduirait les effectifs dans les classes souvent surchargées. Au final, «  à partir de la 4ème, un grand nombre d’entre eux décroche. On leur propose donc des « classes relais » ou des stages faisant office de préapprentissage pour les moins de 16 ans. Histoire de « faire quelque chose avant qu’ils disparaissent dans la nature » explique un professeur au collège du Jas. Mais à ne pas généraliser, «  il existe de très bons élèves qui arrivent même à intégrer les concours de sélection internationale du Lycée Georges Duby à Luynes ».

Pour Fadela El Miri, tête de liste NPA dans les Bouches-du-Rhône, les ZEP ont été « détournées ». «  Ils y voient une zone de concentration de mauvais élèves » et dénonce au passage les inégalités entre les enfants scolarisés dans les écoles publiques et ceux du privé. « On supprime des postes et de l’argent. C’est de la discrimination » s’indigne-t-elle.

Le rôle des familles ...

Les familles ont également leur rôle à jouer dans la réussite scolaire et éducative de leurs enfants même si « certains parents, âgés d’une trentaine d’années, nés en France, ne savent pas lire » souligne Patricia Larnaudie. « Vous vous rendez compte de la perte d’autorité ? » poursuit-elle. Fadela El Miri n’est pas du même avis. « Ce n’est pas parce que les parents ne savent pas lire qu’ils ont moins d’autorité, cela réduit seulement le suivi de leurs enfants ». Pour Anne Mesliand, syndicaliste, enseignante et tête de liste du Front de Gauche dans les Bouches-du-Rhône, cela s’explique par l’échec des politiques scolaires qui ne combattent pas les inégalités et qui au contraire les favorisent en supprimant des postes d’enseignants. C’est là que les associations interviennent et font le lien entre les familles et le collège à l’image de l’association « Jabir » basé au Patio au Jas de Bouffan. Une association d’aides aux devoirs et au soutien scolaire notamment.

Les problèmes liés à l’orientation scolaire ont également été pointés du doigt par Djamal Achour, qui a tenté de savoir pourquoi 50% des élèves du Jas de Bouffan sont orientés vers les filières professionnelles, sachant que la moyenne académique est de 28%. Les familles sont souvent mécontentes des décisions prises par les enseignants qui choisissent « sans concertation » d’orienter leurs enfants vers des filières professionnelles plutôt que générales. Une habitante du Jas a fait part de l’expérience de sa fille, orientée « en vente » puis « en couture » : « Ne souhaitant pas suivre cette voie, je l’ai mise dans une école privée, elle a été suivie par les professeurs et a eu son bac » a-t-elle tenu à préciser.

Les conditions sociales déterminent la réussite ?

« La réussite est également déterminée par le capital social, économique et culturel » affirme un sociologue, membre du public. L’exemple donné par la tête de liste NPA dans les Bouches du Rhône est à ce titre assez évocateur. «  L’absentéisme participe à l’échec de l’enfant. Dans les cités et les quartiers, certains enfants ne vont pas en cours car ils vont devoir garder leurs frères et sœurs, les parents n’ayant pas les moyens de payer une baby-sitter ».

Retrouver le temps où le Jas baignait dans la culture...

Aix est une ville culturelle mais « les habitants du Jas n’en ressentent pas l’effet ». Les principales structures sont situées dans le centre ville. Or, il n’y a pas si longtemps, « ce quartier était le centre d’une vie culturelle riche. Aujourd’hui, le Jas est une série de rendez-vous manqué » lance, en colère, Arlette Masson, investie pendant plus de vingt ans dans les actions socio - culturelles au Jas de Bouffan. Cette dernière regrette en effet le temps où le théâtre, le spectacle vivant animaient le quartier. « L’installation du théâtre du Jeu de Paume dans le quartier était bien vu, mais il n y est resté que deux ans puis est reparti dans le centre ville. C’est encore un rendez vous manqué » soupire-t-elle. Hervé Guerrera, candidat (Parti occitan) sur la liste Europe Ecologie aurait préféré voir la construction de 10 salles de 300 places réparties sur le territoire plutôt que d’un « Grand Théâtre de Provence » de 3000 places situé dans le quartier Sextius Mirabeau. Car ce dernier est persuadé : « la culture a besoin de proximité pour se développer ».

Anonymal nous apprend qu’une école de danse contemporaine va être créee au cœur même du quartier. « Elle sera ouverte à tout le monde » a souligné Sophie Joissains, sénatrice, adjointe déléguée à la politique de la ville au cours de l’interview réalisée par l’association. Saleha Moulin, présidente du comité de quartier du Jas, collaboratrice de Jean Marc Perrin, chargé de la coordination des animations du Jas, nous apprend quant à elle, qu’un carnaval corso au Jas va avoir lieu du 5 au 15 juin. Un carnaval qui ressemblerait davantage à une parade costumée et qui réunirait une population « Black, Blanc, Beur ». Un évènement qui s’inscrit également dans un souci d’ouverture du quartier vers l’extérieur. L’installation de l’école d’Art au Jas a le même but, elle sera une annexe de Marseille Provence 2013.

Le Jas est souvent décrit comme un quartier en manque de visibilité et qui rencontre de nombreux problèmes de communication. « A chaque fois qu’une manifestation culturelle a lieu, les habitants ne sont pas là ». Pourquoi ? Cela est-il dû à un manque de communication ou les résidants ne sont pas intéressés ? Michel Lespagnol, directeur du Centre Social Les Amandiers pointe un problème de communication. « Les gens n’étant pas forcément au courant. Vous vous rendez compte, j’ai appris qu’il y allait avoir une manifestation culturelle dans mon quartier en regardant France 2 ? » s’exclame-t-il. Pour pallier ces problèmes de communication Saleha Moulin organisera le 19 mars prochain à l’école Joseph d’Arbaud, une réunion qui permettra aux associations d’améliorer leur système de communication. Si cela peut freiner l’accès à la culture des habitants, Fleur Skrivan, candidate aux élections régionales sur la liste de Michel Vauzelle et conseillère municipale d’opposition pointe plutôt du doigt le manque d’infrastructures telles que les stations vélos qui permettraient aux habitants d’avoir plus facilement accès à des manifestations. Pour Henriette Perthus, metteur en scène et présidente de la Compagnie « Trafic d’Arts II », il faudrait d’abord rendre abordable les prix de certaines manifestations. « Les abonnements au Théâtre du Jeu de Paume sont trop cher. Sur la Jas, on essaie de favoriser la gratuité ou de proposer des manifestations à des prix abordables » souligne-t-elle.

La réforme des collectivités territoriales menace les associations

Sans les associations, la culture serait inexistante dans les quartiers. C’est en tout cas ce que pense un bon nombre de citoyens persuadés de l’efficacité de ces associations qui jouent souvent un rôle de contre pouvoir en misant sur la solidarité culturelle et social. Or, aujourd’hui, elles se retrouvent menacées par une réforme « criminelle », celle des collectivités territoriales. Il est en effet question de supprimer pour les régions et les départements la fameuse « compétence générale » qui permettait aux collectivités de financer tous types d’activités. Or, certaines éprouvent déjà des difficultés à l’image de l’association « Aix Ensemble » (Radio Zinzine) qui survit grâce aux financements du Conseil Régional et du Conseil Général. Cette association risque de disparaitre avec cette réforme annoncée. « Le parti minoritaire (UMP) récupérerait les compétences des élus territoriaux. Ainsi, le peuple n’aurait plus voie à aucun recours. C’est la mort annoncée de la région et c’est surtout contraire à la Constitution de la République française » lance un membre du public. Anne Mesliand partage cet avis et ajoute même qu’il y a « une volonté d’éloigner les citoyens des centres de décisions. C’est une remise en question de la démocratie politique » a-t-elle fait-elle remarquer.

L’Europe : Une roue de secours ?

Les citoyens et les membres associatifs sont de plus en plus nombreux à évoquer d’éventuels financements européens. Certaines associations sont actuellement financées à 50% par l’Union Européenne. Le hic, c’est qu’ « il faut ensuite trouver les 50% restants. La région ou la municipalité permettent de suivre », mais pas pour longtemps si l’on prend en considération les remarques faites par les candidats aux prochaines élections régionales qui ont souligné la dangerosité de la prochaine réforme.

 



 

 

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