Articles

Accueil > Actualités > GRIPPE A : « préparer, anticiper sans exagération »

 

GRIPPE A : « préparer, anticiper sans exagération »

14 août 2009 - Dernier ajout 23 août 2009

Les déclarations se multiplient qu’elles soient institutionnelles, politiques ou médicales. Les avis divergent, des procédures sont mises en œuvre au fur et à mesure, à l’approche du seuil fatidique saisonnier que représente l’automne. Une certitude pour l’instant, la grippe A (H1N1) est très contagieuse. Néanmoins, les effets sont moins à redouter que les conséquences économiques et sociétales. Rencontre avec le Dr Françoise Gaunet-Escarras, adjointe au maire de la Ville de Marseille, déléguée à la Santé, l’Hygiène, Prévention des Risques Sanitaires chez l’adolescent.


 

JPEG - 66.2 ko

Comment trouver un juste équilibre entre prise de conscience responsable sans tomber dans la paranoïa et relativisation de la pandémie mondiale en évitant la banalisation ? On songe bien évidemment aux propos de deux médecins –députés par ailleurs-, Bernard Debré qui parle de « gripette » et Jean-Marie Le Guen, de « catastrophe ». Ces derniers jours, les informations s’amoncellent. La Fédération hospitalière de France (FHF) tire la sonnette d’alarme. En effet, les responsables des hôpitaux réclament des fonds supplémentaires pour prévoir les actions des établissements de santé en cas d’éventuelle épidémie. Le 12 août, Luc Châtel, ministre de l’Education signale qu’en cas de pandémie totale, le gouvernement est prêt à fermer les établissements scolaires en vertu de la phase 6 (ultime phase de l’OMS) du plan national de lutte contre la pandémie –probable à la rentrée.

Dans ce cadre, l’Education nationale a prévu de maintenir un lien entre les élèves et l’école par la diffusion télévisuelle de cours. Sous l’égide de l’Inspection générale, le Centre national de la documentation pédagogique (CNDP) a élaboré des cours, en partenariat avec France Culture et France 5 –permettant d’assurer un programme de 90 jours en cas d’école fermée. L’Union européenne juge inutile une telle mesure. La vaccination pour tous : est-elle réellement utile ? On commence à évoquer une pénurie d’œufs, qu’en penser ? En effet, il faut savoir que des œufs, destinés à la fabrication de vaccins doivent avoir été fertilisés.

Les éléments actifs des vaccins sont cultivés dans des œufs de poules car les virus réclament des cellules vivantes pour se reproduire. Une carence de production d’œufs serait envisageable en raison de la fabrication massive de vaccins contre la grippe A. Plus localement, on a beaucoup parlé du paquebot bloqué à Marseille, la préfecture évoquant environ 60 cas de grippe H1N1 à bord. Finalement après résultats de l’enquête épidémiologique, les autorités ont autorisé le débarquement des passagers. Y-a-t-il un excès de principe de précautions ?

Autant de questions que chacun peut se poser. Le Dr Gaunet-Escarras tente de nous apporter des réponses.

Pouvez-vous nous dresser un constat sur l’évolution de l’épidémie ?

La grippe A avance, elle est très contagieuse mais bénigne. L’OMS (qui a déclenché l’alerte 6) annonce 2 milliards de personnes contaminées sur 6. Evidemment, les pays du Sud souffriront le plus, c’est bien là que la prévention est difficile.

Il faut être équilibré dans ses propos, ce n’est ni une gripette, ni une catastrophe. Il s’agit de préparer, anticiper. C’est déjà une réelle pandémie mondiale, donc une affaire sérieuse dont la gravité n’est pas connue. Car on ne sait pas si le virus va muter. S’il reste au stade actuel, ce ne sera pas une grippe grave individuellement mais collectivement, les conséquences seront très fortes. Parce que la quantité de patients atteints (notamment la population jeune, les enfants, les personnes âgées très fragilisées) fera que la grippe sera un handicap pour tous les pays dans la vie sociale, la vie active.

Le gouvernement songe sérieusement à la fermeture d’écoles. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons de sérieux soucis dans les écoles. C’est notre priorité, nous sommes en train de fixer des règles. Par exemple, à partir de trois enfants atteints dans une collectivité scolaire, on fermerait l’école. Derrière ce décor, on a des sollicitations de télétravail, téléenseignement de l’Education nationale pour avoir une veille scolaire. La période peut varier de 1 à 3 mois, ce sont des durées assez longues car la grippe va avoir un pic de 3 semaines comme la grippe saisonnière. Globalement, ce sont 12 semaines. En tenant compte du passif des anciennes grippes (Hong-Kong,…), nous aurons une première vague de 12 semaines, ensuite une accalmie puis une reprise de 12 semaines. Voilà le schéma classique de fonctionnement des virus.

Comment se passe la prévention en santé publique ?

Au centre, se tient la position des institutions et des décideurs qui ont en charge la santé des citoyens. Il faut anticiper sans affoler. Ce qui signifie : préparer un certain nombre de plans, mettre en place des équipes dédiées qui sont mobilisables. Mais sans savoir ce qui va advenir. La préparation est nécessaire sans exagération, sans traumatiser la population. Il est vrai que nous avons une histoire. Nous, français avons été laxistes pendant des lustres sur énormément de crises sanitaires. Et de ce fait, on reçoit très mal une crise sanitaire, les gens sont très facilement traumatisés. Moi, je suis entrée en politique à cause du sang contaminé, à l’époque j’étais à l’Institut Pasteur en 1985. Les français ont une perception de la crise sanitaire, très différente de la plupart des autres pays d’Europe. La deuxième raison est le fait qu’ils n’ont pas d’éducation à la santé. Les écoles de la République ne délivrent pas cette culture qui permet de mieux se comporter devant une crise sanitaire.

Néanmoins, on peut faire (intelligemment) de la com de Santé. Par exemple, en 85, une canicule provoque la mort de 500 personnes à Marseille, le fait passe complètement inaperçu. En juin 2003, le Pr San Marco m’interpelle sur l’hyper chaleur. On prévient la population par les flyers, les annonces télé. On ajoute la solidarité, les habitudes marseillaises. On a eu 13 % de plus de décès entre fin juillet et début septembre 2003 alors qu’à Nîmes, 130 %.

L’organisation est cadrée. Ma délégation est à 50 % sous l’obédience de l’Etat et de la Ville. Dans nos responsabilités d’Etat, nous avons la sécurité sanitaire et l’information de la population, ainsi que des missions données par le Préfet, comme la vaccination (en cours de discussion). La philosophie est de vraiment anticiper, tant pis si cela nous coûte de l’argent pour rien. Et l’hygiène (lavage des mains systématique, port de masques) est fondamentale pour endiguer la maladie. Les barrières sanitaires vont vraiment empêcher la diffusion. Eviter la diffusion, c’est empêcher le risque statistique de mutation. Moins il y aura de patients, moins il y aura de brassage génétique.

Le brassage de population est un risque. Comment agit-on dans une région touristique comme PACA ?

Les mesures d’isolement et d’endiguement appliquées depuis mai ont retardé la présence du virus sur notre territoire. Il faut cerner les lieux de propagation comme au Mexique, faire de l’isolement à 150 %, la progression de la maladie s’est arrêtée en un mois. Donc la méthode est l’isolement.

A Marseille, le retour massif dans les écoles (notamment les populations immigrées qui retournent au bled l’été) va être un fait majeur. C’est certain que c’est un lieu public de foisonnement des virus. Les retours par avion, par bateau également.

Mais le paquebot (stoppé en rade de Marseille) a été un exemple intéressant avec les moyens de vérification mis en place. Le bateau arrive, on prévient la veille. On nous dit un patient sûr H1N1 et 64 suspects. On se concerte, la Ddass et moi-même, décidons d’une surveillance le matin à l’arrivée du paquebot. On a su qu’il y avait eu un test rapide, tous négatifs. On les a laissé débarquer. Mais tous les gens qui avaient la moindre fièvre sont restés à bord. Là c’est une décision locale, le plan ne le signalait pas. Nous avons donc un programme national et des cas pratiques, il faut alors confronter avec la réalité du terrain.

Quelles sont les statistiques en France ?

La grippe saisonnière provoque de l’ordre de 5 000 décès avec une atteinte de la population de 10 à 15 %. La grippe H1N1 aurait un impact de 20 à 50 %. Donc on n’a pas les moyens humains pour intervenir. Car sur le plan sociétal, l’absentéisme est énorme et aura des conséquences sur le fonctionnement de la société. Pour cela, on est dans une préparation sociétale : engager les entreprises sur un plan de continuité de la lutte contre la pandémie. L’Etat va s’occuper de la population, il faut que chaque entreprise prenne ses responsabilités au niveau de l’organisation du travail. Il y a une gouvernance responsable car l’Etat ne pourra pas tout faire.

Le taux prévisible des décès est de 0.5 %, soit de 90 000 à 200 000 personnes. Attention, la projection en mortalité s’avère exacte en absence de mesures totales de protection sanitaire. En tenant compte du plan national de lutte contre la pandémie, le nombre de morts pourrait s’élever à 32 000.

Tamiflu, le bon médicament ? Vaccination indispensable ?

Le Tamiflu ne donne pas plus de vomissements que les autres médicaments. Si vous lisez les notices, tous les médicaments ont des effets indésirables. Le Tamiflu doit être réservé aux cas diagnostiqués sévères sur indication médicale. Sinon, on a tous intérêt, surtout si la pandémie est croissante, à faire des anticorps. Et le Tamiflu retarde, diminue la formation des anticorps ; c’est le même problème qu’un antibiotique. Et il peut créer des résistances, pour l’instant, il n’y en a pratiquement pas.

Concernant la vaccination, on estime que si 50 % de la population en bénéficie, une épidémie ne progresse plus. Cette logique médicale explique le nombre de vaccins achetés par l’Etat qui est de 94 millions. (Il faut savoir qu’il faut en principe deux doses par personne).

Où en est la fabrication du vaccin ?

Les laboratoires ne veulent pas communiquer. Ils sont extrêmement réticents. Le vaccin est prêt ou pas prêt… Le vaccin serait disponible en octobre. De toute façon, le vaccin n’est pas déclaré obligatoire. Actuellement, l’Etat réfléchit et on évoluerait vers une non vaccination généralisée. Hormis la vaccination des médecins, des groupes à risque.

Quelle est l’évolution de la prévention publique ?

La prévention des risques sanitaires a fortement évolué ces dernières années. La Ville a une nouvelle réunion de concertation avec la DDASS (direction départementale des affaires sanitaires et sociales) entre le 25 et le 30 août. L’objectif principal est de faire prendre conscience, parallèlement, à notre population que les risques sanitaires sont inhérents à la vie. Mais les risques infectieux font partie des risques émergents à nouveau. Il faut vivre avec et s’adapter.

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 6 novembre

     

    Projet de loi sur la Sécurité Sociale adopté : 4,2 milliards de restrictions demandés

    L’Assemblée nationale a adopté, mardi 31 oct 2017, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. La gauche de l’Hémicycle a voté contre, dénonçant une attaque sans précédent contre le système de protection sociale. https://www.humanite.fr/le-budget-de-detricotage-de-la-securite-sociale-ete-vote-644835

     

  • 6 novembre

     

    Violences sexuelles faites au femmes, plan d’urgence demandé à Macron

    VIOLENCES SEXUELLES - Louane, Alexandra Lamy, Tatiana de Rosnay... 100 femmes demandent à Macron "un plan d’urgence contre les violences sexuelles" Elles sont les premières signataires d’une pétition en ligne pour en finir avec les violences sexuelles. "Ces violences ne sont pas une fatalité. Elles peuvent cesser". Une centaines de personnalités féminines de la société civile, artistes, comédiennes, réalisatrices, écrivaines, journalistes, médecins... ont signé une tribune adressée au président Emmanuel Macron dans le Journal du dimanche ce 5 novembre, demandant "un plan d’urgence contre les violences sexuelles". Cet appel, initié par des militantes féministes, dont Caroline de Haas, a également été (...)

     

  • 30 octobre

     

    Concert de musique arabe et européenne en soutien à SOS Méditerranée dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence

    La série de concerts solidaires exceptionnels inaugurée en 2016 au profit de SOS MEDITERRANEE, se poursuit cet automne, sur l’initiative de Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence et organiste, et membre du comité de soutien de SOS Méditerranée. Le prochain concert aura lieu - Vendredi 17 Novembre à 20h45 - Eglise St Jean de Malte à Aix-en-Provence "Les couleurs de l’Amour et de l’Exil" Concert de musique arabe et européenne Bernard Foccroulle Orgue Alice Foccroulle Soprano Moneim Adwan Chant et Oud Compositions de Francisco Correa de Arauxo, Alessando Grandi, François Couperin, Dietrich Buxtehude, Bernard Foccroulle, Abou Khalil El-Kabani, les frères (...)

     

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit de retrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

Articles récents

Articles au hasard