Articles

Accueil > Actualités > "La Galère" autour de la rénovation urbaine

 

"La Galère" autour de la rénovation urbaine

7 septembre 2011

La seconde édition du festival de Radio Galère 88.4 se tenait ce week-end à la Belle de Mai. Au menu, concerts, animations, expositions, rencontres, mais aussi des débats. Associations, collectifs et habitants ont pu notamment se glisser derrière le micro pour aborder le thème de la rénovation urbaine et des inégalités autour du logement. Partage d’expérience, coups de coeur et coups de gueule ont fait vibrer les ondes de la célèbre radio marseillaise. Retour sur un échange orchestré, poing levé, par Etienne Bastide et Yeter, deux animateurs emblématiques de la station.


 

Galère de l’accés au logement, galère de la rénovation, galère des loyers ou galère des expulsions locatives, la radio éponyme a placé ce forum participatif sous le prisme des luttes. Habitants et associations ont pu faire part de leurs expériences et partager leur engagement. Et c’est avec un premier focus sur la porte d’Aix que le débat s’est ouvert. Retour sur le feuilleton rocambolesque de l’été : affaire du parking, expulsion des Roms, cette porte, point d’entrée et de sortie de la ville, mais aussi lieu d’accueil de différentes manifestations, est maintenant placée sous le joug des CRS. Tout un symbole de rassemblement et de résistance désormais effacé pour Nouredine Abouakil de l’association Un centre-ville pour tous. « En 2005, la marche mondiale des femmes y est passée. Beaucoup de choses se passent là-bas et maintenant, ce sont les fourgons de CRS qui cernent l’arc de triomphe ».

JPEG - 205.3 ko

Un symbole envolé, mais surtout un préalable à la rénovation urbaine, souligne Sarah, étudiante en urbanisme : « On envoie les CRS porte d’Aix et on déblaye ; et maintenant c’est au tour du marché aux puces. On dit aux populations : regardez comme c’est insalubre et puis, on sort ces discours sur la dégradation du quartier, sur la sécurité, des discours qui servent de faire-valoir à cette rénovation ». Des indices qui ne trompent pas pour les associations. Celles-ci s’inquiètent du devenir du marché aux puces de la Madrague, voyant les vendeurs de l’extension du marché se faire confisquer leur marchandise depuis quelques semaines. Ce haut lieu de la consommation marseillaise devrait en effet être rayé de la carte et transformé en un "marché des 5 continents". une menace pour tout le quartier des Crottes et de Bougainville, pour lesquels ce marché représente une importante source d’activités, selon les militants.

Euromed en ligne de mire

Egalement dans le viseur des associations et des habitants : la rénovation menée rue de la République, qui habite encore tous les esprits. Locataires chassés de leurs logements, méthodes de voyous, Nouredine Abouakil ne mâche pas ses mots : « on a vidé des appartements pour en tirer une rentabilité plus forte, les familles ont résisté et des méthodes de voyous ont été employées pour faire partir les habitants. Ce n’était qu’une première étape de la rénovation urbaine, le projet de la rue de la République n’appartient ni à Euromed 1 ni 2, mais a été livré à la spéculation financière, sans encadrement juridique public. »

JPEG - 169.2 ko

Même constat sur toutes les lèvres quant à Euromed : ce projet est bien loin de servir les intérets des habitants. Le second volet, Euromed 2, est en effet perçu comme une simple spéculation immobilière, représentée par des quartiers qui accueilleront des résidences à haute qualité environnementale, des hôtels, des bureaux. Pour Sarah, il s’agit simplement de prendre l’écologie comme argument pour augmenter les loyers. « Déjà avec Euromed 1, la mixité sociale était vue à l’envers, on rénovait en gentryfiant le quartier », commente la jeune femme. Ce programme de rénovation urbaine, censé être le plus grand d’Europe, a perdu tout son sens pour cette dernière : « On est dans une logique de concurrence entre les grandes villes européennes, on en arrive à une économie de résidentilisation : il faut attirer les centres de commandement et donc séduire par des bureaux, du tertiaire,... Il n’y a aucun discours social dans ces projets, ce n’est qu’une opération de séduction pour les classes montantes ».

JPEG - 174.4 ko

Manque d’information des populations autour du projet, manque de concertation, intimidations, tous les travers d’Euromed ont été passés à la loupe et partout, le même constat : derrière ce projet se dessine l’ambition non avouée de reléguer les plus pauvres en périphérie. Jean-Marc Ega du comité Mam’Ega témoigne : « on est dans une logique de reconquête du centre-ville, on repousse les populations paupérisées vers le nord de Marseille. La mixité sociale n’existe plus : dans les quartiers des XIIIe et XIVe arrondissements, avant, il y avait de la mixité, une dynamique de quartier, une diversité au sein de la population représentée par différents métiers, car il y avait des possibilités de travailler autour du port. Cela n’existe plus, il n’y a plus que deux communautés ghettoïsées : maghrébine et comorienne. Il y a un total désengagement du service public, des petites associations, il n’y a pas de prévention politique, il y a là un énorme chantier ».

Le recours aux tribunaux comme moyen d’action

Si le manque de concertation est clairement pointé du doigt par les associations, les militants misent aussi sur leur propre détermination à se faire entendre et ceci, par tous les moyens. Dans ce sens, pour Alain Laval de la Confédération syndicale des familles, la lutte entreprise par les habitants de la Savine est exemplaire. « Les bailleurs sociaux ont juste reçu le loyer et laissé dans l’abandon les locataires », s’insurge le militant. Pour Jean-Luc Duriez, autre membre du syndicat : les bailleurs n’ont pas pris leurs responsabilités : « ils ont mal géré, attendu, et résultat : c’est le public et l’ANRU qui doivent intervenir. »

Pour faire face aux marchands de sommeil et aux spéculations, les militants sont désormais prêts à se tourner vers la justice et ils l’ont déjà prouvé, notamment à travers les actions entreprises par l’association Un Centre-ville pour tous. Nouredine Abouakil rappelle que grâce à une action en justice, la société Marseille République a fini par être condamnée pour avoir abandonné un immeuble. Jean-Luc Duriez met ainsi en avant l’importance de former les militants afin qu’ils soient capables de décoder les textes juridiques.

JPEG - 205.3 ko

La parole citoyenne du début semble bien s’être transformée, depuis, en parole militante, avec au centre, des associations prêtes à rallumer la mèche. « On obtiendra des résultats par la mobilisation de tous : par des manifestations, par le recours au juridique, par le squat des sièges des bailleurs, s’il le faut, tout est possible », prévient Alain Laval. Des moyens d’action indispensables qui éviteront peut être l’apparition de bidonvilles, souligne Nouredine Abouakil : « Les bidonvilles n’existeront pas à Marseille, mais il y aura des logements précaires, des taudis si on laisse faire ». Une existence conjuguée au futur ? Pas si sûr, pouvait-on entendre murmurer du côté du public. Pour vérifier, il suffit en effet simplement de se pencher sous quelques passerelles d’autoroutes. A chacun ensuite de décrire avec ses propres mots ce qu’il y voit. Une chose est sûre : la rénovation urbaine n’est pas encore passée partout et pour tous, parole de galère !

 



Ecrire un commentaire

 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 21 novembre

     

    Des franchisés de Leclerc mis en cause dans une affaire d’abus aux aides de Pôle Emploi

    Lundi, deux avocats représentant onze victimes et l’union locale CGT ont déposé plainte contre X pour « escroquerie, offre d’emploi fausse, travail dissimulé, soumission de personnes vulnérables à des conditions incompatibles avec la dignité humaine et violences ». Pour ouvrir un supermarché, des franchisés Leclerc faisaient appel à une masse de stagiaires affectée essentiellement à des petites tâches. La formation, qui devait majoritairement découler sur des contrats d’embauche s’est terminée sur des remerciements. Les franchisés se sont désolidarisés de leurs engagements. Cette main d’oeuvre, qui était en statut "formation" par Pôle Emploi, était rémunérée par ce dernier. Plus d’infos sur Le (...)

     

  • 21 novembre

     

    Pénurie de profs dans le 93

    La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé une série de mesures pour renforcer l’équipe éducative dans le département de Seine-Saint-Denis. Alors que 4.000 postes d’instituteurs manquent toujours à l’appel, la ministre a lancé un concours spécial pour l’académie de Créteil, en plus du parcours classique pour devenir instituteur, pour ceux qui ont échoué dans d’autres académies. Ils auront ainsi une deuxième chance qui leur permettra d’aller enseigner dans le département de Seine-Saint-Denis, s’ils en ont envie. La ministre va également privilégiée les études des jeunes issus du département qui souhaiteraient devenir professeur en leur finançant les études à partir du Master 1. (...)

     

  • 20 novembre

     

    Les Israéliens s’arment

    Deux jours après l’attentat d’une synagogue qui a tué cinq Israéliens, le climat est très tendu. Les habitants commencent à se précipiter dans les armureries. "Certains viennent acheter des bombes lacrymogènes, des matraques télescopiques ou même des armes. Des petits calibres" rapporte RTL. Le seul fait de vivre en territoire palestinien, "une zone considérée comme dangereuse par le gouvernement israélien", octroie le droit aux habitants de détenir une arme et sont exemptés de toutes procédures. " Aujourd’hui, certains Israéliens demandent à ce que les conditions soient élargies, que tout le monde en gros puisse se (...)

     

  • 18 novembre

     

    Suite à un rassemblement pour Rémy Fraisse et la pression policière subie, une citoyenne militante témoigne

    "Je me dirigeais ce soir, à 18 heures 30 vers le Palais Longchamp où était annoncé un rassemblement en mémoire de Rémy Fraisse. Arrivée aux grilles du Palais, un écriteau signalait de se rendre aux Réformés. Là personne. Je descends le Boulevard Longchamp et je me dirige vers la Canebière. Arrivée au kiosque à musique, je vois des jeunes qui sautent par-dessus la grille et des CRS en bas qui les chassent. Certains se sauvent, il en reste 5 ou 6. Un policier plaque brutalement un jeune homme aux cheveux logs contre le mur du kiosque, je m’approche et apostrophe les CRS. De quel droit brutalise-t-il ce garçon ? On me répond « contrôle d’identité » Je me mets à côté de ce jeune et de 2 jeunes filles (...)

     

  • 17 novembre

     

    Inéligibilité d’un maire du Var pour des propos contre les Rroms

    Le maire (UMP) de Roquebrune-sur-Argens, Luc Jousse vient d’être condamné, par le tribunal correctionnel de Draguignan, à un an d’inéligibilité et 10 000 euros d’amende suite à des propos tenus contre les Rroms. En novembre de l’année passée lors d’un incendie dans un camp, l’élu avait déclaré que les pompiers étaient arrivés "trop tôt". Ce dernier a fait appel et continue, jusque là, d’exercer ses fonctions. Le Monde

     

  • 17 novembre

     

    Le mystérieux magot de Balkany l’Africain

    La République centrafricaine soupçonne le député-maire de Levallois d’avoir empoché plusieurs millions de commissions occultes dans l’affaire Uramin. Révélations sur celui qui fut l’émissaire officieux de Sarkozy sur le continent. http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141113.OBS4997/le-mysterieux-magot-de-balkany-l-africain.html

     

  • 13 novembre

     

    La diversité dans le journalisme chez nos voisins wallons

    L’Association des journalistes professionnels (AJP), chapeautée par L’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique (AJPB), a publié un rapport portant sur la "Diversité au sein de la profession de journaliste". "Le journaliste type ? Un homme de 45 ans, Belge, dont la langue maternelle est le français et dont les parents sont belges. Mais au-delà de ce portrait-robot, quelle diversité présente la « population » journalistique en Fédération Wallonie-Bruxelles ? De quel milieu social proviennent les professionnels de l’info ? Dans quel milieu vivent-ils actuellement ? Manifestent-ils un intérêt pour d’autres cultures ou religions ? Quelles sont leurs convictions politiques, (...)

     

  • 12 novembre

     

    Pas de CAN pour le Maroc

    Suite à la demande qui avait été faite par le Maroc pour reporter la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2015, la Confédération africaine (CAF) a annoncé mardi sa volonté de l’organiser dans un autre pays. En raison de l’épidémie du virus Ebola, le Maroc, qui devait recevoir la compétition du 17 janvier au 8 février, s’est vu retirer ce privilège et dans le même temps, Les Lions de l’Atlas ont été disqualifiés du tournoi. Le Nouvel Observateur

     

  • 12 novembre

     

    1 an de RTT pour aider sa femme malade

    Des employés du réseau de bus et de tramway de Nice ont offert à l’un de leurs collègues un an de RTT pour qu’il puisse s’occuper de sa femme malade qui est sur le point d’accoucher. "Je n’étais même pas au courant de la démarche. C’est l’un de mes collègues et amis qui s’est renseigné et qui en a pris l’initiative", a indiqué à l’AFP Karim Zaouai, 32 ans, chauffeur de bus depuis deux ans. Libération

     

  • 5 novembre

     

    etat islamique : HRW dénonce la torture infligée à des garçons kurdes

    Human Rights Watch a recueilli le témoignage de quatre garçons, ex-otages de l’Etat islamique, enlevés à Kobane http://www.liberation.fr/monde/2014/11/04/a-kobane-le-recit-des-enfants-kurdes-tortures_1136261

     

Articles récents

Articles au hasard