Articles

Accueil > Egalité, diversité : Le débat > Lutter contre l’homophobie, dès l’école

 

Lutter contre l’homophobie, dès l’école

23 février 2012

On le sait, le taux de suicide chez les jeunes LGBT (Lesbiennes Gays Bi Trans) est jusqu’à sept fois supérieur* (et potentiellement seize fois supérieur pour les seuls transexuels) à celui des moins de 25 ans hétérosexuels, pour qui il s’agit déjà de la deuxième cause de décès après les accidents de la route. Parmi les raisons de ces suicides, l’homophobie et le rejet dont font parfois, souvent, l’objet des jeunes gens en plein questionnement. D’où la nécessité de sensibiliser, de prévenir, d’accompagner. Agréée par le ministère de l’Education et appuyée par le rectorat de l’Académie d’Aix-Marseille, l’association SOS Homophobie intervient en milieu scolaire. On fait le point, avec Romain Donda, militant de la délégation régionale PACA (qui réagit également aux propos de Christian Vanneste).


 

En 2009, avec deux autres associations, SOS Homophobie a reçu un agrément du ministère de l’Education nationale, et assure des Interventions en milieu scolaire (IMS) afin de lutter contre l’homophobie...

L’association nationale a mis en place les premières actions il y a sept ans : 70 000 élèves ont été sensibilisés depuis les débuts. Pour la région PACA, la délégation a vraiment été créée il y a un an. Depuis, 420 élèves sur 22 établissements ont été sensibilisés, notamment autour d’Avignon. En fin d’année dernière nous avons rencontré le rectorat pour lui présenter notre bilan, puis l’ensemble des institutions lors d’une journée de présentation. Nous avons pu leur montrer que les bilans étaient bons, que l’on était crédibles et ils ont été convaincus de l’efficacité de nos actions. Le rectorat de l’Académie d’Aix-Marseille a ensuite accepté de diffuser pour nous le rapport sur l’homophobie (établi chaque année par l’association, il est unique en son genre, ndlr) ainsi que les plaquettes de présentation. Là, l’avantage c’est que c’est le rectorat qui a remis directement aux chefs d’établissement les documents, avec une lettre où il cite l’engagement de l’infirmière conseil auprès du rectorat et du proviseur vie scolaire. Du coup, les établissements nous contactent sur toute l’académie : on a déjà une dizaine d’interventions programmées sur Marseille, mais aussi un peu partout, à Manosque, Avignon... On devrait cette année toucher près de 2 500 jeunes, de la 4e à la Terminale.

Concrètement, comment procédez-vous ?

L’action de prévention dure deux heures et consiste à faire un premier rappel aux étudiants sur ce que sont les discriminations dans n’importe quel domaine. Nous expliquons notamment les conséquences juridiques, ce à quoi ils s’exposent quand ils sont discriminants. Et puis les conséquences aussi pour la personne qui subit ces discriminations. On parle aussi du harcèlement, de tout ce qui est injures, qui tombent également sous le coup de la loi et peuvent surtout avoir des conséquences sur leurs camarades qui seraient l’objet d’insultes répétées. On n’est surtout pas dans une volonté de normalisation ; le principe de notre action est d’expliquer que le problème vient de la discrimination, il ne vient pas de la différence. Par cette approche on traite l’ensemble des discriminations : on finit par dire qu’une personne, qu’elle soit handicapée ou pas, homosexuelel ou pas, noire, blanche ou pas, ça n’a pas d’importance.

Ensuite, on fait un travail de réflexion autour des clichés, en vue de les déconstruire et de rétablir un peu d’égalité entre les personnes. On diffuse un court-métrage qui déclenche des réactions, réactions que les élèves expriment à travers des petits papiers anonymes sur lesquels ils peuvent faire leurs commentaires, poser des questions, donner leurs impressions... On lit ces petits papiers en classe et on répond à chacune des questions qui sont posées. La plupart du temps ce sont de simples interrogations, ce n’est ni méchant ni agressif. C’est simplement « on ne connaît pas l’homosexualité ». Nous répondons aux questions tout en gardant une certaine distance, et on essaie de faire évoluer un petit peu les mentalités sur chacun des sujets qui sont abordés.

Cette discussion qui s’engage sous couvert d’anonymat est de nature à libérer une parole ? Vous évoquiez notamment le constat de coming out dans ce cadre...

Complètement. La plupart du temps, il y a un isolement des personnes LGBT dans ces établissements où personne ne parle de ce sujet. Quand elles subissent du harcèlement ou des injures, elles ne sont pas en capacité de répondre parce qu’elles ne savent pas quelles sont les conséquences juridiques de ce harcèlement. Donc le fait que l’on vienne et qu’on explique que c’est interdit par la loi d’insulter son camarade de « pédé » ou de « tapette », ça leur donne plus de force par rapport à leur situation. Il y a une prise de conscience qu’on est « normal », cela peut paraître absurde mais quand on vit son homosexualité à cet âge-là... Dans un monde « hétéro normé », ce n’est pas facile de se reconnaître comme normal dans ce genre de situation. On explique qu’il y a des lesbiennes, des hétéros, des homos, des bi, des trans... Ca permet surtout de diminuer un peu les comportements agressifs que les homophobes peuvent avoir par rapport à eux. Évidemment, on n’incite pas les jeunes à faire leur coming out. Ca peut être parfois dangereux, suivant le contexte familial, scolaire, global... Bien entendu, il s’agit de rappeler que c’est important de vivre sa vie tel qu’on est mais qu’il faut prendre en compte tout un tas de facteurs avant de s’exprimer.

Vous est-il arrivé que des jeunes reviennent vers vous et l’association, suite à l’intervention ?

La partie soutien est gérée au niveau national par SOS Homophobie, avec notamment une ligne d’écoute. Et puis localement, nous sommes formés sur l’intervention auprès d’un public jeune. On ne traite pas les situations au cas par cas volontairement, puisque nous sommes liés à une charte d’intervention assez précise. Et puis nous ne sommes pas professeurs, juste intervenants.

Pour vous, faire évoluer les mentalités et réfléchir sur les mécanismes qui conduisent à l’homophobie, ça passe essentiellement par l’éducation ?

Oui, c’est clair que ça passe par l’éducation. On intervient de la 4e à la Terminale et c’est à cet âge-là que la prise de conscience se fait. C’est quand même le croisement de la crise d’adolescence, du moment où on se pose des questions sur sa sexualité, et puis c’est aussi à cet âge que les premières oppositions se créent entre élèves. C’est là que naît ce sentiment de différence. Et s’il n’est pas expliqué à ce moment-là, c’est dommage. D’expérience, les homos et lesbiennes que je connais disent tous que si à leur époque on était venu leur parler de ça dans leur classe, cela aurait changé vraiment une grande partie de leur jeunesse, ça leur aurait permis de s’assumer beaucoup plus tôt. Nous pensons même qu’il faut agir beaucoup plus tôt. Mais aujourd’hui l’opinion publique n’est pas forcément prête à aborder le sujet de la différence dès l’école primaire.

Avez-vous noté une différence de perception entre filles et garçons ?

L’agressivité sur le sujet par exemple n’est pas tellement liée au sexe de la personne mais plutôt à son vécu, à son comportement global. Il y a une différence néanmoins en termes de façon d’assumer. On a pu constater dans certaines classes des lesbiennes ou des bisexuelles qui assumaient leur sexualité, ce qui est beaucoup moins vrai pour les garçons. Pour autant ce n’est pas une généralité, tout dépend du contexte, de la personne. En gros, pour s’imposer comme garçon il faut être hétéro, viril et homophobe. Les filles, étant habituées à vivre comme déjà discriminées parce que femmes, ont une approche beaucoup plus claire et plus facile de leur statut de femme qui peut évoluer vers de la masculinité. Elles comprennent que le genre n’a rien à voir avec l’identité sexuelle.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de notre société : tend-elle vers une plus grande acceptation de la différence, ou y a-t-il encore de très fortes crispations ?

Il y a des chiffres : le rapport annuel de SOS Homophobie émane de notre ligne d’écoute qui reçoit plusieurs centaines de témoignages. Il n’y a bien évidemment qu’une partie des témoignages qui est exprimée, cela ne reflète pas totalement la réalité. Mais leur nombre augmente, ce qui est peut-être lié aussi à notre notoriété croissante. En tout cas, ça ne diminue pas, et les chiffres sont désolants. Notamment en PACA, qui reste une des régions sur-représentées en terme de témoignages d’insultes et d’agressions. En faisant une petite enquête sur la lesbophobie par exemple, une quasi majorité de lesbiennes interrogées pensent a priori ne pas avoir subi d’homophobie, mais après discussions elles se rendent compte qu’elles ont subi des insultes, etc.

Mais l’évolution, nous la constatons : ce n’est pas compliqué, pour faire évoluer les mentalités, il faut deux heures. La société elle-même évolue évidemment : avec les luttes qu’on a gagnées, aujourd’hui on a quelques candidats [à l’élection présidentielle] qui se prononcent pour une égalité devant le mariage, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

Malheureusement, l’évolution de la vision n’est pas forcément connectée à l’évolution à la baisse des cas d’homophobie. L’homophobie est quelque chose qui reste comme entériné dans les sociétés. On ne peut pas régler ça d’un coup de baguette magique, et l’égalité totale est encore loin d’être acquise...

Que faut-il faire ? Rendre obligatoire ce type de sensibilisation dans les établissements ?

Le paradoxe c’est qu’il est systématiquement demandé aux établissements de lutter contre ces problématiques, or les établissements ne sont pas toujours au courant de ce qui existe en PACA. Au niveau national, l’association a mis en place des outils d’information et on essaye au cas par cas de rencontrer les rectorats pour qu’ils nous aident. On dit en PACA qu’il faudrait a minima avoir une sensibilisation systématique ; ça peut vouloir dire une intervention en milieu scolaire, la formation des professeurs,... Encore faut-il qu’il y ait des budgets pour. On peut également diffuser des courts-métrages, distribuer en début d’année un rappel à la loi sur ces sujets de discrimination... Sur demande de SOS Homophobie, la région PACA a fait voter une motion spécifique contre l’homophobie. La région a la possibilité, puisqu’elle siège dans les lycées, de faire changer le règlement intérieur, afin d’y inscrire la lutte contre l’homophobie. Ça s’est déjà fait dans certains lycées.

J’en profite pour lancer un appel : pour faire ces interventions scolaires, il faut des bénévoles engagés, un peu disponibles et qui sont prêts à suivre la formation, à aller sur le terrain. Mi-mars nous lancerons une campagne de recherche de bénévoles. En PACA, il va nous falloir d’ici la fin de l’année entre 10 et 15 nouveaux et nouvelles intervenants et intervenantes formées. Une, deux ou trois demi-journées par an suffisent, pour répondre à la demande croissante. C’est ouvert à tous bien évidemment ! On est une des rares associations qui a une stricte parité hommes femmes dans la région...

Et les adultes, comment les informer, les sensibiliser ?

Pour un public adulte, nous avons intégré l’Intervention formation pour adultes (IFPA), un peu sur le même modèle que l’IMS. La commission a été mise en place il y a deux ou trois ans et il y a pas mal de demandes de formations spécifiques. Nous organisons également des rencontres toutes les trois semaines, lors desquelles on peut échanger. Et il y a tout un tas de rendez-vous annuels : on participe aux marches pour l’égalité, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie...

Une réaction aux propos homophobes tenus par le député Christian Vanneste, dont l’investiture aux législatives dans le nord a été retirée, et qui annonce quitter l’UMP avant que le bureau du parti ne se charge de l’exclure ?

Ce qui est terrible pour nous, associations de luttes contre les discriminations, c’est que au plus haut niveau des institutions de l’État, on continue de laisser dire et faire des personnes qui finissent par remuer ce genre de thématiques sans arrêt, et qui en font presque leur fonds de commerce, comme c’est le cas ici. A aucun moment on ne les remet en question. Nous trouvons ça dangereux. Je ne commenterais pas l’information brute, Christian Vanneste part, ne part pas... En revanche, le fait de déclarer qu’il n’y a pas eu de déportations d’homosexuels alors que des associations se sont vraiment battues pour faire reconnaître le droit à la mémoire, aux dépôts de gerbes, c’est terrible et désolant de jouer sur ce genre de sujet. Ça ne fait pas tellement mal aux associations, ça fait mal et ça continue de faire mal aux LGBT qui déjà subissent des discriminations générales du fait qu’ils ne peuvent pas se marier comme tout le monde, qu’ils n’ont pas le droit de donner leur sang comme tout le monde...

* Selon l’étude de l’INPES intitulée "Les minorités sexuelles face au risque suicidaire" 20 à 28 % des jeunes LGB (selon différentes études) et 34 à 50 % des jeunes trans (idem), ont déjà fait une tentative de suicide, contre 3 à 4 % des 15-25 ans hétéros.

Rapport Annuel 2011 SOS Homophobie

- La page Facebook de la délégation régionale de SOS Homophobie

- Ce que l’association demande aux candidatEs.

- A noter : ce soir, rendez-vous à 18h30 au Débouché, 3, Bd National, 13001 Marseille pour une présentation de l’association, et discuter.

 

 

Autres articles Egalité, diversité : Le débat

 

Brèves Egalité, diversité : Le débat

  • Septembre 2016

     

    Égalité hommes-femmes, la France dégringole dans le classement du HEC

    Le 25 aout dernier, la nouvelle édition du guide de la parité du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) montre que la France, avec 26,2% de femmes élues à l’Assemblée, se classe 60e au classement international établi par l’Union interparlementaire en juin 2016, sur 191 pays, alors qu’elle était 36e quatre ans plus tôt. Le Rwanda se classe 1er avec 63,8% de femmes, Cuba 3e avec 48,9%, la France étant également devancée par l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni. Faut croire que nos politiques ne se soucient de l’egalité hommes femmes que lorqu’il s’agit du voile et du "burkini" (...)

     

  • Juillet 2015

     

    L’OCDE tire la sonnette d’alarme sur l’intégration des immigrés en Europe

    Le nouveau rapport de L’OCDE paru le jeudi 2 juillet 2015 révèle que le taux de chômage des jeunes nés de parents immigrés est 50% plus élevé que celui sans origine migratoire. Les jeunes nés dans le pays de parents immigrés se sentent plus souvent discriminés en raison de leurs origines que le sont les personnes qui ont immigrés elles-mêmes, même si d’une façon générale ils occupent de meilleurs emplois que leurs parents Les chiffres montrent que les résultats scolaires des enfants immigrés ou de parents immigrés progressent globalement, des disparités existent encore car selon l’enquête PISA et OCDE leur niveau est deux fois plus faible que celui des élèves de parents nés sans origine migratoire (...)

     

  • Avril 2014

     

    Immigration, le vrai débat sur Radio Orient et Africa n°1

    « La campagne présidentielle 2012 s’achève. Une fois de plus, la question des immigrés a été traitée de façon caricaturale. De la viande hallal, à l’immigration zéro, en passant par le vote des étrangers, les candidats ont longuement débattu de questions mal posées ou marginales, en stigmatisant six millions de personnes et sans accepter d’ouvrir le vrai débat. C’est pourquoi, Africa n°1 et Radio Orient ont choisi d’interpeller ensemble les deux finalistes et de poser les vraies questions : le nouveau Président doit-il réduire ou stopper l’immigration légale dans le prochain quinquennat pour redresser les comptes de la Nation ? Quel est l’avenir des Français d’origine étrangère dans notre pays ? Radio (...)

     

  • Avril 2012

     

    Immigration, le vrai débat sur Radio Orient et Africa n°1

    « La campagne présidentielle 2012 s’achève. Une fois de plus, la question des immigrés a été traitée de façon caricaturale. De la viande hallal, à l’immigration zéro, en passant par le vote des étrangers, les candidats ont longuement débattu de questions mal posées ou marginales, en stigmatisant six millions de personnes et sans accepter d’ouvrir le vrai débat. C’est pourquoi, Africa n°1 et Radio Orient ont choisi d’interpeller ensemble les deux finalistes et de poser les vraies questions : le nouveau Président doit-il réduire ou stopper l’immigration légale dans le prochain quinquennat pour redresser les comptes de la Nation ? Quel est l’avenir des Français d’origine étrangère dans notre pays ? Radio (...)

     

Articles récents

Articles au hasard