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Travailleurs indochinois : un début de reconnaissance

2 novembre 2011 - Dernier ajout 7 novembre 2011

Ils étaient 20 000 en France, dans les années 40. Aujourd’hui, seule une poignée subsiste, ici et là-bas : les travailleurs indochinois. Majoritairement enrôlés de force, ces « sujets coloniaux » ont tous débarqué à Marseille pour être finalement répartis dans différentes industries, d’armement principalement, palliant ainsi le manque de main d’œuvre consécutif à l’effort humain consenti lors de l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne. Longtemps enfouie dans les tréfonds de la mémoire coloniale collective, leur histoire revit aujourd’hui, grâce notamment au travail engagé depuis plus de cinq ans par le journaliste Pierre Daum. Une plaque commémorative a été inaugurée mi-octobre par les maires de Miramas et Saint-Chamas.


 

Si l’industrie française a continué de tourner au tout début de la Seconde Guerre Mondiale, c’est un peu grâce à eux. Si vous mangez du riz camarguais d’une grande qualité, c’est tout à fait grâce à eux. Les travailleurs indochinois. Déclarés « volontaires » mais en réalité enrôlés de force pour la plupart, près de deux dizaines de milliers d’entre eux ont débarqué à Marseille dès le soir des années 30, après plusieurs mois de mer, à bord de quinze navires spécialement réquisitionnés. La France avait besoin de bras, suite à son entrée en guerre contre l’Allemagne. Le conflit ne sera que de courte durée : en 40 la France capitule. Les usines d’armement, dans lesquelles était principalement employée cette main d’œuvre indochinoise, cessent toute activité. Après une période de flou, les travailleurs venus des provinces du Tokin, d’Annam et de Cochinchine sont réaffectés à d’autres travaux. Certains travailleront à la mine. D’autres en Camargue donc, faisant bénéficier de leurs savoirs la riziculture locale, alors en berne.

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Ce sont ces ouvriers, leur contribution au pays, qu’ont souhaité honorer les maires de Saint-Chamas et de Miramas mi-octobre, en dévoilant une plaque commémorative sur le site de l’ancienne poudrerie, dont le fonctionnement à notamment été assuré par 1 500 travailleurs indochinois au début de la guerre. Une cérémonie organisée dans le cadre de la première biennale du RHMIT Mémoire en Chantier.

« Que savions nous avant cette journée hommage ? a interrogé René Gimet, maire de Saint-Chamas. Très peu de choses. Nous savions qu’au cours de la première guerre mondiale, des travailleurs originaires des colonies, la main d’œuvre indigène comme on l’appelait alors, étaient venus remplacer les jeunes poudriers envoyés au front. Nous savions que parmi les Algériens, Kabyles, Marocains et Sénégalais se trouvaient des Annamites. Nous savions que, comme beaucoup d’autres, certains étaient morts dans des explosions, asphyxiés ou brûlés par les produits qu’ils manipulaient. Nous savions qu’un d’entre eux avait, pour on ne sait quelle raison, tué un contremaître. Enfin nous savions que pendant la seconde guerre mondiale, ils étaient parqués dans un camp situé aux 4 chemins. Grâce à vous aujourd’hui nous ne pouvons plus dire que nous ne savions pas. »

Puis le maire de Miramas Frédéric Vigouroux rappelle les conditions de vie imposées à ce millier d’hommes, travaillant « sans salaire [... et] logés dans un camp à la discipline sévère où règne la maladie et la malnutrition ». Puis, prenant l’engagement d’interpeller élus et parlementaires sur la question de l’indemnisation des familles, il en appelle à « la reconnaissance officielle de ce drame de l’histoire coloniale par notre gouvernement ». Requiert enfin une minute de silence.

Une histoire sortie justement du silence grâce aux travaux du grand reporter Pierre Daum, qui s’est intéressé au sujet dès 2005, à la faveur d’un papier pour Libé :

Auteur d’Immigrés de Force, les Travailleurs indochinois en France (1939-1952), il s’est évertué à retrouver quelques-uns des derniers survivants de l’époque. Vingt-cinq en tout, afin de recueillir leur témoignage. Quelques milliers ont été rapatriés bien après la fin du conflit - souvent « libérés » tardivement, suite à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. D’autres, peut-être mille, ont choisi souvent pour des questions de cœur, de demeurer en France, fondant parfois un foyer.

Nous avons rencontré deux d’entre eux, Nguyen Van Thanh et Tran Van Than. L’un et l’autre conservent dans la voix une émotion difficilement identifiable, à l’évocation de leurs années de jeunesse consacrées à notre pays. Ils se souviennent.

Dans son discours, prononcé lors de la cérémonie commémorative, Nguyen Van Thanh ne garde pas rancune : «  Il y a la France coloniale de l’époque d’avant-guerre. Mais il y a aussi la France de toujours, aux trois couleurs hautement symboliques : Liberté, Egalité, Fraternité. C’est cette France-ci que vous représentez. C’est elle qui nous a accueillis. C’est celle qui nous sort de l’ombre aujourd’hui. C’est elle qui nous permet de croire et d’espérer ».

La France d’aujourd’hui expulse ceux qu’elle aurait peut-être fait venir de force en d’autres temps. Le 17 août dernier, une circulaire* émanant du ministère de l’Intérieur résumait tout une série d’«  instructions » qui «  appliquées strictement » par les autorités vietnamiennes, devraient « permettre l’amélioration de l’exécution des mesures d’éloignement prises à l’égard des ressortissants vietnamiens » en situation irrégulière.

- Une présentation de l’exposition afférente au travail de Pierre Daum.

- Nguyen Van Thanh va voir ses Mémoires, dont il a entamé l’écriture il y a dix ans sans penser qu’elles seraient un jour lues, publiées très prochainement aux éditions Elytis.

- Voir absolument le film documentaire Les Hommes des 3 Ky, réalisé par Dzu Le Liêu.

- Un contact utile : Association Histoires viêtnamiennes histoiresvietnamiennes@orange.fr

- * Nous publions l’intégralité de la circulaire :

circulaire réadmission ressortissants vietnamiens

 

 

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