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L’art comme témoin de l’exil. « L’authenticité de l’exil, il faut la demander aux exilés ».

7 novembre 2017 - Dernier ajout 8 novembre 2017

« Dans l’hostilité croissante à l’égard des réfugiés, la culture devait donner un exemple ». Ces mots, ce sont ceux d’Ariel Cypel.
Alors qu’Ariel Cypel et Judith Depaule dirigent le théâtre Confluences dans le 20ème arrondissement de Paris, ils vont avoir l’idée de lancer un appel pour accueillir des réfugiés au sein de leur théâtre.
Parmi eux, figurent des artistes auxquels ils proposent de monter sur scène.
Très vite, ils se rendent compte par faute de moyens ou d’espace, de la difficulté que peuvent avoir certains artistes exilés à pouvoir continuer leur art. Pour les aider, ils décident alors de créer un lieu où ces artistes peuvent s’exprimer.
C’est dans un espace large de 1000m2, prêté par Emmaus, que l’Atelier des artistes en exil a trouvé refuge. Inauguré le 22 septembre 2017 à Paris, dans le 18ème arrondissement.


 

Au premier étage, lorsque l’ascenseur s’arrête et que les portes s’ouvrent, le mot « Bienvenue » nous accueille en plusieurs langues. Tout ici est inscrit en français, anglais, arabe et persan.


En nous déplaçant dans les larges couloirs teintés de bleu, nous entendons les artistes s’exprimer en plusieurs langues différentes. Une seule leur est pourtant commune : celle de l’Art.

Ils sont originaires du Soudan, de la Syrie, de l’Afrique Subsaharienne et de l’Ouest, du Moyen-Orient, du Caucase et ont tous un point commun. Ils sont exilés.
Qu’ils soient amateurs ou de véritables stars dans leur pays, pour qu’ils puissent profiter de l’atelier il y a une seule condition selon Judith Depaule. « Il faut qu’ils soient des artistes en exil ». Avec un « véritable projet artistique » surenchérit Ariel Cypel.

Dans ce bâtiment du 18ème arrondissement de Paris, quasiment tous les arts sont représentés. Chacune des pièces est dédiée à un art précis. Architecture, Littérature, Peinture, Sculpture, Musique, Cinéma… la liste est encore longue.
Les artistes ont accès à de véritables ateliers. Chevalet, gouaches, et pinceaux pour les peintres. Piano, guitare et batterie pour les musiciens. Chaque artiste peut trouver ici tout ce dont il a besoin pour pérenniser ses œuvres. L’idée est « qu’on puisse servir d’un endroit où ils ont des ressources. Ils peuvent exposer et monter leur spectacle » résume la directrice de l’établissement, Judith Depaule.

Bien plus qu’un simple atelier, l’association propose également un véritable suivi. « Notre point de départ c’est leur situation (…) Aucun de nos artistes ne doit être à la rue » tient à rappeler le cofondateur et coordinateur Ariel Cypel.
L’atelier a ainsi constitué une réelle équipe professionnelle et vient en aide à certains exilés pour des tâches administratives. Car la directrice le souligne « On ne peut pas dissocier l’artiste de l’exil. À un moment donné la question de l’exil prend le dessus. Quand t’as pas de logement, quand t’as des problèmes de papiers... ça prend le pas sur tout ».

L’atelier des artistes en exil tente ainsi d’améliorer le quotidien de ces réfugiés. « On se dit que des personnes qui n’ont plus le droit à rien nulle part, si nous on leur ferme la porte…qu’est ce qu’il leur reste quoi ?! Ici on ouvre une petite fenêtre d’espoir » annonce Judith Depaule.

Pour subvenir à ses dépenses, l’atelier peut compter sur de nombreux soutiens financiers, dont le Ministère de la Culture.

Pourtant, malgré ces aides, le coordinateur avoue être un peu juste financièrement et est aujourd’hui à la recherche de nouveaux fonds. « On va ouvrir une plateforme de crowdfunding pour l’achat de matériel. J’espère que l’année prochaine on pourra acheter du matériel de professionnel et de qualité. Les cinéastes ont par exemple besoin d’enceintes performantes, de stations de montage, d’un mac...On a déjà du matériel mais on est un peu léger ».

Durant notre venue à l’atelier des artistes en exil, nous avons eu l’opportunité de rencontrer deux soudanais, tous deux âgés de 26 ans : Mohamed Nour Wana, et Mohamed Abakar, avec un seul M, tient-il à préciser.
Casquette à l’envers sur la tête et casque de musique autour du cou pour le premier. Jean et sweet à capuche pour le second. En bref, des jeunes qui ressemblent à n’importe quels autres jeunes. À un détail près : ils sont exilés.

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Avec la casquette : Mohamed Nour Wana, en jogging : Mohamed Abakar

Depuis son plus jeune âge, Mohamed Nour Wana mène une vie de réfugié. « Je n’ai jamais eu de chez moi. C’est toujours moi l’étranger » nous confie-t-il.
Il faut dire que très tôt, il quitte son pays natal, le Soudan, avant de vivre sans papiers au Tchad puis en Lybie.

Cette vie d’exilé fait aujourd’hui de lui un véritable enfant du monde. L’homme peut s’exprimer en 5 langues différentes.

Les deux artistes se souviennent du jour exact où ils sont arrivés en France. Le 10 septembre 2015 pour Mohamed Abakar, le 22 juin 2016 pour Mohammed Nour Wana.
Ce jour, restera à jamais gravé dans sa mémoire. « J’ai été vraiment choqué de voir Paris du mauvais côté. Il y a des gens qui dorment sur des cartons » s’indigne-t-il. Il poursuit en affirmant que « les personnes les plus vulnérables sont les plus méprisées. C’est choquant »

Lors de sa première nuit à Paris, il était à la rue. Sans avoir de quoi boire, ni de quoi manger. Habitué aux scènes de chaos, cette soirée la profondément marquée. « Il y avait un truc qui me manquait : c’étaient les bombardements et les coups de feu. Le silence me paraissait bizarre. Je me disais qu’il y avait un truc qui n’allait pas alors que tout allait bien. C’était juste le début d’une vie normale. »

Lorsqu’il a entendu parler de l’Atelier des artistes, Mohamed s’est immédiatement réjouit. « Je me suis dit c’est cool, il y a une place ici pour travailler, pour recevoir de l’aide ».

Lui est écrivain. M. Abakar est photographe. Tous deux partagent la passion pour l’art et ont un objectif commun : montrer la vie des exilés. « Moi je fais des photos sur la vie quotidienne des réfugiés. J’aime bien témoigner des choses » nous confie le jeune photographe. Il nous annonce d’ailleurs que certains de ses clichés seront exposés prochainement à Versailles.

Mohamed Nour Wana planche quant à lui en ce moment sur un livre : Au cœur de l’asile, les raisons de l’exode. Au programme dans cet ouvrage ; récits de vie, de son histoire, de celles de ses ami(e)s avec un seul et unique but : montrer le côté caché de l’exil, des choses que les journalistes ne peuvent montrer. « C’est un peu choquant de lire des trucs sur nous. C’est pas des vraies histoires » dit-il avec tristesse. Lui, compte raconter « des trucs que nous avons vécus directement avant de fuir jusqu’ici ».

Selon lui, nous ignorons les raisons qui poussent certaines populations à fuir leur pays. Ces raisons, il compte les mettre en exergue. « Ils ne comprennent pas quels sont les problèmes qu’on a en Afrique. Je ne veux pas garder ce côté caché ».

Mohammed Abakar aussi compose. Même si la photographie reste sa passion, il aime troquer des images contre des mots pour nous conter son vécu. « Si je n’ai pas de caméra ou d’appareil, j’écris avec des détails. Quand j’étais en Lybie, je n’avais rien donc j’écrivais ce que je voyais ».

L’art est selon eux un bon moyen pour sensibiliser la population sur l’exil. « Je pense que c’est beaucoup plus simple. On ne peut pas s’adresser à plusieurs personnes directement car on n’en a pas les moyens. Mais un livre peut circuler dans le monde entier. Je ne peux pas connaître toutes ces personnes qui me lisent mais eux ils peuvent comprendre l’histoire en me lisant ».

Mohamed Nour Wana résume ses propos de manière poétique mais juste : « L’authenticité de l’exil, il faut la demander aux exilés ».

Avant de quitter les lieux, nous errons dans les couloirs, et visitons chacun des ateliers que contient cet étage dans une ambiance si singulière et si chaleureuse.

Tous les artistes présents nous accueillent avec un large sourire et une extrême générosité. Ils sont fiers. Fiers de nous présenter leurs œuvres.

Des œuvres qui pour certaines seront exposées lors du festival Visions d’Exil qui aura lieu du 10 au 18 novembre, organisé par l’association, en partenariat avec le Musée national de l’immigration.
Au programme : vernissages, concerts, projections de films, spectacles et débats. Le but étant de montrer le travail des artistes, et d’en faire émerger certains.

Presque chaque prestation sera gratuite. Car la directrice Judith Depaule l’assure, « l’idée est de faire venir beaucoup de réfugiés ».
Toutefois, les organisateurs ont aussi en tête une autre idée à travers ce festival : « Ouvrir un plus large débat sur l’exil. Avec le désir secret que comme ça passe par le prisme de l’art c’est plus entendable » conclut-elle.

Quelques oeuvres, avec et sans leurs artistes :





 



 

 

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