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Les insoumis se soulèvent : "on ne jouera plus aux arabes de service"

1er avril 2016 - Dernier ajout 4 mai 2016

Samedi 26 mars se sont réunis les membres du parti « Les Insoumis » pour leur première réunion publique, dans la salle « Tropikal Palace » de la cité phocéenne. Ce rassemblement visait à susciter un débat autour des questions et des problématiques liées aux quartiers difficiles de Marseille. Ne vous en déplaise, les racisés Marseillais ont décidé d’investir la scène politique en fondant en 2015 le mouvement politique « Les insoumis » afin de réunir ceux qui ont milité pour l’amélioration des quartiers difficiles et qui sont révoltés par cette situation précaire qui perdure depuis des décennies malgré les politiques qui s’y succèdent. Une trentaine de membres ont assisté au lancement de l’ambitieuse mouvance politique qui a pour vocation de défendre les intérêts des personnes issues des quartiers populaires et de lutter contre les politiques corrompues de la ville. Pour en finir avec les représentants politiques et leurs belles promesses électorales, la communauté oubliée de Marseille se réunit afin de faire entendre leur voix si longtemps étouffée. Résumé de cette réunion et présentation des Insoumis, un parti autant prometteur que novateur.


 

Les Insoumis dénoncent « une anesthésie collective qui conduit à accepter une situation d’apartheid social ».


Marseille, ville cosmopolite et pleine de vie qui compte pourtant un taux de pauvreté d’environ 25 % selon les chiffres de l’Insee. Rongé par ses ghettos, ses périphéries désertées, ses règlements de compte, sa corruption politique et ses oligarchies –on se croirait dans un mauvais western-, la plus ancienne ville de France voit sa beauté et sa réputation se ternir. C’est le peuple qui souffre depuis des décennies d’une situation inextricable qui perdure face à des politiques pour la plupart déserteur de leur responsabilité.

Ce samedi 26 mars, les habitants des quartiers populaires ont décidés de s’unir pour clamer leur ras leur bol. Ras le bol que les élus se contentent de promesses. Ras le bol d’avoir peur pour l’avenir de leur enfant. Ras le bol de voir leur quartier empirer au fil des années face à une indifférence générale. Ras le bol d’être parqué dans des ghettos depuis tout ce temps : « Notre point commun c‘est qu’on a tous été discriminé ici, on vient des quartiers populaires et on est tous marqué par le sceau de la pauvreté. C’est un apartheid social qui a été pensé et voulu. C’est une volonté de plusieurs décennies de garder une population à l’écart et de la laisser pourrir ou elle est  ».

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Les élus politiques étaient présent lors de cette première réunion. Au côté de Saïd Ahamad se trouve le Président des Insoumis, Salah Nehari.

Saïd Ahamada, porte parole du parti et maire adjoint des 15ème et 16ème arrondissements de Marseille, a longuement parlé des conditions de vie quotidienne des habitants des quartiers lors du discours d’ouverture de la réunion : cage d’escalier et lieux vétuste, immeuble en panne, délinquance des plus jeunes… Le porte parole de l’association s’interroge : « Comment se fait-il que 20 ans plus tard ce sont toujours les mêmes problèmes et que rien n’ait été fait en tout ce temps ?! Il y a encore 10 jours j’enterrais en gamin !  ».

S’unir pour agir, c’est ce qu’a décidé de faire les membres de ce parti qui souhaite reprendre en main leur destin : « on veut montrer qu’on pèse, qu’on existe et qu’on a de véritable capacités électorales ». Ne souhaitant plus ce taire, ni jouer aux « arabes de service », la communauté comorienne et maghrébine de Marseille ont décidé de s’allier pour fonder leur parti, lassé d’entendre les politiques parler et décider à leur place : « Les personnes de quartiers ne sont pas jugés légitimes pour accéder aux postes politiques. On a juste coloré des listes, on nous a appelé pour jouer l’arabe de service » nous explique Saïd Ahamada : « Les élus ne comprennent pas ce qu’on leur dit, c’est pour ça qu’il faut un engagement politique de notre part car comme le disait Nelson Mandela : ce qui est fait pour nous et sans nous est fait contre nous ». Discours militant et plein et d’espoir, le porte parole des insoumis a évoqué le sentiment de frustration que ressente les héritiers de l’immigration tout en soulignant « la part de responsabilité qui est la nôtre » dans le désastre social qui est en train de se jouer.

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Après la présentation du porte parole et du Président du parti, les membres des Insoumis ont pu poser des questions et débattre avec les élus.

Les insoumis se sont nommés ainsi car ils refusent de courber l’échine devant le pouvoir, ils refusent de se soumettre à la place sociétale qu’on leur a assignée, de rester en marge de la société et d’être traités comme des citoyens de seconde zone. Ils souhaitent avant tout recréer la politique à Marseille autour des pôles de l’éducation, du logement, de l’emploi, de la jeunesse et de la citoyenneté. Des partis politiques de ce genre existent déjà à Marseille notamment avec Marseille Résistance. Le Président des Insoumis nous a ainsi indiqué qu’il souhaitait vivement rallier d’autres partis à leur cause afin de s’agrandir et d’accroître leur notoriété. La réunion s’est ensuite achevée sur ces paroles pleine d’espoir : "Nous sommes les enfants de l’immigration coloniale, c’est la France qui est venu chercher nos aïeux. Nous avons autant de compétences que les autres, parfois plus que les autres. Nous ne pouvons avoir qu’une seule issue : celle de la réussite." Et bien c’est tout le mal qu’on peut leur souhaiter !

 

 

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