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Aix : « le rond-point de la honte » - « Marcel Bigeard » - symboliquement renommé « Maurice Audin »

Publié le 27 septembre 2010
par Henda Bouhalli
Après la polémique suscitée par le maire d’Aix qui avait alors envisagé de nommer une rue de la ville au nom de Bastien Thiry*, officier partisan de l’Algérie française, c’est le rond point nommé « Marcel Bigeard », figure controversée des guerres d’Algérie et d’Indochine, qui fait grincer des dents les militants et politiques anticolonialistes du département. C’est le cas d’élus du Parti Communiste Français qui se sont réunis samedi pour le renommer « symboliquement » au nom de Maurice Audin, partisan du parti communiste algérien et militant de la cause anticolonialiste.

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Ils étaient une soixantaine de personnes réunies au bout de l’avenue Henri Mauriat pour pointer du doigt l’initiative de la municipalité aixoise d’avoir inauguré en juin dernier un rond point au nom de « Marcel Bigeard » décédé à l’âge de 94 ans, le jour du 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin. Arborant des autocollants : « il n’y a pas de place pour les tortionnaires », les militants dont certains sont venus de Salon, ainsi que des personnalités politiques et syndicales, à l’image d’Anne Mesliand, élue du Front de Gauche, ont, en signe de protestation, symboliquement renommé « ce rond point de la honte » au nom de Maurice Audin.

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Membre du parti communiste algérien, Maurice Audin « a payé de sa vie son engagement pour la liberté du peuple algérien » a rappelé Léo Purguette, secrétaire de la section du PCF du Pays d’Aix. Victime de la brutalité coloniale, torturé puis assassiné pendant la bataille d’Alger « sa famille réclame encore aujourd’hui que lumière soit faite sur sa disparition ». Sa fille Michèle a même « refusé la légion d’honneur pour protester contre l’indifférence du président Sarkozy aux demandes répétées de sa mère [...]. Maurice fait partie de ce qui fait l’honneur de la France » a-t-il poursuivi.

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« Il faut qu’on en finisse avec toute cette idéologie »

Pour Pierre Darhéville, secrétaire départemental du PCF, l’action est d’autant plus symbolique qu’elle « renomme le rond point du nom d’un tortionnaire par celui qui a péri sous la violence de ces tortures. Nous avons voulu protester parce que nous ne pouvons pas accepter aujourd’hui qu’on veuille réécrire l’histoire, qu’on veuille glorifier ceux qui ont pratiqué la torture, qu’on veuille interdire des films comme celui de Rachid Bouchareb, qu’on veuille vanter les bienfaits de la colonisation. Je crois qu’il faut qu’on en finisse avec toute cette idéologie ».« Dans la région, on a beaucoup de gens qui pourraient être sur toutes les plaques de toutes les avenues mais pas des gens comme ça » explique quant à lui Edmond Bonnet, Président du comité du mouvement de la paix de Septèmes-les-Vallons.

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« Maurice Bigeard est le symbole de la France coloniale impérialiste »

Le général Marcel Bigeard était un ancien combattant de la Seconde Guerre Mondiale au cours de laquelle il s’était engagé comme parachutiste auprès de la Résistance française en 1943. Il avait gravi tous les grades dans l’armée française, de simple soldat à la veille de la guerre de 1939 à celui de général de corps d’armée. Il fût décoré de la grand’croix de la Légion d’honneur mais aussi de la Distinguished Service Order. Retraité de l’armée, il avait ensuite été nommé secrétaire d’État à la Défense en février 1975, avant de démissionner en août 1976 dénonçant l’insuffisance des budgets accordés à l’armée. De 1978 à 1988 il était devenu député UDF de Meurthe-et-Moselle.

Par la suite, sa réputation fût entachée des soupçons de torture. En effet, son nom reste lié aux conflits en Indochine et en Algérie où il fût l’un des protagonistes de l’épisode meurtrier de la guerre d’Algérie. Une guerre au cours de laquelle il aurait pratiqué la torture. En 2000, il avait reconnu que l’armée française s’était livrée à la torture, l’a désignant comme « un mal nécessaire », tout en niant l’avoir pratiquée lui-même. Toujours en 2000, Louisette Ighilahriz, résistante, avait révélé avoir été torturée à Alger par des militaires français entre le 29 septembre et le 20 décembre 1957, sur le commandement de Marcel Bigeard. « Avant de donner son nom à ce rond point de notre ville, il a donné une méthode d’assassinat reprise par les dictatures sud-américaine : les « crevettes Bigeard » souligne Léo Purguette. Les crevettes Bigeard désigne ces algériens jetés en mer depuis un hélicoptère, les pieds coulés dans une bassine de ciment pendant la bataille d’Alger en 1957. Marcel Bigeard « est le symbole de la France coloniale impérialiste qui aujourd’hui pille encore les richesses de ses anciennes colonies et vote la loi du 23 février 2005, vantant les bienfaits de la colonisation » a-t-il poursuivi.

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Cette action symbolique intervient quelques jours après la sortie du film de Rachid Bouchareb qui a suscité la colère des nostalgiques de l’Algérie française avant même sa sortie dans les salles de cinéma [...] « L’amalgame n’étant pas possible entre rapatriés et nostalgiques du colonialisme » a souligné le secrétaire départemental de la section PCF du Pays d’Aix. En effet, l’association nationale des pieds-noirs progressistes et de leurs amis (ANPNPA) s’est également insurgée, dans un communiqué, de la décision prise par la municipalité aixoise. José se devait d’être présent à cette manifestation symbolique. En effet, il est l’un de ceux qui ont participé à la lutte de libération nationale aux côtés du peuple algérien. « J’ai fait partie du mouvement. Je suis retourné en Algérie en 1973 et mes deux enfant sont nés en Algérie  » souligne-t-il avec fierté. Il regrette également les polémiques suscitées par le film « Hors-la-loi ». C’est selon lui, « un film très objectif et une contribution à l’histoire du peuple algérien et du peuple français. Rachid Bouchareb a fait quelque chose qui peut servir d’osmose entre Algérie et la France. Quelque chose qui nous permet d’aller de l’avant ».

* Bastien Thiry était un officier partisan de l’Algérie française. Il est celui qui a organisé l’attentat du Petit-Clamart du 22 août 1962 contre le général de Gaulle. Il avait ensuite été arrêté, condamné à mort par une cour militaire, puis exécuté en 1963.


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