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Aimé Césaire, l’aimé de la Martinique ira t-il au Panthéon ?

Publié le 21 avril 2008
par Nabiha Gasmi
Alors que les obsèques du regretté Aimé Césaire, poète martiniquais et père fondateur avec ses compagnons de route et amis Léopold Sédar Sanghor et Léon-Gontran Damas de la "négritude"ont réuni hier des milliers de personnes à Fort-de-France (Martinique), dont le président de la république Nicolas Sarkozy, quelques ministres et autres personnalités publiques ; un nouveau débat commence quant à lui à animer les foules et certains représentants de la classe politique française. Celui de savoir si le "papa"de la Martinique et à la fois homme universel, Aimé Césaire, doit ou non rejoindre le Panthéon.

"Je suis né posthume" a écrit autrefois le poète et philosophe allemand hors des sentiers battus et amoureux de la vie dans tout ce qu’elle a de beau et d’effroyable à la fois. Ces quelques mots d’apparence contradictoire, sauf pour les adeptes de la réincarnation, et encore… ne sont pourtant pas l’apanage d’un mystique ou d’un fou. L’auteur, par sa verve un peu provocatrice a voulu rendre acte par cette considération, de l’incompréhension de ses contemporains à son égard, revendiquant aussi par là son appropriation et son appartenance à un autre siècle, à venir. Si les mots imprégnés d’idées fortes ne connaissent ni frontières, ni temps, le poète, l’artiste, l’homme de génie, souffrent quant à eux, le plus souvent de leur temps. De cette sévère sentence affligée par les contemporains, Aimé Césaire ne fît pas exception. Pourtant, au lieu de se draper dans le manteau de l’amertume et de la résignation face à l’injustice, au lieu de se poser en pur intellect ou poète ; à défaut de détourner son regard de son époque vers d’autres horizons meilleurs, ou un siècle à venir, il s’est ancré dans le réel jusque dans ses racines et a choisit la vie insulaire de sa Martinique "chérie" où il a mené ses combats jusqu’au bout…

Combats pour la condition des noirs et contre le colonialisme tout d’abord, qui l’ont vu sceller des liens indéfectibles avec les peuples d’Afrique et d’Outre-mer, mais son combat n’était-il pas tout autant tourné vers tous les damnés de la terre ? Militant, poète et homme politique à la fois (Maire de Fort de France de 1945 à 2001 et député de la Martinique1945-1993 ), il a par son parcours et ses combats, sans conteste touché à l’universel. Une universalité qu’on peine pourtant à lui reconnaître de son vivant pour le cantonner à une unique cause : celle de la négritude.
Mais dès l’annonce de sa mort, jeudi dernier, la classe politique française a commencé à s’agiter autour de la question du transfert de la dépouille de l’écrivain vers le Panthéon. Première à avoir réclamé un tel honneur pour cet "éminent symbole d’une France métissée", Ségolène Royale, approuvée par la ministre de la culture, Christine Albanel, qui a souligné quant à elle sur RTL que : "C’est une très belle idée. Aimé Césaire a tous les titres, de par sa personnalité, son œuvre, et son message pour figurer au Panthéon".
Le Député maire de Drancy (Nouveau Centre) Jean-Christophe Lagarde, a même transmit une lettre à Nicolas Sarkozy en faveur de cette idée. A l’occasion de la journée commémorant l’abolition de l’esclavage en 1848, l’historien Claude Ribbe, appelle à "accompagner Aimé Césaire au Panthéon le 10 mai prochain."
Mais l’avis de ces derniers n’est pas partagé par tous. Et notamment pas par Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui s’est fait l’échos de la famille du défunt poète, indiquant que cette dernière "souhaite que son Panthéon, ce soit son île". En Martinique, les avis restent également partagés, avec une majorité qui semblerait opposée à son transfert revendiquant pour la plupart le statut de père et de cœur d’Aimé Césaire pour l’île. De son côté, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) a proposé samedi, en guise de compromis, que le poète repose en Martinique mais qu’une plaque soit apposée au Panthéon.
La décision d’inhumation au Panthéon qui dépend de l’Elysée devrait être tranchée par Nicolas Sarkozy dans les jours à venir. Le président de la République qui s’est rendu aux obsèques dimanche dernier s’est incliné devant la dépouille du défunt pendant la minute de silence qui lui était consacré mais ne s’est pas exprimé par égard et respect envers la famille d’Aimé Césaire qui craignait une récupération politique de l’événement. Il a toutefois salué en ce dernier, avec lequel les rapports n’ont pas été des plus gratifiants, voir même chaotiques en raison du discours de Dakar et du fameux rôle positif de la colonisation, "l’un des symboles de la lutte pour le respect des peuples" ; Une prise en flagrant délit de contradiction avec l’idée de colonisation !
Une intégration aux grands hommes de la nation de Césaire "le nègre" comme il aimait lui même à revendiquer, aux côté et au même titre qu’un Victor Hugo ou un Voltaire, suffira t-elle à effacer des mémoires l’affront et l’arrogance des idées véhiculées par le fameux discours présidentiel concernant le rôle positif de la colonisation ?
Césaire est mort…, mais comme l’on si bien scandé les martiniquais présents à la cérémonie des obsèques du grand Monsieur "Béïa pour Césaire" (vive Césaire).

Il est toutefois à espérer que si le premier de la classe est mort, il ne reste pas que les cancres !


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