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Très chers disparus…

Publié le 28 mai 2008
par Anne-Aurélie Morell
La compagnie alsacienne Mémoires Vives est venue, le 20 mai dernier à l’Espace Culturel de la Busserine, présenter son spectacle À nos morts. Une performance conjuguant Hip Hop, rap, théâtre et images d’archives. Pour que vive la mémoire de tous les « tirailleurs indigènes de la République ». Et que – une fois l’Histoire reconnue, étudiée et acceptée – leurs descendants et tous les autres trouvent la paix. Vidéo.

 

 

Vous devinez où nous sommes ? A la cité de la Busserine, eh oui, encore elle. Et son Espace Culturel, encore lui. Il faut dire que la programmation de leur « Printemps de la Danse » était très… dense. Et fort intéressante. C’est ainsi que nous sommes allés à la rencontre de la compagnie Mémoires Vives, tout droit débarquée de Strasbourg. Quelques jours seulement après que l’anniversaire de la signature de l’armistice du 8 mai 1945 a été célébré partout dans le pays. Pour voir son spectacle dédié à ceux – « issus des colonies » – qui ont combattu, toutes guerres confondues, pour la France.
« L’hommage du Hip Hop aux tirailleurs » annonce l’affiche. En définitive, les membres de la formation alsacienne prodiguent bien plus : mêlant chant, rap et slam (un album est, sous le même titre, déjà dans les bacs), danse, lecture et images d’archives, ils retracent le parcours d’hommes et de femmes, engagés, de force ou par patriotisme, dans la lutte pour la souveraineté de la nation qui les a mis sous tutelle.
Des « arts nobles, loin des clichés véhiculés dans les clips : femmes à poil, champagne et piscine », souligne Yan Gilg, l’auteur, compositeur, directeur artistique et interprète d’À nos morts. Des arts « mis au service de toutes les mémoires oubliées ». « C’est un spectacle qui s’adresse à tous », poursuit Yan. Aussi bien aux plus jeunes, dont les lacunes en la matière ne sont pas comblées par les programmes scolaires, qu’aux familles, aux décideurs,… Et aux anciens, puisque tous ne sont pas morts. Les plus avertis compris, car on a beau avoir épluché de nombreux ouvrages sur le sujet, il y a tant encore à apprendre ; 14-18, 39-45, le Chemin des Dames, les réseaux de résistances, le rôle des femmes, les massacres de Sétif et Thiaroye…

Avec l’espoir pour les initiateurs du projet de transmettre un bout d’Histoire, d’en faire saisir l’impact sur notre société actuelle, ses problèmes de représentation. Ibrahima M’Bodji, alias T-Shorty, également auteur et interprète, avant de reprendre un passage de Forces noires du colonel Mangin : « il a compris a quoi nous étions bons : à de la chair à canon… ». Il lit : « Le soldat noir fournit un précieux contingent à tous les corps et toutes les armées. On peut en faire un fantassin, un cavalier, un méhariste ». Puis commente, corrosif : « si on traduit en langage actuel, ça donne employé chez McDo, vigile ou technicien de surface ! ».
Evidemment, « le spectacle peut faire peur », accordent Yan Gilg et Mickaël Stoll, dit Ten-J, chorégraphe et danseur. « Les autorités craignent sans doute que cela encourage la « haine » dans les quartiers », avance ce dernier. C’est tout l’inverse, que souhaite la compagnie Mémoires Vives. Ce sont plutôt « les non-dits et leurs résultats qui entretiennent le malaise ».
Depuis quelques années, le thème émerge bien un peu du brouillard : « Le film Indigènes, ça a été un gros coup de boule dans le silence, c’est sûr. [Rachid] Bouchareb a eu l’intelligence de réunir des stars du cinéma, ce qui a mobilisé le public et fait que les politiques ont été obligés de s’y intéresser ». Mais la question de la « réparation » n’a toujours pas été prise à bras-le-corps. Par exemple, alors qu’à l’époque on avait pu croire en un réajustement – voire un versement pour ceux qui n’ont jamais rien touché – des pensions des anciens combattants encore en vie, les mesures se sont révélées limitées et partielles.
« La pente est forte », comme dirait l’autre, mais en plus la route est sinueuse, pour obtenir justice. Tellement, que la compagnie s’est lancée dans la suite de ce triptyque de pièces. Folies colonies, théâtre forain Hip Hop, bientôt sur les planches…

La compagnie Mémoires Vives à une histoire avec notre région, puisque c’est à Aubagne qu’elle s’est produite pour la première fois, il y a tout juste deux ans.
Après la Penne-sur-Huveaune, et Marseille, où elle a récemment investi la scène, elle sera à Istres puis à Miramas et Saint-Raphaël en novembre prochain…
En attendant peut-être de se produire – « un rêve » – au Théâtre Toursky, ou à la Criée. « De bons contacts ont été pris » lors de la représentation à la Busserine, selon Yan Gilg. On croise les doigts.

Pour tout renseignement complémentaire, contactez la Cie Mémoires Vives. Vous pouvez en outre visionner la bande-annonce du spectacle, ou suivre la programmation sur son site : http://www.cie-memoires-vives.org/.


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