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Galère de l’accés au logement, galère de la rénovation, galère des loyers ou galère des expulsions locatives, la radio éponyme a placé ce forum participatif sous le prisme des luttes. Habitants et associations ont pu faire part de leurs expériences et partager leur engagement. Et c’est avec un premier focus sur la porte d’Aix que le débat s’est ouvert. Retour sur le feuilleton rocambolesque de l’été : affaire du parking, expulsion des Roms, cette porte, point d’entrée et de sortie de la ville, mais aussi lieu d’accueil de différentes manifestations, est maintenant placée sous le joug des CRS. Tout un symbole de rassemblement et de résistance désormais effacé pour Nouredine Abouakil de l’association Un centre-ville pour tous. « En 2005, la marche mondiale des femmes y est passée. Beaucoup de choses se passent là-bas et maintenant, ce sont les fourgons de CRS qui cernent l’arc de triomphe ».
Un symbole envolé, mais surtout un préalable à la rénovation urbaine, souligne Sarah, étudiante en urbanisme : « On envoie les CRS porte d’Aix et on déblaye ; et maintenant c’est au tour du marché aux puces. On dit aux populations : regardez comme c’est insalubre et puis, on sort ces discours sur la dégradation du quartier, sur la sécurité, des discours qui servent de faire-valoir à cette rénovation ». Des indices qui ne trompent pas pour les associations. Celles-ci s’inquiètent du devenir du marché aux puces de la Madrague, voyant les vendeurs de l’extension du marché se faire confisquer leur marchandise depuis quelques semaines. Ce haut lieu de la consommation marseillaise devrait en effet être rayé de la carte et transformé en un "marché des 5 continents". une menace pour tout le quartier des Crottes et de Bougainville, pour lesquels ce marché représente une importante source d’activités, selon les militants.
Euromed en ligne de mire
Egalement dans le viseur des associations et des habitants : la rénovation menée rue de la République, qui habite encore tous les esprits. Locataires chassés de leurs logements, méthodes de voyous, Nouredine Abouakil ne mâche pas ses mots : « on a vidé des appartements pour en tirer une rentabilité plus forte, les familles ont résisté et des méthodes de voyous ont été employées pour faire partir les habitants. Ce n’était qu’une première étape de la rénovation urbaine, le projet de la rue de la République n’appartient ni à Euromed 1 ni 2, mais a été livré à la spéculation financière, sans encadrement juridique public. »
Même constat sur toutes les lèvres quant à Euromed : ce projet est bien loin de servir les intérets des habitants. Le second volet, Euromed 2, est en effet perçu comme une simple spéculation immobilière, représentée par des quartiers qui accueilleront des résidences à haute qualité environnementale, des hôtels, des bureaux. Pour Sarah, il s’agit simplement de prendre l’écologie comme argument pour augmenter les loyers. « Déjà avec Euromed 1, la mixité sociale était vue à l’envers, on rénovait en gentryfiant le quartier », commente la jeune femme. Ce programme de rénovation urbaine, censé être le plus grand d’Europe, a perdu tout son sens pour cette dernière : « On est dans une logique de concurrence entre les grandes villes européennes, on en arrive à une économie de résidentilisation : il faut attirer les centres de commandement et donc séduire par des bureaux, du tertiaire,... Il n’y a aucun discours social dans ces projets, ce n’est qu’une opération de séduction pour les classes montantes ».
Manque d’information des populations autour du projet, manque de concertation, intimidations, tous les travers d’Euromed ont été passés à la loupe et partout, le même constat : derrière ce projet se dessine l’ambition non avouée de reléguer les plus pauvres en périphérie. Jean-Marc Ega du comité Mam’Ega témoigne : « on est dans une logique de reconquête du centre-ville, on repousse les populations paupérisées vers le nord de Marseille. La mixité sociale n’existe plus : dans les quartiers des XIIIe et XIVe arrondissements, avant, il y avait de la mixité, une dynamique de quartier, une diversité au sein de la population représentée par différents métiers, car il y avait des possibilités de travailler autour du port. Cela n’existe plus, il n’y a plus que deux communautés ghettoïsées : maghrébine et comorienne. Il y a un total désengagement du service public, des petites associations, il n’y a pas de prévention politique, il y a là un énorme chantier ».
Le recours aux tribunaux comme moyen d’action
Si le manque de concertation est clairement pointé du doigt par les associations, les militants misent aussi sur leur propre détermination à se faire entendre et ceci, par tous les moyens. Dans ce sens, pour Alain Laval de la Confédération syndicale des familles, la lutte entreprise par les habitants de la Savine est exemplaire. « Les bailleurs sociaux ont juste reçu le loyer et laissé dans l’abandon les locataires », s’insurge le militant. Pour Jean-Luc Duriez, autre membre du syndicat : les bailleurs n’ont pas pris leurs responsabilités : « ils ont mal géré, attendu, et résultat : c’est le public et l’ANRU qui doivent intervenir. »
Pour faire face aux marchands de sommeil et aux spéculations, les militants sont désormais prêts à se tourner vers la justice et ils l’ont déjà prouvé, notamment à travers les actions entreprises par l’association Un Centre-ville pour tous. Nouredine Abouakil rappelle que grâce à une action en justice, la société Marseille République a fini par être condamnée pour avoir abandonné un immeuble. Jean-Luc Duriez met ainsi en avant l’importance de former les militants afin qu’ils soient capables de décoder les textes juridiques.
La parole citoyenne du début semble bien s’être transformée, depuis, en parole militante, avec au centre, des associations prêtes à rallumer la mèche. « On obtiendra des résultats par la mobilisation de tous : par des manifestations, par le recours au juridique, par le squat des sièges des bailleurs, s’il le faut, tout est possible », prévient Alain Laval. Des moyens d’action indispensables qui éviteront peut être l’apparition de bidonvilles, souligne Nouredine Abouakil : « Les bidonvilles n’existeront pas à Marseille, mais il y aura des logements précaires, des taudis si on laisse faire ». Une existence conjuguée au futur ? Pas si sûr, pouvait-on entendre murmurer du côté du public. Pour vérifier, il suffit en effet simplement de se pencher sous quelques passerelles d’autoroutes. A chacun ensuite de décrire avec ses propres mots ce qu’il y voit. Une chose est sûre : la rénovation urbaine n’est pas encore passée partout et pour tous, parole de galère !
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