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« Il faut que l’UMP accepte la défaite », Samia Ghali, sénatrice-maire

Publié le 26 septembre 2011, mise à jour le 28 septembre 2011
par Anne-Aurélie Morell
Au lendemain du changement de majorité au Sénat, Samia Ghali - sénatrice des Bouches-du-Rhône et maire du 8e secteur de Marseille - nous livre sa vision de ce « moment historique » pour la gauche, de l’élection prochaine du président de l’institution, et de ce que cela implique pour l’avenir.

Dans quel état d’esprit êtes-vous, après que le Sénat a basculé hier à gauche ?

Je suis très heureuse. D’abord parce que j’étais fière d’être présente, d’être sénatrice au moment-même - historique - où le Sénat a basculé à gauche. C’est beau de partager cet instant, de le vivre de l’intérieur. C’est un véritable succès pour la gauche, un véritable tsunami politique.

Le président de l’institution doit être élu samedi prochain. Jean-Pierre Bel a-t-il toutes les chances de l’emporter, malgré la possible candidature de l’ex-ministre socialiste Catherine Tasca ?

Tout le monde va se regrouper derrière la candidature de Jean-Pierre Bel. Catherine Tasca a aussi beaucoup de qualités, mais elle peut être appelée à exercer d’autres responsabilités, d’autres prérogatives. Nous avons une réunion de groupe demain après-midi, donc on en discutera. Mais je pense qu’il y aura un véritable consensus derrière un candidat qui sera porté par le parti socialiste, mais aussi par l’ensemble de la gauche, les Verts, les Communistes et les Radicaux aussi ; nous ne sommes pas seuls. Et c’est le candidat qui rassemblera qui sera le nôtre.

Et quid de l’espoir du président sortant Gérard Larcher d’être réinvesti avec quelques voix de gauche, comme il l’exprimait hier encore, puisqu’apparemment les tractations vont bon train à droite ?

Je ne crois pas qu’il puisse être réélu. Je considère que la gauche vit un moment historique : il y a encore quelques années, c’était un rêve fou, personne ne pouvait imaginer que le Sénat pouvait basculer. Et celui qui demain [à gauche, ndlr] se laisserait emporté par une tractation quelle qu’elle soit et qui à mon sens ne serait pas républicaine, écarterait - et même pour lui-même - cette dynamique. Je n’aimerais en tout cas pas être à la place de celui qui porterait ce lourd fardeau, cette responsabilité. Je ne crois pas qu’à l’intérieur de la gauche il y ait des élus - qui tout au long de leur mandat se battent contre les réformes de la majorité présidentielle - puissent aujourd’hui aller donner un blanc-seing à la droite. Il faut que l’UMP accepte la défaite, et comme l’a dit très sagement l’Elysée, la défaite est claire, c’est une majorité absolue avec 177 sièges pour la gauche. Nous n’avons pas besoin maintenant de faire des tractations qui seraient un camouflet pour la démocratie.

Même s’il s’agit d’un suffrage indirect, est-ce de bon augure pour la gauche, et plus particulièrement les socialistes que vous représentez, en vue de la présidentielle de 2012 ?

Oui. Ca va aussi peut-être donner un coup de frein à la volonté politique gouvernementale de déstabiliser encore un peu plus le pays. Parce que le Sénat sera une vraie caisse de résonnance : ne serait-ce que pour s’exprimer, eh bien ce n’est pas pareil que si l’on est dans l’opposition, je peux vous le dire. Parce que malgré les travaux qu’on a pu faire au Sénat, qu’a pu faire la gauche, c’était parfois très difficile de s’exprimer ou en tout cas d’être audible auprès des media. Là au moins les positions de la gauche seront clairement définies et entendues. Ca peut être une dynamique pour la présidentielle et c’est aussi un espoir pour tout ceux qui veulent changer de politique, dire que c’est possible.

La gauche majoritaire au Sénat, qu’est-ce que ça va changer concrètement ?

Ca va changer beaucoup de choses. D’abord on va mesurer l’ampleur de la tâche. Sans bloquer non plus l’institution parce que le but ce n’est pas de bloquer le pays, il ne s’agit pas de s’opposer pour s’opposer - parfois le gouvernement a proposé des lois qui ont aussi été portées par les sénateurs de gauche et ça continuera - il est net toutefois que l’on donnera notre point de vue, on se fera entendre. Et nous serons aussi force de proposition, nous formulerons des propositions de loi qui seront peut-être un peu plus écoutées et regardées que ce qu’elles l’ont été jusqu’à présent.

Le Sénat ce n’est pas qu’un président : c’est tout un groupe, dans toute sa diversité avec les Verts, les Communistes, le PRG,... Ce sont tous ces élus qui décideront ensemble quels seront les projets de loi à porter et à proposer. Nous aurons un pouvoir accru de négociation avec la majorité présidentielle, mais autour d’un vrai consensus avec les différentes forces de gauche.

Quel regard portez-vous sur l’hémicycle du palais du Luxembourg ? Est-il assez à l’image de la France, d’un point de vue féminisation par exemple ?

Je pense que désormais, lorsque l’on regarde le Sénat, il est un peu plus à l’image de la France que ne l’est par exemple l’Assemblée nationale. Il est plus féminisé, il y a plus de jeunes, du moins cela commence, et le Sénat est plus divers que peut l’être le palais Bourbon.


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