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Une flottille de la Solidarité pour le printemps

Publié le 30 septembre 2011
par Marie-Ameline Barbier
Le Haut Commissariat de l’ONU aux Réfugiés estime à 2000 le nombre de personnes disparues en mer depuis le début de l’année. Face à cette hécatombe, l’association Migreurop et le Groupe d’information et de soutien des immigrés ont décidé de sensibiliser gouvernements et opinion publique sur ces naufrages en faisant partir une flottille d’Italie au printemps prochain, direction la Méditerranée afin de suivre les sillons des embarcations et les trajets des migrants. Une action citoyenne pour dénoncer l’immobilisme de l’Europe et l’action répressive des patrouilles de Frontex.

« Moyen d’alerte et point de départ d’autres actions impliquant les deux rives de la Méditerranée », le projet de Migreurop, réseau regroupant 42 associations et une trentaine de membres issus de 13 pays, entend envoyer une flottille en Méditerranée pour réveiller les consciences sur les milliers d’immigrés qui tentent de traverser la mer chaque année. Une situation d’autant plus urgente, que depuis la crise libyenne en février dernier, plusieurs milliers de personnes ont fui vers la Tunisie, l’Egypte ou le Niger, des réfugiés forcés au départ par le régime de Khadafi qui a fait de la question migratoire un moyen de pression sur l’Occident. Résultat : des centaines de migrants se retrouvent jetés au milieu de la mer sur des embarcations de fortune, sans que l’Union européenne n’ait pris d’initiative pour gérer ces flux migratoires. L’initiative Boats 4 people, une flottille de la solidarité en Méditerranée, vise ainsi à réclamer une autre politique en matière d’accueil des immigrés et de circulation entre l’Europe et le nord de l’Afrique.

« La flottille est une opération symbolique, l’objectif est politique et non humanitaire, il s’agit de plaider pour une liberté de circulation », défend Christine Karman, militante RESF dans les Bouches-du-Rhône et coordinatrice du projet dans le département. « Le but est de récolter des témoignages, de mettre en place un observatoire et de rendre compte de ce qui se passe aux frontières de l’Union européenne », reprend la militante. Un important travail d’information sur le droit de la mer est également inscrit à l’agenda de Migreurop. Une obligation de sauvetage en mer existe en effet, mais elle est loin d’être respectée, dénonce l’association. Considérés comme des relais indispensables, Migreurop souhaite aussi notamment informer les marins parfois poursuivis pour avoir recueillis des réfugiés en détresse. Rappeler quelques règles, telles que celle de prendre des photos des embarcations en péril, peut ainsi parfois éviter des procès.

Une flottille de Rome à Tunis

L’idée de départ était d’envoyer chercher symboliquement des réfugiés en Libye et en Tunisie, sur le modèle de la flottille pour Gaza.

Ayant pris conscience que cette action n’était pas réalisable, Migreurop mise désormais sur une flottille qui partirait de Rome. Initialement prévue pour octobre, l’action a été repoussée au printemps, explique Christine Karman : « On préfère attendre d’avoir des subventions plus importantes et que les élections en Tunisie et l’Aid soient passés, puis c’était une question de météo aussi, en novembre, après les élections, ça aurait été plus périlleux, question navigation ».

La flottille devrait se diriger vers le sud de la Tunisie, en passant par la Sicile, Malte, Lampedusa, Tunis, Sfax, Ben Guardane. Elle sera composée d’un ou de plusieurs bateaux capables d’accueillir au total une cinquantaine de passagers. Le projet est mené par un comité de pilotage international regroupant une quinzaine d’associations euro-africaines. L’objectif est « d’emmener le plus grand nombre possible de personnes susceptibles de faire connaître la situation » : journalistes, personnalités des arts ou du spectacle, ou députés. Des parlementaires européens, qui d’extrême gauche jusqu’au centre, se sont déjà montrés intéressés par le projet, lors de sa présentation à Bruxelles.

« Nous souhaitons aller à la rencontre de réfugiés qui arrivent, on ne peut pas en revanche accueillir de réfugiés en détresse si on en croise, ce serait dangereux et nous n’en n’avons malheureusement pas les moyens. Mais par contre bien sûr, nous relaierons les messages de détresse et nous assurerons qu’ils soient secourus. Nous voulons surtout informer de la situation par cette action », indique la militante. Exercer un droit de regard, tisser un réseau de personnes engagées auprès des exilés et avec les exilés et lutter contre les politiques anti-migratoires, le réseau entend ainsi faire appliquer le droit et la liberté de circulation et faire ainsi bouger autant les lignes que les frontières en la matière.

A Marseille, une soirée d’information avec la projection du film No comment de Nathalie Loubeyre sur les migrants de Calais sera organisée à 19h, à la maison de Tunisie, le 12 octobre prochain.

Les objectifs du projet de flottille de la solidarité en Méditerranée Boats 4 People :

- Dénoncer l’hécatombe qui a lieu actuellement dans les eaux entre Tunisie et Italie, exercer un droit de regard citoyen sur les zones maritimes dans lesquelles se produisent des naufrages et dans les centres où sont enfermés celles et ceux qui arrivent en Italie

- Diffuser de l’information sur cette situation (à la presse, aux parlementaires, aux marins…)

- Rappeler à tous les exigences du droit de la mer et manifester le soutien des citoyen•ne•s aux marins qui portent secours aux exilé•e•s et risquent pour cela des poursuites.

- Récolter des témoignages afin d’alimenter des plaintes devant les instances internationales contre les acteurs en mer (gardes-frontières, Frontex, OTAN…) qui se rendraient coupables de non assistance à personne en danger ou de refoulement de demandeurs d’asile

- Renforcer la solidarité euro-africaine en terme de migrations et de défense des droits des migrants


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