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Les Algériens et Algériennes répondent à l’appel. En famille, malgré des moyens faibles et des conditions d’existences précaires dans les bidonvilles, ils se parent de leur plus beaux habits, beaucoup parlent d’une journée de fête, certains la compare à un mariage…c’est la liesse : costumes, cravates, robes, youyou, on tape dans les mains...C’est un jour de joie, en paix le peuple algérien de Paris descend dans la rue transpirant la solidarité, la fraternité, porté par le souffle de la liberté et des voeux d’égalité...qu’importe les générations ce jour là tous étaient jeunes et beaux : une nation nouvelle prenait son envol (quelques mois plus tard l ‘Algérie était libre : ils ne le savaient pas, certains ne le seront jamais...)
Ce matin-là, la police sait que la manifestation se prépare. Des cars de police quadrillent la ville, les bouches de métro sont cernées.
Ils ont gâchés cette beauté qu’ils n’ont pas su voir...
La ratonnade est lancée !
Une rafle à vue d’œil. En effet il n’y pas que les algériens qui subiront la répression .Ratonnade au facies oblige : toute personne bronzée, aux cheveux frisés sera inquiétée : tunisiens, marocains, portugais...le délit de faciès est initié !
On frappe, on tire, les corps sont jetés dans la Seine !!!
Pas de réponse à cette violence bestiale. La meute de loups est lâchée... l’algérien reste beau : il ne revendique que sa liberté. Aucune violence en retour, pas de résistance...
Elie Kagan témoigne « cette manifestation pacifique fut brutalement chargée par la police. C’était dans l’indifférence la plus totale de la population française. Pour moi qui ai été le seul reporter à photographier ces événements l’homme que je suis a ressenti ces brutalités d’un coté et l’indifférence de l’autre comme un affront et m’a rappelé le 16 juillet 1942(1).
Plus de 10000 algériens seront interpellés. Ils sont internés au palais des sports, au parc des expositions, au stade de Coubertin, au centre d’identification de Vincennes, pendant près de 4 jours…Quatre jours pendant lesquels les violences continuèrent. À leur arrivée les manifestants sont systématiquement battus. Dans l’enceinte des lieux d’internement on assista à des exécutions sans appel et nombreux sont ceux qui meurent de blessures non soignées.
C’est un massacre...
Un silence meurtrier, des responsabilités non avouées…un mépris haineux institutionnalisé...encore une fois la guerre d’Algérie sonne le glas de l’honneur des politiques françaises.
Ils étaient beaux.
Ils étaient désarmés.
Ils étaient courageux...jusqu’au bout ils auront cru à une possible fraternité...La réponse de l’état français n’est rien de moins qu’une insulte à sa devise républicaine.
17 octobre 2011, on se souvient...
Il y a de 1961 à maintenant une certaine continuité des pratiques de l’état .Les réseaux étatiques qui ont permis qu’aucun crime commis ne reçoivent de sanction sont toujours actifs. La réticence de l’état et de la société civile à reconnaitre des crimes du 17 octobre 1961 témoigne plus profondément de ce que l’histoire de la colonisation reste à faire. (2)
Une telle situation est inacceptable, car elle ajoute à ce massacre l’outrage aux victimes et à leurs proches. Pour que cesse cette injustice qui se soutient d’un silence complice et voulu, demandons que soit créé un lieu du souvenir à la mémoire de ceux qui furent assassinés, et que la République reconnaisse enfin qu’il y a eu crime.
« Nous aurions contre l’oubli un premier devoir : pensons d’abord aux victimes, rendons leur la voix qu’elles ont perdue »Jacques Derrida
(1)1a rafle du Vel d hiv du 16 juillet 42, Elie Kagan né en 1929 de parents juifs d’Europe orientale devait en avoir une idée précise ; il a échappé à la déportation en vivant caché dans Paris occupé.
(2)Jérôme Vidal.
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