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Mort en 1980, l’auteur de « La Galaxie Gutenberg, la naissance de l’homme typographique » et de « Pour comprendre les médias, les prolongements technologiques de l’homme », McLuhan fut un pionnier de la réflexion sur les médias. « Les analyses de Mc Luhan sur les technologies ont pour objet les effets culturels (cognitifs, sociaux, artistiques) au sens large des technologies ». « Ces extensions de l’homme comme il les nomme, sont, selon lui, en interaction avec nos organes et notre système nerveux de telle sorte que l’humain lui-même se modifie avec la technique ». Pour lui, par exemple, la vitesse de l’électricité et de la transmission de l’information fait de la planète un « village global ». Plus prosaïquement, on peut imaginer repenser l’impact de l’accélération de l’information via les réseaux sociaux sur la pensée humaine par exemple.
Mc Luhan, « n’est plus beaucoup lu en France, il est très controversé parce qu’il est considéré comme un littéraire et non comme un scientifique. Certains le trouvent trop littéraires, un peu abracadrabran. A part le centre culturel canadien, la France n’a pas souhaité le fêter. » explique Colette Tronc, instigatrice des rencontres « Les effets McLuhan » du 2 au 4 novembre à Aix-en-Provence
Les dix prédictions de Mc Luhan
Une première journée de conférence restituera l’œuvre du théoricien. Colette Tronc, auteur, critique et fondatrice de l’association Alphabeville, espace de réflexion pluridisciplinaire « autour des rapports entre arts, technologies et culture », notamment le numérique explique son intérêt pour cette œuvre : « L’idée de base est qu’aujourd’hui les technologies ont encore changé, il y en a des nouvelles. A travers ces rencontres, nous tenterons de savoir comment on peut regarder les nouvelles technologies depuis l’œuvre de McLuhan et comment peut-on regarder McLuhan depuis les nouvelles technologies ». Pour cela les journées de rencontre s’arrêteront sur l’aspect historique et mettront en exergue des réflexions plus actuelles.
Côté historique d’abord, « Les dix prédictions de McLuhan », la conférence de Derrick de Kerkhove, chercheur canadien, ancien assistant de McLuhan et spécialiste de la culture numérique entend replacer l’œuvre de Marshall McLuhan dans sa modernité. Pour Colette Tronc « McLuhan n’a pas inventé théoriquement l’internet mais il a prévu ce qu’il pourrait se passer avec des technologies de la globalisation ». « Lui, c’était le village global, maintenant on parle de la société de l’information à l’échelle global »
Frontières virtuelles, frontières réelles
Jeudi, une série de conférences abordera le thème « Frontières réelles, frontières virtuelles : vers quelles spatio-temporalités, vers quelles géopolitiques ? ».
« Nous sommes partis d’un postulat qui dit que la globalisation ingère les frontières, qu’on ne distingue plus vraiment où sont les frontières. Il y a actuellement une dichotomie entre frontières réelles et virtuelles. On passe de plus en plus aisément les frontières virtuelles et de plus en plus difficilement les frontières réelles. On va essayer de voir, sur cette journée de jeudi, comment se reconfigure la géographie de cette planète globale » développe Colette Tronc. Cédric Parizot, chercheur de l’IREMAM, Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman, situé à Aix-en-Provence, qui développe un programme sur la question des frontières, prendra le cas israélo-palestinien et proposera « Une ethnographie des réseaux de parrainage formels et informels autour des procédures d’attribution de permis de travail aux ouvriers palestiniens de Cisjordanie employés en Israël » . Il tentera de montrer « Comment les procédures administratives et les stratégies de contournement qu’elles ont suscitées ont contribué à détacher la frontière de l’espace géographique »
Chaque nouveau média entraîne de nouvelles responsabilités
Que peut nous apporter la réflexion de McLuhan pour penser notre monde contemporain ? Colette Tronc y répond : « C’est surtout la question de la vitesse qui est traitée par McLuhan. Il y a cette vision d’une planète globale. Par rapport à la globalisation, et à cette vitesse, il pose la question de la responsabilité. On ne peut plus avoir le flegme et la réflexion de l’occidental alphabétisé, de celui qui se pose face à du texte écrit, qui peut prendre le temps d’avoir du recul. L’information à distance avec cette vitesse-là implique qu’on est relié aux autres, au monde, via divers centres. Que ces centres sont reliés entre eux. Que l’on participe donc chacun à, à distance évidemment, à la vie de l’autre et que l’on peut réagir à cela. Et en plus avec la vitesse, il faut que l’on prenne en compte l’implication de chacune de nos actions. Je l’analyse comme l’impérialisme c’est terminé, il faut que on réagisse à ce qu’il se passe ailleurs. Et je pense que c’est toujours d’actualité. »
Art et nouvelles technologies
Travaillant beaucoup sur l’art et les nouvelles technologies, Alpabeville et Zinc, un producteur arts et cultures Numériques, deux associations implantées à la friche Belle de Mai, ont tenu à laissé une large place à l’art pendant cette manifestation. Une performance en ligne intitulée « Dialogue sur une société de prothèses électriques » réunissant Emmanuel Vergès de zinc et le plasticien Adelin Schweitzer aura donc lieu. « Nous sommes dans une société électrique… Ce dialogue proposera des pistes pour réinvestir ce passé, recréer des frontières avec lui pour envisager un futur à partir d’une collection de fragments que l’on doit accumuler pour créer la mémoire »
« Frontières en mutation », jeudi, abordera le thème de la création artistique avec les outils numériques qui « cherche à traverser les frontières des disciplines, des formes et des espaces » par une table ronde avec l’artiste performeuse Emmanuelle Raynaut. La journée de vendredi se ponctuera par la projection du film « Optical Vacuum de Darius Kowalski » : « Le réalisateur a pris des images de caméra de vidéos surveillance et de webcam, et il a fait un montage en reliant un récit de divers points du monde. Finalement on ne sait pas vraiment où on est, on sait ce qu’on voit, mais on ne sait pas de quel point de vue ». On le voit la réflexion de McLuhan a donc des répercussions dans des domines très variés et enrichit notre vision de notre société de l’information », qui doit être constamment repensée si nous ne voulons que la machine et la technologie broie notre humanité.
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