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Des photos en noir et blanc racontant une Algérie des années 90, celle de ses parents, de sa famille. Des photos intimes, dans le sens de précieuses qui parlent d’elle-même. Pourtant ce n’est pas rien d’écouter l’artiste. Pour ce qui en ont eu la chance, l’exposition ne durait, hélas, que le temps de la fête, Kahmar, avec une joie non dissimulée faisait le guide commentant, délivrant la petite histoire de chaque cliché. Voici Jojo, un clochard dont la trogne semble venir tout droit de la Goutte d’Or de l’après-guerre. L’œil malicieux, on reconnaît dans son regard, la légende, celui dont on ne saurait dire depuis quand il hante ces rues et qui témoigne d’un quartier d’Alger, que le photographe fréquentait dans son enfance. Là, c’est le « Timech ‘rat » une coutume Berbère pendant laquelle on égorge le mouton, le taureau. On achète des morceaux mais pour les offrir à d’autres, aux démunis. Une coutume de partage qui permettait jadis, de ne pas mourir de faim l’hiver. Plus loin ce sont des manifestations, le ras-le-bol d’une population face à la misère et la violence aveugle d’un intégrisme fanatique qui a ensanglanté le pays. « Tu te tais, tu meurs, tu parles, tu meurs, alors parle et meurs » dit une pancarte brandie par une femme lors d’une manifestation. La vie défile le long d’une bonne vingtaine de clichés, jusqu’à l’âne passant sous une arche. Pour celle-ci l’artiste a une légende toute simple : « où va l’Algérie ? Ce qui nous ont gouverné jusqu’à maintenant sont des ânes ! ». Tout est dit.
Dommage vraiment, que cette expo ait été si éphémère. Elle a en tout cas permis à certains de parler d’un pays qui reste, malgré tout, assez inconnu en France. Comme cette femme, installée à Marseille pour fuir le FIS et ses attentats qui nous raconte « son Algérie », heureuse visiblement de témoigner. « Personne ne parle de ces moments la » dit elle « personne ».
Espérons que Kahmar ressortira prochainement ses clichés, qu’un lieu accueillera quelques-unes de ses photos, comme celles qu’il a placardées pendant la fête du soleil sur les murs de la rue d’Aubagne. Cette fois ce sont les gens du quartier qui s’y racontent, toujours en noir et blanc, car comme le dit l’artiste « personne ne veut les voir, alors là, ils se montrent ». Des images simples, comme autant de portraits qui, entre deux immeubles vétustes et une poubelle qui déborde, nous arrachent un « wahou, c’est beau ! »
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