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Des élus marseillais demandent à la France la reconnaissance du génocide Tzigane

Publié le 14 novembre 2011
par Claire Robert
Près de la moitié, soit 40 % des Tziganes, recensés à l’époque de la Seconde guerre mondiale ont péri dans les camps de la mort nazis. Ces chiffres terribles et les multiples exactions commises contre ce peuple ont longtemps été passés sous silence. Refoulés dans la mémoire collective tzigane, peu commentés en Europe. Aujourd’hui des élus marseillais, avec à leur tête Frédéric Dutoit, président du groupe Communiste ont lancé le Comité d’action du génocide tzigane. Le but est de faire le maximum de bruit pour qu’une loi reconnaissant le génocide tzigane voie le jour. En attendant, le peuple Rrom continue de souffrir encore et toujours.

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Frédéric Dutoit, Michel Bourgat, Véronique Labbé

Lundi 7 novembre, réuni sur le bateau le Marseillois, sur le quai du Vieux-Port à Marseille, un groupe d’élus et de politiques a lancé officiellement, avec l’association tzigane « Notre route », les travaux du Comité d’action du génocide tzigane, appelé CARGT. L’objectif clair est de faire voter une loi visant à la reconnaissance du génocide tzigane pendant la seconde guerre mondiale. Cette loi est portée, entre autres, par Frédéric Dutoit, qui avait déjà déposé en 2007 un projet à l’Assemblée Nationale. « A l’époque, à ma grande surprise, nombre de parlementaires sollicités s’étaient dits très sensibles à cette histoire », se souvient l’ancien député. Le 13 avril dernier, le député Jean-Jacques Candelier, (PC) et le Front de gauche se sont emparés de ce projet de loi et l’ont redéposé devant l’Assemblée Nationale. « Aujourd’hui de nombreux parlementaires sont d’accord pour faire voter cette loi » commente Frédéric Dutoit.
« Les hommes et les femmes politiques de Marseille et bien au-delà, se doivent de se rassembler, quels que soient les clivages politiques, aujourd’hui pour des causes qui sont légitimes d’un point de vue citoyen et universel » a tenu à préciser Frédéric Dutoit. De fait, à côté d’élus de gauche, le docteur Michel Bourgat (UMP), adjoint au Maire de Marseille pour la Lutte contre l’exclusion - Intégration Unité d’Hébergement d’Urgence Samu Social fait partie du comité. Pascal Chamassian, Secrétaire national du conseil de coordination des organisations Arméniennes de France et conseiller municipale PS de la ville, Sébastien Barles, conseiller municipal de Marseille et porte-parole régional d’EE-LV, Christian Pellicani (PC), conseiller municipal de Marseille, Marie-françoise Palloix (PC), conseillère des 6e et 8e arrondissements de Marseille, Pierre Dharréville, secrétaire départemental PCF, Grégory Calemme (PS), conseiller municipal de Gardanne étaient présents.

Près d’un million de Tziganes déportés ?

L’association « Notre route » tente de redonner un passé écrit au peuple tzigane et rappelle les grandes étapes qui ont abouti à l’extermination des Rroms pendant la Seconde guerre mondiale. Gérard Ferrer, musicien gitan et membre de l’association explique que « dans pratiquement toutes les familles gitanes, un des membres est allé dans les camps. On demande qu’une loi soit votée pour la reconnaissance du génocide gitan et une date pour la commémoration afin d’honorer la mémoire. J’aimerais que toutes les ethnies qui ont souffert du génocide puissent en faire autant et si on peut les aider, nous le ferons ».
Présidente de l’association « Notre Route – amaro Drom », basée à Gardanne, qui se bat pour la reconnaissance du génocide, Véronique Labbe a procédé en guise d’introduction à un terrible rappel historique : « 66 ans se sont écoulés depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, malgré les 750 000 Tziganes morts dans les camps pour lesquels la France de l’époque a été largement impliquée, nous, Gitans voulons une reconnaissance de cet holocauste oublié. Avant le début du conflit, nous étions assignés à résidence et comme notre mode de vie était incompatible avec cette contrainte, nos ancêtres se sont retrouvés dans les camps, Rivesaltes, Drancy, Saliers, etc. Ensuite a commencé la déportation des nôtres dans les camps d’extermination, les médecins pratiquaient des expériences morbides, dites médicales sur les femmes et enfants qui mourraient dans des conditions atroces. Et personne n’est intervenu pour que nos populations soient protégées de la barbarie nazie. Il faut noter que sur la population tzigane recensée officiellement en Europe à l’époque, soit 1 750 000 personnes, 42,8% ont péri dans les camps de la mort. Le 8 mai 45 est déclarée la fin de la guerre, mais 10 000 Tziganes sont encore internés, oubliés et ne seront libérés qu’en 46, trois mois avant la fin du procès de Nuremberg où aucun Tzigane n’a été appelé à témoigner. Nous souhaitons que justice soit rendue à nos anciens qui ont été déportés qui sont morts dans les camps. C’est pour cela que notre association se bat et que nous avons crée le comité d’action du génocide tzigane, CARGT. »

1920-1940 : Engrenage bien huilé vers l’horreur

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Gérard Ferrer

A l’instar des Juifs, le processus de négation du peuple tzigane a commencé dès les années 1920 en Allemagne, un engrenage vers l’horreur que l’association date des années 1920-1922 où l’Allemagne débute un programme pour « Prendre les empreintes digitales et photographier tous les Rroms ». A partir de 1935, « tous les Rroms sont soumis aux Lois de Nuremberg pour la protection du sang et de l’honneur allemand. Ils perdent le droit de voter en Allemagne ».
Dès 1938, on déclare tous les Rroms d’Allemagne antisociables, raflés, ils sont arrêtés et envoyés aux travaux forcés pour construire des camps de concentration. En Russie, Staline interdit la langue et la culture romani. La suite est insoutenable. En 1939 la première déportation des Juifs et des Tziganes d’Autriche et de la Pologne occupée a lieu.
La France n’est évidemment pas en reste : le 4 octobre 1940, les autorités allemandes demandent à l’administration française en zone occupée d’interner les Tziganes. Des camps comme Les Milles, Miramas, Sainte Marthe, Carpiagne, Saliers dans les Bouche-du-Rhône seront rapidement créés. En France 56 camps, avec 30 000 Tziganes internés serviront de centre de regroupement pour l’extermination systématique.
En 1941, débutent les expériences de stérilisations de masse sur « des femmes tziganes jugées indignes de se reproduire », qui auront lieu à Ravensbrück et Auschwitz.
En 1942 arrivent à Treblinka les premiers Juifs et Tziganes issus du ghetto de Varsovie. Himmler ordonne la déportation des Tziganes vers Auschwitz. Vers la fin de l’été 43, le camp de Ravensbruck comptait 10 000 prisonnières gitanes, manouches et Rroms. « 2 000 gitans, les plus jeunes ayant à peine 8 ans furent stérilisés par une méthode inventée par les nazis, à savoir l’injection dans l’utérus et les trompes d’un liquide stérilisant, jugé plus efficace que les irradiations par les rayons X. »
En 1944, ce seront les Juifs et les Tziganes de Hongrie qui seront déportés, en tout 435 000 âmes. La même année, les expériences d’inoculations de la tuberculose à Neuengamme sont pratiquées principalement sur les Tziganes.

En 1982, l’Allemagne a reconnu le génocide Tzigane. En France, la proposition de loi demande la reconnaissance publique du génocide et une date de commémoration nationale, pour le 5 avril, à la mémoire du génocide tzigane de la Seconde guerre mondiale. Une pétition en ligne a été lancée sur mes opinions.com et l’association a récolté à ce jour 681 signatures de personnalités, de citoyens, d’associations, d’élus pour soutenir ce projet de loi.

Mais si ces premiers travaux sont les prémices à la reconnaissance du génocide, le plus difficile reste maintenant à faire. Pour avoir une chance de passer la question du jour à l’Assemblée Nationale et qu’elle soit enfin débattue et votée, la loi devra être portée par plusieurs groupes de parlementaires de gauche comme de droite. Reste à procéder à une activité de lobbying comme cela a été fait pour le génocide arménien. « Lorsque j’étais député, nous avions réussi à l’époque, tous les élus issus de groupe politiques différents à avoir une victoire pour la reconnaissance du génocide arménien en 2001 et la pénalisation de la négation du génocide. C’est pour cette raison que j’avais été interpellé par des amis tziganes pour œuvrer pour la reconnaissance de leur génocide », explique Frédéric Dutoit.

Rroms d’hier et d’aujourd’hui

A cette réunion sur les Rroms d’hier, chacun avait en tête la situation des Rroms aujourd’hui. En aparté certains élus se disent prêts à monter, à nouveau, au créneau pour exiger la fameuse table ronde à propos des Rroms avec la mairie de Marseille, que l’on attend depuis des mois. Pourrait-on aller jusqu’au parallèle entre le génocide du peuple Tzigane et la situation actuelle des Rroms en France et à Marseille particulièrement ? Interrogé sur cette question, Michel Bourgat, adjoint au maire de Marseille n’hésite pas à répondre : « Ce n’est pas la même situation dans la mesure où ils ne sont pas chassés de la même manière. Déjà chez eux, en Roumanie, il y a un problème qui n’est pas réglé. C’est un peuple qui n’a pas de territoire, qui a quand même des racines communes, une culture, une langue, moi je ne les connais pas bien, mais j’ai toujours été intéressé et j’aurais aimé qu’il y ait une analyse intelligente des problèmes avec un règlement sur place. Avant de les forcer à aller à un endroit où les poubelles sont plus riches qu’ailleurs, j’aurais aimé que chez eux, on ait pris la dimension du problème et que l’argent qui a été mis, parce qu’il y a eu de l’argent, n’ait pas eu ces évaporations qu’on ne connaît pas. Ce qui fait qu’actuellement ils viennent ici, c’est moins pire, comme dirait Coluche, mais c’est moins pire en été, parce qu’en hiver ce n’est pas très agréable. J’ai essayé de participer à un humble niveau qui est celui d’adjoint au maire, en accord avec la mairie. Le problème est d’abord européen, et il est entre les Etats, il faut que chaque Etat ait une attitude réelle vis-à-vis de ce problème qui existe, parce que sinon on a ce qu’on a ; c’est-à-dire des gens en survie qui essaient de tenir à l’endroit où c’est le moins intenable. Moi, ça me désespère autant que n’importe qui ».

- http://vlabbe.blogspot.com


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