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A la manière du documentaire de Wim Wenders, Buena Vista Social Club, qui a fait connaître au monde entier les méandres de la musique cubaine, Safinez Bousbia a fait renaître et a exporté la musique chaâbi à travers El Gusto. Fruit d’un travail obstiné qu’elle a entrepris depuis 2003 (voir article), la jeune Irlandaise d’origine algérienne s’était résolue à recoller les morceaux d’une partie de l’histoire de l’Algérie dénudée de tous clivages ethniques. Après moult complications administratives et financières, elle a réussi à tenir son pari et à réunir les anciens musiciens du Conservatoire d’Alger de la classe du maître du chaâbi El Anka, éparpillés par la guerre d’indépendance entre Paris, Marseille et Alger. La réalisatrice a défini Marseille comme point de ralliement : « je leur ai proposé de se retrouver à Marseille, pour ce qui devait être un ultime concert et qui, finalement, est devenu le premier d’une nouvelle série » a confié la réalisatrice. C’est ainsi qu’en 2007, le répertoire chaâbi et ses quarante-deux musiciens d’exceptions, qui pour certains ne s’étaient pas vus depuis près de 50 ans, ont retrouvé vie. Seize d’entre eux apparaissent dans le long-métrage de 90 minutes, à travers des souvenirs remplis d’amitiés et des témoignages empreints d’émotions engendrés par les déchirements de la guerre d’Algérie. Fort en déclarations et riches en images, Safinez Bousbia a présenté « une autre image d’Alger. Elle la montre belle » s’est émue une spectatrice, à la diffusion de l’avant-première. Ce film-documentaire embarque les spectateurs dans le quartier de la Casbah d’Alger avec des lieux emblématiques tels que le café des sports laissé à l’abandon, la synagogue...
El Gusto a dévoilé une nouvelle âme de la World Music, le chaâbi, qui a été accueilli dans les salles d’Europe. Dès le 1er novembre 2006, une grande tournée a été organisée, de l’Opéra d’Alger au Théâtre du Gymnase à Marseille, faisant escale au Palais Omni-Sports de Paris-Bercy, au Barbican de Londres et au festival de jazz de Berlin. De cette tournée sont nés deux albums, un produit par une pointure de la chanson, Damon Albarn (chanteur des groupes Blur et Gorillaz), l’autre enregistré en public à Marseille, lors du concert des retrouvailles entre les musiciens. Quelques représentations ont eu lieu entre 2008 et 2010, en parallèle de la préparation du film-documentaire. Le troisième album, sorti dans les bacs le 9 janvier 2012, correspond à la BO du film. Un livre relatant les coulisses du tournage paraîtra le 7 mars 2012, aux éditions Steinkis. Après avoir brillé avec succès sur les scènes, les voilà projetés, dès le 11 janvier, sur l’écran. Au vu des retours à l’avant-première, El Gusto peut se targuer d’être Le phénomène de la musique chaâbi. Il ne reste plus qu’un défi pour El Gusto, celui d’être tous réunis dans l’antre du chaâbi, à Alger la blanche, où le ministère de la Culture n’a toujours pas autorisé sa diffusion.
Entretien avec la réalisatrice
Programmation au cinéma Le Prado
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