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Ce n’est pas la première fois en réalité qu’un projet d’union des pays de la Méditerranée tente de voir le jour. On se souvient du fameux processus de Barcelone pour ne citer que lui. Crée en 1995 à l’initiative de l’UE ainsi que dix autres Etats méditerranéens, le processus de Barcelone, appelé aussi « Partenariat Euromed » visait au-delà de la stricte instauration d’un marché de libre échange pour 2010 à s’impliquer plus étroitement dans le processus de paix israélo-palestinien ainsi qu’à intégrer à plus long terme au sein de l’UE, les dix pays méditerranéens qui en sont membres :(Algérie, Tunisie, Maroc, Syrie, Palestine, Liban, Jordanie, Turquie, Israël, Egypte) ou, voire à créer une nouvelle instance : l’Union méditerranéenne.
Avec le Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée, premier grand évènement d’envergure méditerranéenne à se tenir à Marseille, force est de constater la similitude mais aussi les points d’achoppements avec le Processus de Barcelone.
Marseille, par sa position géographique, son histoire avec la Méditerranée faites d’échanges, de migrations et de rencontres aurait tous les atouts et toute la légitimité pour fédérer une telle union, mais Marseille seule n’est pas le centre du monde comme ont trop souvent tendance à le croire les marseillais eux-mêmes et en ce cas, non plus, l’unique décisionnaire. Plus de quarante pays auraient droit de veto pour cette union rêvée de tous, engageant le devenir des peuples d’Europe et de Méditerranée. Plus de quarante pays dont les rêves convergent mais les enjeux divergent le plus souvent. Quand les uns parlent de co-développement, de co-responsabilité ou de co-décision, les autres parlent de dette publique, de sous développement et d’immigration ou encore de processus de démocratisation. Simple décalage rhétorique ou réalité d’un malaise plus profond, c’est pourtant l’un des points névralgique, l’une des raisons principales du gel du Processus de Barcelone.
M. Butzbach Etienne, Maire de Belfort va dans ce sens tout en plaidant pour une union euro méditerranéenne égalitaire :
« L’erreur dans le processus de Barcelone c’est que l’Europe a voulu aider le Sud et non en faire un partenaire. Il faut pourtant construire avec tous les européens et tous les méditerranéens et pour cela l’égalité entre le nord et le sud est une nécessité ».
Un point de vue partagé par le président de la Région PACA Michel Vauzelle :
« Il ne faut pas que l’Union pour la Méditerranée soit une reproduction du processus de Barcelone. Il est temps de penser à une communauté de destin ».
Laissant même échapper à plusieurs reprises un lapsus quelque peu évocateur dans la terminologie d’ « Europe du sud » concernant les pays du sud de la Méditerranée, le président
de Région qui tient à ce que l’Europe se tourne un peu plus vers le sud et un peu moins vers les pays de l’Est argumentera également en ce sens :
« Quand l’Europe donne 40 millions d’euros à l’Est, elle n’en donne que 2 millions au sud. Il faut que Bruxelles accepte de donner une partie de son budget pour l’Union de la méditerranée sinon on ne pourra pas apporter une solution correcte aux problèmes, notamment celui de l’immigration. C’est aussi un moyen d’avoir une place dans la mondialisation et de faire face à la globalisation ».
Une analyse et un discours réalistes rejoint par la précision et l’humanisme de M. El Jazouli Omar, Maire de Marrakech :
« L’Union de la méditerranée est un espace territorial qui comprend un milliard d’habitants. S’ils parvenaient à se regrouper, les habitants de cet espace euro-méditerranéen pourraient dans un processus de globalisation qui suit son cours, faire face demain, à des pays comme la Chine ou le Japon. Mon souhait pour l’Union de la Méditerranée est celui d’un rapprochement humain, la libre circulation des personnes ».
L’écho humaniste du maire de Marakech aura pourtant une tout autre aura auprès de la présidente de la Région Piémont, Mercedes Bresso, plus préoccupée quant à elle de régler les problèmes d’immigration et de financement :
« Il est important de régler le problème du contrôle des migrations. Il est tout aussi important de travailler au niveau local que régional pour faire avancer l’Union de la Méditerranée mais il faut aussi poser la question à l’Union Européenne concernant les fonds structurels 2013-2020 ».
Il faut croire que pour certains malgré les réalités historiques et géographiques, la notion de sud sait se faire, somme toute relative. C’est à en perdre parfois le nord !
Le Nord qui justement aura la responsabilité de la décision finale le 13 juillet prochain à l’Elysée semble pour l’heure en demande et très alerte quant à ce projet. La secrétaire d’Etat déléguée aux affaires étrangères et aux droits de l’homme, Rama Yade qui s’est déplacée pour l’occasion pour représenter la voix du Président de la République alors en Israël et recueillir les doléances des différents partenaires des régions et collectivités de la Méditerranée s’est dit « très optimiste » malgré les réticences de l’Algérie qui reste par sa superficie, sa démographie, sa position géostratégique un pays central pour cette union :
« L’Algérie n’a pas encore dit non. Il y a environ quarante pays méditerranéen, focalisons-nous sur ceux qui ont dit oui plutôt que sur ceux qui n’ont pas encore dit oui ».
Lors du discours confié par Nicolas Sarkozy, Rama Yade a également évoqué le processus de Barcelone :
« Le processus de Barcelone était une erreur car il n’envisageait pas les membres des pays méditerranéens comme des partenaires. Il faut changer d’attitude afin qu’il y ait une égalité et un partage entre le nord et le sud. Il ne faudra en aucun cas négliger la co-décision, le co-développement, le co-investissement ».
Pour sa part et en son nom, la Ministre d’Etat a quant à elle parlé d’« un projet qui porte un souffle nouveau ».
Reste à attendre alors le 13 juillet prochain pour être fixé sur notre futur destin commun… bien que le choix pour une telle union plutôt que le rattachement à l’UE des dix pays de la rive sud de la Méditerranée comme il était prévu au départ dans le Processus de Barcelone, soit à lui seul une décision politique de taille.
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