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Pourquoi cette Marche de l’Espérance, qui partira le 3 mars de Marseille, ainsi que de différentes villes de France, pour finalement converger vers Paris et arriver le 21 avril 2012 ?
Il y a en effet quatre marches, voire deux autres encore : au départ de Bayonne, de Lille, de Toulouse et de Marseille samedi. La marche marseillaise est la première à partir. Nantes et Strasbourg, ça n’a pas été confirmé pour le moment. Mais une marche se fera sûrement depuis la Bretagne et il y a des gens qui vont partir de Francfort pour nous rejoindre. Eux feront une partie du trajet depuis l’Allemagne en camion. Ce sont des marches pour manifester notre espérance et aussi dire qu’on ne croit plus au système actuel, quel que soit le système politique ou économique. Peu importe le futur président qui sera élu : en fait, ceux qui gouvernent ce sont les banques, les marchés, les pouvoirs et lobbys financiers. Il s’agit de vraiment mettre la pression là-dessus et dire que nous ne sommes pas dupes de cette mascarade électorale qu’on nous propose.
Qui est à l’initiative de cette action ? On peut voir sur le site de la Marche Paris 2012 que le réseau s’appuie sur l’ensemble des mouvements Occupy, mais aussi les Anonymous, CopWatch France, et est soutenu par Emmaüs, Mediapart ou encore la CGT,...
C’est un appel qui est parti de Bayonne de personnes qui effectivement sont proches de ces nouveaux mouvements. Après, à Marseille, ce ne sont pas que des personnes qui sont dans le mouvement des Indignés : la moitié des gens qui participent à cette marche ne sont jamais venues aux assemblées des Indignés de Marseille par exemple. En quelques mois, il y a un réseau qui s’est créé de citoyens un peu désabusés de ce qui se passe.
Y a-t-il volonté de faire converger les luttes également ? Vous participerez notamment à une chaîne humaine le 11 mars, visant à dénoncer le nucléaire...
Oui, il y a plein d’associations. On va effectivement travailler par exemple avec Sortir du nucléaire ou le CADTM, le comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde et aussi avec Kokopelli, qui milite pour la libération des semences. Il faut savoir qu’il y a des droits intellectuels sur les graines : des graines qui sont de l’ordre du vivant, qui étaient là avant nous. C’est l’une de nos thématiques. Et puis il y a la question de tout ce qui est Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), organisation locale, retour à des systèmes d’échanges locaux... C’est important pour nous.
D’autres mouvements vous ont-ils inspirés, comme la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 ?
Oui, c’est dans cette continuité. Il y a eu d’autres marches, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Notre démarche s’inscrit notamment dans l’héritage de Gandhi, de ces manifestations pacifistes où un peuple manifestait son espoir ou son mécontentement, par le biais de ce genre d’actions symboliques. Il y a eu la marche des sans-papiers, la marche du Larzac, les Indignés espagnols qui ont marché pour rejoindre Bruxelles l’été dernier...
N’a-t-on pas constaté dans l’histoire les limites de l’impact de ces marches, avec des répercussions politiques inégales ?
Nous ce qui nous intéresse, c’est de toucher et de rencontrer les gens. On n’a plus envie de donner autant d’importance à ce système politique basé sur la représentativité. On veut montrer aux gens qu’ils peuvent être acteurs de la vie sociale et politique au niveau local, qu’ils peuvent se ressaisir de pleins de pouvoirs. Nous allons, nous, exploiter notre pouvoir d’expression de circulation en occupant l’espace public.
Vous avez des propositions à mettre sur la table ?
Nous ne sommes pas dans un rapport aux pouvoirs publics, à déposer des revendications ni exiger des choses. On est dans un rapport à la proposition envers les citoyens qui vont venir à notre rencontre. Concrètement, on va arriver dans les villes, on va s’installer sur une place, monter un campement avec des panneaux explicatifs sur différentes thématiques. Dans chaque ville il y aura un comité d’accueil qui sera constitué à la fois de citoyens mais aussi d’associations qui travaillent sur des thématiques précises. Avec ce collectif-là on va faire des projections-débats, des repas solidaires aussi.
Pour rassurer tout le monde, vous n’envisagez pas un putsch ?!
Nous ce que l’on veut c’est recréer du lien entre nous. Il n’y a pas d’objectif de prendre le parlement ou quelque chose comme ça. Dans la même ligne de ce qui s’est passé un peu en Espagne c’est monter un mini village avec une bibliothèque, sa cuisine, des espaces pour les enfants, plein d’activités et plein d’ateliers pour apprendre. Je dirais que c’est un mouvement d’éducation populaire. On est peut-être plus dans l’éducation populaire que dans le politique à proprement parler.
En définitive, qu’espérez-vous avec cette marche ?
Créer un autre rapport au temps et à la distance. Aujourd’hui, tout va de plus en plus vite, les rapports aux distances, les échanges etc. C’est réaffirmer aussi ce rapport au temps à et à l’espace. Que les gens s’organisent collectivement, dans un souci de localité. On a envie de réinventer le rapport au militantisme : chez nous il n’y pas de porte-parole, pas de ligne précise. On croit beaucoup plus en ça que ce rapport de mettre la pression sur les politiques. Même si je pense qu’ils auront quand même la pression. Il y a une convergence qui s’est créée, un mouvement déjà assez conséquent.
Vous arrivez un 21 avril, tout un symbole ?
Oui, bien sûr, c’est la veille [du premier tour] de l’élection [présidentielle]. C’est aussi un peu un rappel du 21 avril 2002.
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