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Depuis plus d’un an, le ministère de la culture a mis en place un dispositif de soutien des médias de quartier et citoyens. Quelle en est est la genèse ?
C’est parti d’un constat du ministre, Frédéric Mitterrand, au fil de ses déplacements et des rencontres sur le terrain. Il s’est rendu compte que lorsqu’on parlait de médias, ça passait toujours sous les fourches caudines de la CPPAP (commission paritaire des publications et agences de presse), défini par un prisme professionnel très excluant. Les ex-fanzines, les réseaux sociaux, les webzines citoyens n’avaient pas beaucoup de visibilité au ministère. Et donc pas d’intervention structurée dans leur direction. Il y avait bien un fonds de soutien à l’expression radiophonique, mais c’est tout. Les autres formes d’expression restaient très souterraines.
Quelle a alors été la démarche du ministère pour identifier ces acteurs invisibles ?
Ces médias sont très divers dans leur mode de fonctionnement et leurs objectifs. On a commencé, il y a deux ans et demi, à rencontrer les différents acteurs. Presse et Cité et Jérome Bouvier (président de l’association Journalisme et Citoyenneté) nous ont aidé à identifier ceux qui animaient ce réseau de médias citoyens. Ils peuvent bien sûr être implantés en banlieue ou dans des zones rurales, mais tous ne trouvent pas leur cohérence dans la notion de territoire. Certains sont rattachés à une population spécifique, comme pour les médias avec des « publics empêché » : prisons, hopitaux (le projet des « entonnoirs » dans le Nord Pas de Calais), ou encore la presse jeune (l’association « jet d’encre »)...
Les médias de quartier rentraient déjà dans le champ de la politique de la ville, notamment avec des fonds de l’ACSE. Pourquoi était-il important qu’ils rentrent dans le champ du ministère de la culture ?
Au-delà de la cohésion sociale, les médias de quartier touchent au champ culturel. Ils ne s’inscrivent pas uniquement dans la politique de la ville. Pour nous, qui aidons fortement les médias traditionnels, et qui en avons une bonne connaissance, ce dispositif est aussi l’occasion de créer un pont, de rétablir un lien entre les deux. D’établir des passerelles. Car un divorce consommé ne serait pas acceptable. La presse doit évoluer, réfléchir, et regarder du côté de la société civile.
Comment a été pensé le dispositif ?
Nous n’avons pas voulu penser une politique de façon centrale. L’idée, c’était de déléguer le dispositif aux DRAC (directions régionales des affaires culturelles), qui ont une meilleure vision de leurs territoires et des énergies qui s’y déploient. C’est un changement important au ministère : d’habitude, on aide des structures installées, établies, clairement identifiées. Là, on a décidé de l’aide, puis on a été observer les forces en présence et les projets cohérents dans la société civile. Il faut savoir que la DGMIC (direction générale des médias et des industries culturelles) n’est rattachée au ministère de la culture que depuis deux ans. Avant, elle était liée au premier ministre. C’est donc une prérogative très récente. On a d’ailleurs lancé une action de formation pour le personnel des DRAC autour de la définition et du fonctionnement d’un média. Si elles ont des connaissances pointues vis à vis des livres, du cinéma, de la création artistique ou du patrimoine, les DRAC sont novices en matière de médias.
Quelles ont été les DRAC sélectionnées en 2011, et quelles évolutions se profilent pour 2012, notamment par rapport au budget du dispositif ?
En 2011, cinq DRAC ont été sélectionnées : les plus motivées, les plus cohérentes sur la question. Celles d’Ile de France, de PACA, du Nord Pas-de-Calais, d’Alsace et du Rhône. L’enveloppe globale a été d’un peu plus de 200 000 euros. En 2012, elle atteint les 300 000 euros, et le dispositif est étendu à trois DRAC supplémentaires, qui ne sont pas encore définies. Evidemment, ça peut paraitre dérisoire par rapport aux 390 millions d’aide à la presse traditionnelle, mais ça n’aurait pas de sens de comparer les deux démarches, qui n’ont pas les mêmes objectifs.
Quel est le profil des médias qui ont bénéficié de ce dispositif ?
Ils sont très divers. Cependant, on peut identifier quatre grands objectifs portés par ces médias citoyens, qui parfois se combinent. D’abord, il y a ceux qui sont d’abord tournés vers la formation, la sensibilisation au métier de journaliste, la professionnalisation. Je pense notamment au webzine Med’in Marseille. Ensuite, il y a ceux qui émanent de médias traditionnels, et qui jouent un peu un rôle de passerelle. Ce sont les moins visibles, paradoxalement, comme le travail des Dernières Nouvelles d’Alsace ou de Midi Libre, notamment avec des blogueurs citoyens. Il y a aussi ceux qui mettent en avant l’objectif d’expression citoyenne et de cohésion sociale, comme Clap TV, à Villeurbanne. Enfin, le dernier objectif est peut-être celui d’une diffusion d’infos culturelles ou concernant la politique urbaine. Il n’y a pas de règle d’or, pas de définition type du « média de quartier ». Ils regroupent des expressions hybrides, et des pratiques plus ou moins amateurs.
Ces quatre profils se reflètent dans les thématiques choisies pour la table ronde du 22 mars. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce rendez-vous ?
Le 22 mars est un rendez-vous important pour nous. C’était l’occasion de valoriser les acteurs de ces projets, et de créer du lien, des échanges. Philippe Merlant, de Reporters citoyens et Ahmed Nadjar, de Med’in Marseille, viendront parler de professionnalisation. Christian Bach abordera le rapport avec la presse locale à travers son expérience de « 7 à Neuhof Neudorf Meinau » en Alsace. Fouad Chergui parlera d’expression citoyenne et de cohésion sociale à travers « Clap TV », et la diversité dans les médias sera abordée par l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, qui a récemment créé un site internet citoyen, « Lille en quartiers », dans trois quartiers populaires de Lille.
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