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Discrimination : entre histoire et politique

Publié le 10 juillet 2008, mise à jour le 15 juillet 2008
par Anne-Aurélie Morell
Dans son essai intitulé Liberté, Egalité, Discriminations, Patrick Weil examine la question de L’« identité nationale » au regard de l’histoire. Entre appropriation de la « chose » discriminatoire par l’Etat, notamment en matière de politiques migratoires, et « guerres mémorielles » quant à la reconnaissance de crimes passés, finalement, l’histoire en rattrape plus d’un.

Etrange sentiment que celui que l’on ressent quand, mis devant des faits historiques, ils laissent l’impression cyclique de se répéter sans fin, sans différer ou si peu. L’ouvrage de Patrick Weil fourmille de ces juxtapositions d’époques ; depuis la fin des années 30 et jusqu’au sortir de la seconde guerre mondiale, du soir des 70’s à nos jours… L’analyse des politiques ayant régi les flux migratoires et leur nature depuis deux tiers de siècle en France vient éclairer une actualité hoquetant au rythme des « bons immigrés choisis », tests ADN, expulsions massives de sans-papiers, et autre création de ministère mêlant indécemment identité nationale et immigration.

C’est d’ailleurs à cette dernière occasion, en claquant avec fracas – avec sept autres universitaires – la porte des instances de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration en mai 2007, que Patrick Weil se fait connaître du « grand public ». Pourtant, depuis plusieurs années, ce directeur de recherches au CNRS sème les graines contestataires nées de ses travaux. Auteur de La France et ses étrangers en 1991, de Qu’est-ce qu’un Français ? en 2002, ou encore de La République et sa diversité trois ans plus tard, il houspille sans s’atermoyer nos dirigeants, au premier rang desquels l’hôte actuel de l’Elysée.
Car en France, deux courants coexistent depuis toujours ; l’un poussant à la prévalence de « critères ethniques » comme ingrédients des politiques migratoires mises en œuvre, l’autre y résistant au titre de l’humain. C’est ce second mouvement qui, jusqu’à présent, a toujours contré le premier, au cours de périodes charnières – dès 1945, puis durant les dernières années du mandat présidentiel giscardien. Et qui ne prime plus aujourd’hui.

Patrick Weil fait également état de la véritable « guerre » que se livrent historiens contre politiques, et même historiens entre eux. En jeu : la mémoire. De l’acceptation à la repentance, l’adoption de lois actant la reconnaissance officielle de génocides et/ou de crimes contre l’humanité, soulève l’ire de certains spécialistes qui, n’admettant pas que ce qu’ils doivent chercher leur soit dicté, crient à la manipulation de l’histoire et au ficelage de celle-ci par le politique.
A lire pour comprendre les mécanismes déterminant notre politique migratoire. A moins d’avoir « fait son droit », la lecture peut être rendue difficile par le rappel des (nombreuses) mesures légales qui ont jalonné l’histoire récente en la matière. Mais comme nul n’est censé ignorer la loi, armez-vous du code de la nationalité et accrochez-vous bien, ça vaut le coup.

Liberté, Egalité, Discriminations. L’« identité nationale » au regard de l’histoire, de Patrick Weil. Editions Grasset & Fasquelle, 2008. 209 pp., 17,90 euros.


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