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Depuis dix ans et sa traversée de la France, de Paris à Marseille, ce qui anime Vincent Lucas (vous savez, le Facteur d’images, reporter à ses heures), c’est le portrait. Qu’ils soient « nomades » – réalisés en moyen format à la chambre, parmi la foule des spectacles, et développés sur place grâce à la magie de la technologie – ou travaillés dans son studio de la rue des Tyrans, les portraits que tire le photographe de ses modèles fugaces, ces rencontres intermittentes, lui procurent une réelle forme de bonheur social. Le forcent aussi à témoigner de ce qui hérisse encore de larges pans de notre bonne vieille société française…
Portraitiste « forain ». Du théâtre de rue à la réalisation d’une affiche pour l’OM : parcours d’un photographe de portrait.
Nouvelles familles, je vous aime. En 2004, sur commande de la Ville de Marseille, Vincent Lucas entame un travail sur les nouvelles conformations familiales nées ces quarante dernières années de l’avènement du divorce, de la « libération sexuelle » diront certains : ménages recomposés, femmes seules chargées de famille et hommes seuls déchargés de marmots (et rarement l’inverse), familles métissées, adoptantes,… Le dossier n’est toujours pas clos. Difficile en effet de faire poser des ménages dont les parents sont homosexuels. Une image encore trop « taboue ».
La série, intitulée Nouveau Monde, a déjà fait l’objet d’une expo et d’une publication dans la revue ethno-sociologique Terrain. Bientôt achevée, et accompagnée de textes écrits par la journaliste Fabienne Gay (de l’agence marseillaise CAMàYEUX) partie à la rencontre des familles photographiées, la salve de 40 portraits pourrait susciter l’intérêt d’un éditeur.
Image guérisseuse. Quasiment personne n’aime se mirer en photo. « Je ne suis pas photogénique » : voilà ce qu’entend à longueur de pose le portraitiste. Vincent Lucas arrive à déjouer le manque d’estime physique qu’ont d’eux-mêmes ses sujets, en leur prouvant qu’« en chacun existe une photogénie ». En attendant, le génie de la photo, c’est lui. Tant et si bien qu’il se mue en infirmier de l’âme photographiée, chez les jeunes comme chez les plus âgés. On dit alors du portrait qu’il « soigne ».
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