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Dans quelques jours, vous ouvrirez vos portes au Théâtre national algérien, pour une « carte blanche » de quelques semaines. Dans quelle démarche s’inscrit ce projet ?
Cette « carte blanche » est une étape dans une collaboration que nous menons avec le théâtre algérien en général, et le TNA [Théâtre national algérien] en particulier, depuis déjà plus de deux ans. En début d’année, nous sommes allés jouer en Algérie nous y avons travaillé, nous y avons fait des stages. Notre directeur artistique a mené une mise en scène avec les acteurs du TNA. En contrepartie, nous avons invité le TNA à venir jouer dans notre théâtre. Le TNA est une grande structure institutionnelle, donc nous leur avons demandé de créer des « petites formes », parce que notre théâtre n’est pas grand. Ils doivent venir avec quatre spectacles.
La manifestation, dont le coup d’envoi était initialement prévu le 14 octobre, a pris une semaine de retard en raison de problèmes administratifs…
En effet, les visas d’une majorité de la troupe n’ont été délivrés qu’hier (mardi, ndlr), donc la première semaine de représentations a du être annulée. Mais les problèmes sont résolus, le consul s’est même excusé. Les comédiens vont arriver dans le courant de la semaine et nous redémarrons dès mardi prochain.
La raison de ce retard, on ne la connaît pas vraiment. Ça vient je pense de ce que les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur qui distribuent les visas en Algérie sont très méfiants. Il ne faut pas se le cacher : le discours politique du gouvernement ne paraît pas particulièrement ouvert à l’arrivée d’étrangers en France. Nous ne sommes malheureusement pas les seuls touchés : je lisais que, cet été, de nombreux festivals – de musique en particulier – qui font venir des artistes africains notamment ont rencontré le même genre de problème ou ont du être annulés. Je trouve ça triste, et cela me met un peu en colère.
Trois des quatre pièces qui vont être jouées le seront en Arabe. Cela relève-t-il d’une volonté de part et d’autre ?
Travaillant avec un théâtre de langue arabe, il nous a paru intéressant et même essentiel de l’accueillir dans sa langue d’origine. Les spectacles sont en effet donnés en langue arabe. Il n’y a pas de sous-titrages mais on distribue une « feuille de salle » aux spectateurs avant le début de la pièce, qui résume assez précisément l’action, l’histoire. Et en principe, même quand on ne connaît pas du tout la langue, on comprend ce qui se passe. Cela relève bien sur d’une volonté du théâtre de Lenche et du TNA. Une collaboration entre un théâtre français et un théâtre étranger, ne peut pas s’établir autrement que dans la langue d’origine.
Prochainement, nous allons travailler avec des acteurs algériens et français sur un projet commun. Chacun des acteurs parlera sa langue, le spectacle mêlera les deux.
Cela fait deux ans que vous avez initié un rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée, entre Marseille et l’Algérie. Quelles formes, autres que ces résidences, prennent vos partenariats ?
La première forme, la plus facile à réaliser, c’est l’échange de spectacles. Nous avons joué là-bas, à Alger, à Mostaganem, et eux viennent chez nous. Mais nous avons une convention de travail qui s’étale sur deux ans dans laquelle il est prévu – et nous avons déjà commencé à le faire – plusieurs volets.
En premier lieu, nous menons des interventions sur la formation, en Algérie. C’est-à-dire qu’aussi bien Ivan Romeuf, le directeur artistique, que moi-même sommes allés à l’école nationale d’acteurs d’Alger (ISMAS, Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel), animer des sessions de formation avec les élèves. De même il est prévu que M’Hamed Benguettaf, qui est le directeur du TNA, metteur en scène, auteur et comédien, vienne en France animer un stage pour les comédiens français.
On travaille également sur des mises en scène croisées : cet été, Ivan Romeuf a dirigé des comédiens algériens, pour une pièce que l’on présente d’ailleurs durant cette « carte blanche ». M’Hamed Benguettaf viendra bientôt faire une mise en scène avec des comédiens français.
Dernier volet : un travail d’accompagnement. Le ministère de la Culture algérien, avec Mme Khalida Toumi, souhaite développer la création de théâtres régionaux à travers tout le pays. Il y en a déjà sept. On est associé à la création d’un prochain projet dans le Sud de l’Algérie. Ce nouveau théâtre sera sûrement implanté à Tamanrasset, mais ce n’est pas encore défini.
Enfin, parallèlement à tout ce travail qui se fait dans le domaine professionnel, nous avons également signé une convention avec le festival de Mostaganem, qui est un festival de théâtre amateur. En Algérie, le théâtre est en train de renaître, après une longue période où il a disparu, du fait de la situation politique et du terrorisme. Aujourd’hui, il y a un grand foisonnement de compagnies de théâtre amateur. On va travailler sur une formation d’acteurs, de la mise en scène,…
Comment ces échanges, entrepris bien en amont de la nomination de Marseille au titre de Capitale européenne de la Culture pour 2013, participeront-ils à cette nouvelle dynamique ?
Je dois rencontrer M. Latarjet, qui est déjà au courant, pour lui en reparler. Nous avons effectivement commencé ce travail fin 2006. Mais ce n’est qu’une reprise : nous avions, dès 1981, engagé une création au TNA. Puis les événements politiques ont fait que tout à du être abandonné. Nous avons repris contact avec l’Algérie lors du tremblement de terre il y a huit ou neuf ans. On avait invité une compagnie dont le théâtre avait été détruit. Tout cela s’est fait naturellement, et en dehors de la nomination de Marseille comme Capitale de la culture. Mais dans ce dossier, Marseille envisagée comme interface entre les pays du Maghreb, de la Méditerranée et l’Europe du Nord est un axe fort indiqué par Bernard Latarjet. Donc nous allons le revoir pour voir comment nous allons nous inscrire dans ce projet. D’autant que, et là j’anticipe sur un projet en cours, nous allons mettre en relations trois écoles de formation professionnelle d’acteurs, celle d’Alger, celle de Marseille et de la région Paca et celle d’Oslo en Norvège. Ce qui permettrait aux promotions d’élèves, dont les études se déroulent sur trois ans, et aux professeurs, de changer d’établissement.
Y aura-t-il un avant et un après Marseille 2013 ? En quoi ce titre peut-être bénéfique pour le théâtre et le monde artistique ?
Personnellement, je suis ravi que Marseille ait été choisie. C’est une ville dans laquelle il y a un potentiel important dans tous les domaines, le théâtre mais aussi toutes les autres formes artistiques. Pourtant, tout cela reste un peu confus, incohérent, désorganisé. Donc l’idée que Marseille devienne Capitale européenne de la Culture en 2013 va aider à coordonner tout ça. J’espère que les partenaires publics vont travailler ensemble, et avec nous, les agents culturels et artistes. Je souhaite que ce que 2013 va provoquer conduise à ce qu’il y ait une pérennisation de ce travail-là dans les années suivantes.
Vous dites que loin des déclarations d’intention vous vous situez dans l’action… Est-ce à dire qu’il y a trop de discours et pas assez de concret ?
C’est bien mon point de vue. Hélas, les événements récents me le confirment. Au niveau national, régional, local, tous nos hommes politiques nous encouragent à travailler avec les pays de la Méditerranée, et ceux du Maghreb en particulier. A construire des ponts entre le nord et le sud de la Méditerranée. Toutes choses auxquelles j’adhère. On entend tous ces discours et lorsque on le fait, comme c’est notre cas, on se heurte à des problèmes administratifs très étriqués comme l’attribution d’un visa. On a annulé une semaine de représentations parce que les visas n’ont pas été donnés aux Algériens pour venir à Marseille. Comme si on avait très peur que les Algériens envahissent la France.
Avez-vous, ou envisagez-vous d’autres collaborations, peut-être avec d’autres pays de la Méditerranée ou d’ailleurs ?
On travaille avec une compagnie à Prague, avec qui nous mettons en place un projet autour du thème de ce que l’on a appelé « l’Europe intellectuelle en fuite ». Lors de la montée du nazisme, un grand nombre d’intellectuels allemands, autrichiens, tchèques, de la Mittle Europa ont fui et se sont réfugiés à Marseille. Et même à Sanary qui, on ne le sait pas, a été le refuge de beaucoup d’artistes pendant la guerre. Nous avons longtemps eu également des contacts avec la Pologne et ponctuellement, nous échangeons avec des Espagnols, ou des Italiens.
« Carte blanche » au Théâtre national algérien dans le cadre de la saison 2008/2009 du Théâtre de Lenche.
Jusqu’au 8 novembre 2008.
4, place de Lenche,
13002 Marseille
Contact et réservations : 04.91.91.52.22. ou
http://www.theatredelenche.info.
Tout le programme de cette « carte blanche » au TNA, et le descriptif des quatre pièces prévues :
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