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La Fiesta, c’est aussi ça : rencontrer et faire se rencontrer les plus grands noms de la scène musicale internationale. Vendredi 17 octobre, la presse avait rendez-vous avec deux « jeunes filles », deux fabuleuses représentantes des rythmes caribéens, avant qu’elles ne se produisent en concert devant des milliers de spectateurs. Omara Portuondo, Cubaine née en 1930 à la carrière solo épatante et unique voix féminine du Buena Vista Social Club ; et Calyspo Rose, née dix ans plus tard à Tobago, reine du Calypso, musique métissée à l’origine de bien d’autres.
Omara Portuondo, dont le nouvel album Gracias vient de sortir, « chante depuis soixante ans ». Calypso Rose depuis cinquante. A elles deux, elles dégagent une énergie impressionnante. Devant l’attitude franchement « positiviste » de ces charmantes Maminas, on ne peut que rester transis, un sourire béatement scotché aux lèvres.
Omara et Calypso Rose ne se connaissaient pas. Leur musique a pourtant voyagé, elles se sont écoutées. Mais jamais rencontrées. Voilà qui est réparé. « Tout à l’heure, j’ai parlé avec Calypso Rose. Nous avons beaucoup de chose en commun, d’abord parce que nous venons toutes les deux des Caraïbes », commence Omara. Puis Calypso de « remercier Dieu » de lui avoir permis de s’asseoir à côté de l’artiste cubaine. Il semble qu’un autre point commun unisse les deux femmes : un attrait lointain pour la France. Ainsi, Omara Portuondo a croisé Edith Piaf, lors d’une visite de celle-ci dans l’île du Che. Un « grand moment ». Tandis que Calypso rappelle que Trinidad et Tobago a connu de nombreuses puissances tutélaires, colonisée successivement par la Hollande, la France, ou l’Angleterre. Ce qui explique que dans l’archipel, plusieurs langues soient parlées, l’espagnol, l’anglais, l’hindi et même le français, ou plutôt le créole. Autre tradition, héritée de la France : la ferveur carnavalesque toujours prégnante dans les îles. Les chanteuses éprouvent aussi le même bonheur de se retrouver à Marseille, une ville mosaïque non sans rappeler le « cosmopolitisme » de la Caraïbe.
« Le père de mon père était de Grenade. Si vous connaissez l’histoire de Tobago, le sang de l’esclave M. Sandy, qui a mené la révolte qui a conduit à brûler la maison du gouverneur, coule dans mes veines. Mon nom est McAtha Sandy Lewis. La mère de ma grand-mère est venue de Guinée en Afrique, en tant qu’esclave. Je suis africaine par mon père et par ma mère. Vous voyez la source de ma puissance », tonne Calypso Rose, qui réside aujourd’hui aux Etats-Unis. Une puissance qui viendra, dans les années 60, à bout des réticences de son père, prêcheur baptiste qui, lorsqu’elle écrivit ses premières chansons calypso, lui dit : « tu ne peux pas servir le diable ». Car à l’époque, « les gens pensaient que le calypso était l’outil du diable, que tout ce qui venait d’Afrique venait du diable »…
Calypso Rose « clash » un journaliste et le taquine en un savoureux « picong » (de « piquant », sorte de joute verbale, un peu semblable au slam) :
Bonne nouvelle, ni l’une, ni l’autre ne compte raccrocher de la scène : « les adieux ne sont pas au programme. Je vais être encore là pour longtemps, a lancé Omara avant de fredonner, ce qui me reste à vivre, ce sont des sourires ». Les deux pimpantes Pimprenelles n’excluent d’ailleurs pas de travailler ensemble…
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