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La rencontre de Dreux, troisième étape d’« Espoir Banlieues » après celles de Vaux-en-Velin et de l’Elysée, aura lieu vendredi 6 février. En attendant, l’insatiable promotrice d’un « plan Marshall » pour les quartiers sensibles – rebaptisé assez caustiquement « Plan Marche à l’ombre » par les plus sceptiques – poursuit son tour de France des quartiers sur le thème de l’emploi, au côté notamment du PDG d’AXA Claude Bébéar, également à la tête d’IMS-entreprendre pour la cité.
Pour bien faire les choses, l’étape marseillaise de ce mardi 3 février sera tripartite : avant de signer quelques contrats d’autonomie au centre social du Grand Saint Antoine, à quelques pas de Plan d’Aou, et de filer en centre ville pour pousser une centaine de chefs d’entreprise dans les bras de la « diversité », Fadela Amara a choisi de s’arrêter à la Savine, haut lieu du nord de Marseille, cristallisant tous les fantasmes, peurs et problèmes inhérents à la vie d’un quartier qualifié de « sensible ». Il n’y a qu’à lire l’un des principaux quotidiens locaux pour s’en convaincre : trafic en tous genres et incivilités y côtoieraient un taux de chômage record – bien réel celui-là, même si les chiffres sont trafiqués (eux aussi, décidément !) vers le bas.
A la Savine, on se gardera pour cette fois de voir ce qui fonctionne, la quasi cinquantaine d’associations tissant, ou reprisant le lien social, le studio son B Vice, la majorité des 4 000 habitants tout simplement, n’étant ni dealers ni drogués, ni délinquants ni ignorants, ni même fainéants. Regardons donc ce qui ne va pas, pour enfin tenter de trouver des solutions. Le chômage donc, le manque de transport en commun et, ce qui intéresse au premier titre notre ministre, l’état d’insalubrité des logements. Enfin des « caves » ou des « cages à poule », pour reprendre le lexique imagé des locataires excédés. Durant les quelques minutes durant lesquelles Fadela Amara s’est « promenée » dans la cité, elle a pu entendre les préoccupations des uns et des autres : chauffage défaillant, cohabitation avec « rats et souris », ascenseurs « casse-gueule »…
Les locataires se sentent « abandonnés » du bailleur. Alain Ofcar, directeur de la production de la Logirem se défend : « nous tenons une permanence tous les jours ». « De 9 heures à 11 heures seulement », se plaignent deux ou trois personnes présentes dans la touffeur de la salle du centre social, rendue minuscule du fait que chaque mètre carré y est occupé.
Plus de trente ans après son édification, la Savine entame sa troisième vague de rénovation. Celle-ci sera la bonne promet Fadela Amara. « L’Etat met beaucoup d’argent sur la table. C’est énorme ce que nous mettons, c’est à grands coups de milliards, mais il faut que les habitants s’engagent à travers le respect de la citoyenneté », affirme la secrétaire d’Etat. Et de certifier que les sous dégagés dans le cadre du plan de relance annoncé lundi par François Fillon, serviront à couvrir la totalité de la réhabilitation engagée. Entre les « Fadela, on t’aime, on t’adore », un petit bout de femme glisse en faisant la moue « c’est une menteuse, elle ment, ce n’est que du vent ».
D’autres espèrent vraiment que ce nouveau plan de destruction-requalification réussira. Karim Azoug, secrétaire d’une association favorisant les loisirs des plus jeunes, est confiant : « on commence à en voir les effets ». La question du relogement demeure plus épineuse. « Il faudra faire du cas par cas, en fonction de la situation des gens. Certains n’ont pas les moyens de se payer un appartement en ville ». Mourad, dit "Kaiser", est responsable du Club sportif savinois. Il ne doute pas de la réussite du « Plan Espoir Banlieues » emmené par la secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville. « Elle a réussi dans des quartiers plus difficiles encore que la Savine, à Paris et à Lille, alors pourquoi pas ici ? ».
Zoubida Meguenni, militante associative de la première heure devenue relais Politique de la Ville au sein du Conseil général des Bouches du Rhône et également adjointe à la mairie des 13/14, acquiesce pour ce qui est de la rapidité de la rénovation urbaine, mais déplore une trop grande « mollesse » en ce qui concerne la « dynamique sociale » (voir son interview).
Globalement, si l’espoir subsiste chez quelques-uns, une majorité des habitants de la Savine paraissent désabusés et en ont assez des visites infructueuses, des promesses non tenues « depuis trente ans ». Ceux que l’on appelle les « jeunes » refusent pour la plupart de répondre à nos questions, inquiets peut-être du grand barnum médiatique qui entoure ce cirque politique, lui-même cerclé d’une épaisse clique de flics. Il faut dire que la visite de « M’dame la ministre » a déplacé la foule des grands jours. Elus locaux et représentants de l’Etat se pressent : Samia Ghali, sénatrice et maire du 8e secteur, Nora Remadnia-Preziosi, adjointe au maire de Marseille, Sylvie Andrieux, députée et maire du 13/14, Rebia Benarioua, conseiller général, Marie-Josèphe Perdereau, préfète déléguée à l’Egalité des chances… Jean-Claude Gaudin restait cependant aux abonnés absents cette fois, alors qu’il avait accompagné Fadela Amara lors de sa visite à la Cayolle, en novembre 2007.
Prise par le temps, la secrétaire d’Etat ne peut s’attarder plus à la Savine. « Samia Ghali est chargée de me faire remonter une note. Une note dans laquelle elle va mettre tout ce qui ne va pas », se contente-t-elle de rassurer. Puis, devant tout le monde, elle prend « l’engagement de revenir » à la Savine. Elle avait fait de même à la Cayolle. Elle n’y est jamais revenue.
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