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Le travail sur la situation des chibanis est aujourd’hui un acte militant. Après la vaste polémique en 2005 qui a fini d’alerter l’opinion publique sur le sort fait à ces derniers par plusieurs centres d’impôts français, la lutte continue pour certains.
Les 40 photos exposées mercredi de part et d’autre des murs de la pièce principale de la Cité des Associations relatant des bribes de vie de ceux que l’on nomme « chibanis » en sont la preuve.
Fruit d’un travail de longue haleine qui s’étend sur plusieurs années d’efforts, de patience, et de persévérance, cette exposition est le témoignage vivant du quotidien peu connu d’une proportion non négligeable de la population française.
Résidant le plus souvent dans des hôtels délabrés, des bidonvilles ou des chambres de 4 à 9 m², laissés au bon vouloir des foyers ADOMA (ndlr ex Sonacotra), les chibanis brillent par leur invisibilité. C’est à la fois pour leur rendre hommage et les faire sortir de l’ombre que cette exposition a été organisée. Pris au fil des rencontres avec les chibanis, par l’artiste photographe Kamar Idir, les clichés se veulent aussi l’amorce d’une sensibilisation et d’une réflexion plus vaste à leur sujet.
Le témoignage des photos elles-mêmes mais également celui de membres associatifs, militants ou sociologue sur leur condition de vie, laisse coi.
Et malgré les nombreuses alertes lancées aux pouvoirs publics, leur situation ne semble pas s’améliorer depuis plusieurs années.
« Ce que vivent les travailleurs migrants en 2009, c’est ce qu’ont déjà vécu des immigrés il y a 50 ans » explique Hmed Choukri, chercheur et Maître de conférence en sociologie à Paris I, qui s’est intéressé de près aux conditions de logement de ces derniers.
Malgré une certaine reconnaissance depuis une dizaine d’années des pouvoirs publics au droit de vieillir dignement, l’ambiguïté sur le statut des anciens travailleurs migrants reste néanmoins de taille. Eloquente et inquiétante, cette forme de mutisme pour laquelle ont opté plusieurs administrations et pouvoirs publics se traduit notamment par l’impossibilité d’établir une quelconque catégorie sociologique ou administrative sur quelque, tout de même, 537 000 individus de plus de soixante ans, selon l’INSEE, résidant sur le sol français.
« Les statistiques ne sont pas faciles d’accès et les foyers Sonacotra dans lesquels résident majoritairement les vieux migrants avec une surreprésentation de maghrébins refusent l’accès à leurs archives », révèle M. Hmed Choukri.
De plus, même si ces foyers peuvent-être pour certains un point de repère, parfois même un vecteur de reconstruction identitaire, ils sont toutefois vécus pour la plupart sous le mode de la contrainte. Avec un mode de gestion digne des méthodes militaires les plus strictes, ces lieux de vie se révèlent être de véritables « assignations à résidence » souffrant d’un encadrement social des plus alarmant, voir inexistant. Bien vieillir signifierait en outre pour les anciens travailleurs migrants : quitter ces foyers. Et là, le salut ne réside en aucun cas dans un idéal de retour au pays, fantasmé par les pouvoirs publics.
Ayant, depuis plusieurs décennies, laissé familles et enfants dans le pays d’origine, ils rencontrent de grandes difficultés d’adaptation ou de réadaptation à leur retour. Avec ce fossé social, familial, culturel, générationnel creusé au fil des années par d’imposantes différences de mode de vie, les chibanis se voient à leur retour « marginalisés » une fois de plus. Ou encore uniquement considérés par les leurs comme « des pourvoyeurs de fonds ou un moyen pour les enfants de venir en France », analyse Hmed Choukri.
Aussi, même dans les cas où finalement la famille parvient à les rejoindre de l’autre côté de la Méditerranée, il n’en demeure pas moins un certain malaise.
« Il est difficile pour ces derniers de se remettre en situation de vie familiale car souvent, le véritable lien avec la famille c’est le mandat », témoigne Abdelkader Atia, Directeur de l’AMPIL, pour avoir été à l’initiative d’une aide au regroupement familial auprès de quelques anciens migrants.
D’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, les anciens travailleurs migrants, pour certains anciens combattants au côté de la France durant la seconde guerre mondiale, sont en mal de reconnaissance. Ou plus grave encore, dans notre pays, voués à l’errance ou mis en situation de clochardisation.
A cela s’ajoute aussi un autre phénomène, peu connu, moins divulgué, celui des femmes. Ces « chibanias » dont on fait peu de cas qui souffrant au même titre que les hommes d’un manque de visibilité connaissent les mêmes difficultés face à l’administration et à la précarité. Les photos de Kamar Idir en témoignent : la situation de Nedjma, une dame âgée, perdue entre la France et l’Algérie qui essaye malgré la grande incertitude dans laquelle elle vit, de positiver.
Cette exposition en forme de rencontre-débat autour des « anciens » comme on les nomme aussi, à laquelle les élus ont brillé par leur absence mais où l’on a tout de même pu aisément compter la présence du maire de Septèmes, de l’adjoint au maire du premier secteur, Miloud Boualem ainsi que celle des chargés de mission de l’Acsé, devrait se poursuivre à Septèmes et Gardanne, notamment dans les écoles.
Pour Kamar Idir qui a mis sur papier glacé la vie d’une partie de notre mémoire collective et dont un livre richement illustré a vu le jour avec le concours de Dominique Carpentier à l’issue d’une investigation de plusieurs années, durant laquelle il s’est impliqué personnellement et affectivement, mais sans condescendance, « le combat continue ! ».
Reste à poursuivre celui avec les impôts pour lequel on apprend des mots même de Nouredine Abouakil, directeur de l’association « Un centre ville pour tous », présent à la soirée, que « sur les 4 500 personnes qui ont fait des déclarations d’impôts, 573 seulement ont été réintégrées. Entre 2005 et 2006 de nombreuses aides ont été supprimées ».
Révélation des plus récente datant de mardi 10 février 2009 également lâchée par ce militant de la première heure : « Entre Berre, Martigues et Port de Bouc, 500 anciens travailleurs migrants ont eu leur CAF supprimées ».
Sans pouvoir compter le nombre de chibanis qui ont littéralement disparu des fichiers administratifs, le combat a en effet bel et bien, de quoi se poursuivre !
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