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En temps de « crise », comme il est de mise de le préciser, l’expression fait sourire : après le « bouclier fiscal », voici que le gouvernement souhaite mettre en place un « bouclier social ». L’annonce en a été faite par Fadela Amara lors du grand raout « Espoir Banlieues » de Dreux le 6 février dernier. La secrétaire d’Etat en charge de la Politique de la Ville, pour qui le « rattachement au grand ministère (du Travail, des Affaires sociales et de la Ville) d’Hortefeux est une chance », a assuré que du président au gouvernement, il n’y avait qu’une seule et même volonté, celle d’épargner au maximum « les plus fragiles ». Entendre, les masses résidant dans les quartiers populaires pas roses, les banlieues moroses.
Le parc des expositions de Dreux était à moitié vide, ou à moitié plein. 1 500 personnes (selon les organisateurs) ont assisté au premier grand rendez-vous fixé par Fadela Amara après que les principales mesures du Plan Banlieues ont été énoncées depuis l’Elysée il y a un an. La ville n’a pas été choisie au hasard : elle fut par le passé le « symbole » de la montée du Front national, un temps co-gérée par la droite et l’extrême droite après une alliance victorieuse lors des élections municipales de 1983. Cette réunion devait participer à casser cette image qui lui colle à la peau.
Pas de grandes ambitions cette fois, si ce n’est celle d’« écouter » les acteurs associatifs présents, afin de « réalimenter, réoxigéner » une dynamique qui paraît vouloir s’essouffler. Alors les gestes ont un goût de déjà vu, les discours un air de déjà entendu. Les mêmes, quasiment à la virgule près d’une année sur l’autre. Il faut faire des quartiers « le vivier des compétences et des élites de demain », répète à plusieurs reprises la secrétaire d’Etat, sans développer plus avant les méthodes qu’elle compte mettre en œuvre pour y arriver.
Du coup, il fallait bien ajouter un peu de sauce piquante pour relever la fadeur d’une rencontre organisée avec les deniers publics : Marc-Olivier Fogiel, l’animateur télé sensé plaire à la ménagère, sera là, au côté de Marijosé Alie (journaliste sur France Ô), pour animer les débats des deux tables rondes… Et la présence de l’ex-On-ne-peut-pas-plaire-à-tout-le-monde ne fait justement pas l’unanimité, car d’aucuns se souvenaient que sa boîte de prod’ avait été condamnée pour « injure raciale », suite à une fumeuse affaire de SMS. Mais Fadela Amara l’a défendu bec et ongles, assurant qu’il était « proche » de ces questions banlieusardes depuis belle lurette, et que loin d’effectuer là ce que l’on appelle en langage journalistique un « ménage », il officiait ici à titre « gracieux », sans aucune contrepartie.
Le soufflé étant vite retombé, l’urgence consistait à trouver de nouvelles nouveautés pour insuffler un peu de vie à cet Espoir que beaucoup caressent dans les quartiers, mais que peu voient se concrétiser. Et Fadela Amara d’expliquer, de « faire de la pédagogie » comme on dirait à l’Elysée, comment les différentes instances entrant dans le fonctionnement de la Politique de la Ville étaient en cours de réorganisation. Pour « finaliser la réforme de la gouvernance », la Délégation interministérielle de la Ville s’apparentera désormais à un « secrétariat général de tutelle de l’Agence nationale de rénovation urbaine et de l’Agence nationale de cohésion sociale et pour l’égalité », lui-même orienté lors de Comités interministériels de la Ville (déjà en place depuis un an) qui devraient réunir « tous les six mois » l’ensemble des ministres, afin qu’ils détaillent ce qu’ils font, chacun avec leur portefeuille, pour les banlieues. Le tout s’appuiera sur l’Onzus (Observatoire national des zones urbaines sensibles), ZUS que Fadela Amara souhaiterait par ailleurs « débaptiser ».
« Cerise sur le gâteau » (c’est ainsi que Fadela Amara définit son rôle et celui de la Politique de la Ville, en sus des politiques menées par ailleurs en direction des quartiers et de leurs populations), Nicolas Sarkozy devrait très bientôt faire son retour dans les banlieues, qui l’ont souvent houspillé. En effet, l’ex-présidente de Ni Putes Ni Soumises n’en a pas fait mystère : répondant sur ce sujet à la question d’un journaliste posée en conférence de presse, elle a même assuré que c’était Carla Bruni-Sarkozy qui semblait davantage prête « à mettre la main à la pâte et à se mouiller, alors que franchement elle aurait pu rester dans son coin avec les ghettos de riches et pas s’embêter avec des gens comme nous ». Elle aimerait bien se rendre dans les ghettos de pauvres, Madame la première Dame, mais Fadela Amara est « obligée de la calmer un peu » car elle « préfère que ce soit Monsieur Nicolas Sarkozy, le président qui vienne d’abord »…
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