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La prise en charge des femmes sans-papiers victimes de violences : « une catastrophe », selon Sihem Habchi

Publié le 17 février 2009
par Ahmed Nadjar, Anne-Aurélie Morell
La présidente de Ni Putes Ni Soumises se désole de voir que le président de la République ne tient pas ses engagements en matière de protection des droits des femmes. Celle qui a succédé à Fadela Amara à la tête du mouvement de défense des femmes des quartiers déplore notamment le traitement réservé aux « clandestines ». Le point avec elle, à quelques jours de la Journée des femmes et au lendemain du procès de "l’affaire Chahrazad".

En pleine campagne présidentielle, lors d’un discours prononcé à l’occasion de la rencontre « Femmes et égalité des chances », le président de la République avait assuré que les situations où les droits des femmes sont bafoués ne seraient « plus tolérées ». Cette promesse a-t-elle été tenue ?

Non pas suffisamment. J’ai écrit une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy en décembre dernier, pour l’appeler à faire en sorte que la lutte contre les violences faites aux femmes devienne une grande cause nationale. Parce qu’aujourd’hui, à l’heure où je vous parle, il n’y a toujours pas de point d’écoute dans les commissariats, pour accueillir ces femmes victimes de violences. A l’heure où je vous parle, il n’y a pas suffisamment d’hébergements d’urgence pour protéger ces femmes, pas assez de structures d’accueil. Et on le sait très bien, si on ne sécurise pas le parcours de ces femmes, jamais elles ne prendront la parole, jamais elles ne porteront plainte contre ces violences. C’est une action importante et moi je suis là aujourd’hui pour rappeler qu’il y a un Plan (« Espoir Banlieues », ndlr), que nous avons une chance incroyable, mais que le ministère de l’Intérieur, le ministère du Droit des femmes, tous les ministères doivent s’impliquer dans le cadre de ce Plan pour défendre le droit des femmes. C’est vrai aussi pour les collectivités territoriales. En ce moment, il y a une prise de conscience qui se fait, par les femmes notamment, comme quoi elles n’ont pas à subir des violences. Mais si cette prise de conscience n’est pas accompagnée d’un vrai parcours de sécurisation, on court au désastre.

Le 29 avril 2007, Nicolas Sarkozy avait déclaré : « A chaque femme martyrisée dans le monde, je veux que la France offre sa protection en lui donnant la possibilité de devenir française. » Près de deux ans après, comment se passe la prise en charge de femmes sans-papiers victimes de violence ?

Pour les femmes sans-papiers victimes de violence, c’est une catastrophe. D’abord parce qu’elles sont invisibles. Ensuite parce qu’elles ont peur, elles ont la peur au ventre, doublement la peur au ventre quand elles sont victimes de violences familiales. Elles sont aux abois, elles ont parfois des enfants, et elles supportent ça. Nous, on essaie tant bien que mal de sécuriser leur parcours, de leur trouver un hébergement. Mais quand pour leur obtenir un hébergement d’urgence, on nous dit « oui mais elle n’a pas de papiers », là, ça ne va plus. Il y a une question importante humanitaire en France autour des femmes sans papiers. On ne peut pas laisser la situation se dégrader encore, parce que ces femmes ont des enfants, des enfants français, scolarisés, et il est de notre devoir que la République entende ce message. Et aide ces femmes sans-papiers à avoir une dignité. Elles ont droit à la dignité. La France est un pays qui respecte les femmes et leur dignité. Moi je me battrai jusqu’au bout à leurs côtés pour qu’elles obtiennent un titre de séjour et qu’elles soient sécurisées, et qu’elles refusent les violences.

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Dans ce Plan banlieues, il est souvent question de laïcité, de République, de « femmes des banlieues ». Avez-vous des chiffres pour comparer leur situation à celle des « autres » femmes ? Vous devez publier un rapport allant en ce sens en mars prochain…

On sait qu’une femme meurt en France tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint, des chiffres en constante augmentation, à moins qu’il ne s’agisse d’une meilleure prise en compte de ceux-là. Nous allons mener une campagne en 2009/2010 pour avoir un maximum de chiffres qui nous permettront de voir vraiment l’écart qui existe entre celles qui habitent dans les quartiers « ghéttoisés » et qui n’ont pas forcément accès à des hébergements d’urgence, qui ne trouvent pas assistance auprès de commissariats parce qu’elles ne sont pas bien accueillies, par rapport aux autres qui vivent les même violences, des situations similaires même si elles diffèrent. On va tenter d’apporter des réponses. Il y a un plan triennal qui va être lancé par Valérie Létard (secrétaire d’Etat à la Solidarité), et j’invite toutes les associations qui oeuvrent sur ce secteur à faire des propositions, sur la mobilité, la gratuité des transports, etc. Par exemple, nous, à Ni Putes Ni Soumises, nous travaillons depuis longtemps sur les questions de changement de région : lorsqu’une femme est victime de violences, pour la sécuriser elle a le choix de changer de ville, afin d’avoir la possibilité de se reconstruire sans avoir l’angoisse de se retourner toutes les cinq minutes dans la rue pour savoir si son conjoint ne va pas la suivre, la retrouver, sans se sentir menacée. Et en fait il ne s’agit pas de chiffres. C’est comme pour les expulsions. Nous ne sommes pas des chiffres ! Il faut savoir si ont veut mettre les moyens de former des assistantes sociales, de former des policiers, de faire de la médiation familiale,… Si oui, on peut changer la donne. Faut-il attendre qu’il y ait encore des Chahrazad (jeune femme dont l’agresseur, un ex-petit ami éconduit, vient d’être condamné à vingt ans de réclusion pour l’avoir aspergée d’essence et brûlée vive en 2005) pour agir ?


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