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Au nord comme au sud de la Grande Bleue, les interrogations vont bon train concernant le concept d’Union Méditerranéenne lancé par Nicolas Sarkozy le 7 février dernier, en pleine campagne électorale. Car si selon un sondage TNS-Sofres publié dernièrement 73 % d’Espagnols, 67 % de Français et 56 % d’Italiens chavirent et y voient « l’opportunité de renforcer les liens et le dialogue entre les deux côtés de la Méditerranée », certains responsables de pays de l’Union européenne et du bassin méditerranéen émettent des doutes. Quant au contenu du projet, mais aussi quant à sa composition.
Alain Le Roy – magistrat à la Cour des comptes nommé ambassadeur chargé de la mise en oeuvre de l’Union Méditerranéenne – s’emploie donc, aux côtés de Jean-Pierre Jouyet – secrétaire d’Etat aux Affaires européennes – à consulter, étoffer et communiquer autour du dessein présidentiel. Lors d’une conférence donnée à l’IFRI le 22 novembre, le premier a confirmé que l’idée n’en était qu’à l’étape des discussions. La France se trouve « dans une position d’écoute pour recueillir les propositions », a appuyé le second, à l’occasion d’une rencontre avec ses homologues allemand et espagnol.
Projet (en) creux pour les uns, « très bonne idée » pour les autres
L’Union des pays de la Méditerranée viendra-t-elle en renfort ou clairement remplacer le processus de Barcelone, en route depuis 1995 ? Jean-Pierre Jouyet assure qu’elle respectera les accords de coopération liant dores et déjà UE et outre-méditerranée. Un processus de « Barcelone + » plutôt bien accueilli en Espagne, même si les hispaniques pensent nécessaire qu’il soit inclus dans un cadre communautaire. Les Italiens se prononceront peut-être à l’issue de la rencontre entre le président français et Romano Prodi, vendredi 30 novembre.
Nos voisins d’Afrique du Nord y paraissent eux aussi globalement favorables. L’Egypte, dont le ministre du Commerce et de l’Industrie a salué une « très bonne idée », en tête. L’Algérie, par la voix de son ministre de la Communication, s’est prononcée « ni pour, ni contre » à quelques jours de la visite de Nicolas Sarkozy, et attend plus de précisions. Quelques représentants du Maghreb ont cependant dénoncé le « flou » qui régnait.
Mais les membres de l’Union européenne ne jouxtant pas l’étendue d’eau fédératrice goûtent peu d’être relégués au rang d’« associés », ou plus frustrant encore d’« observateurs ». Eux, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, qui mènent pour la plupart des politiques en direction des pays riverains du sud de la Méditerranée craignent une segmentation de la politique étrangère de l’UE, voire carrément d’être exclus de ce pan-ci.
Et le point d’achoppement est bien celui-là : qui composera cette Union Méditerranéenne : tous les pays, et uniquement, la bordant ? Elle pourrait être « à géométrie variable », concède Alain Le Roy. La Turquie en est par ailleurs l’un des pivots pressenti. Seulement, son dirigeant Abdullah Gül souligne dans un récent un entretien donné au Figaro, que cette place de choix accordée à la Turquie au sein de l’instance voulue par la France ne saurait se « substituer » à une entrée de son pays dans l’Union européenne. Une volonté que semble pourtant faire sienne Nicolas Sarkozy.
En cas d’échec, la guerre ?
Il n’est pas question d’établir de politiques communes pour l’instant. Les priorités restent dans le champ de la coopération économique, du développement durable,… Et de l’immigration « choisie ». Le Medef mesure les potentialités qu’apporterait un rapprochement et plonge dans le grand bain en organisant à Paris, en avril prochain, une réunion avec les délégations des patronats algérien, tunisien et marocain. Cette rencontre viendra en prologue d’un sommet entre chefs d’Etats et de gouvernements concernés, où seront retenus un certain nombre de concepts. Prévu en juin 2008, ce sommet se tiendra à Marseille. La « capitale » du sud de la France souhaite ainsi se positionner comme « capitale » méditerranéenne tout court, en ravissant notamment un leadership économique. Durant toute la semaine, baptisée « Semaine économique de la Méditerranée », une vingtaine de manifestations, rencontres, colloques et débats ont justement animé la ville qui regarde Alger…
Et si ce projet d’Union Méditerranéenne tombait à l’eau ? Pour Nicolas Sarkozy, dans un discours prononcé à Tanger au Maroc le 23 octobre, ce qui se joue « est décisif pour l’avenir du monde […] et de l’humanité tout entière » et pourrait conduire à la naissance d’une entité « eurafricaine ».
« En Méditerranée se décidera si oui ou non les civilisations et les religions se feront la plus terrible des guerres. En Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le Nord et le Sud vont s’affronter, en Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le terrorisme, l’intégrisme, le fondamentalisme réussiront à imposer au monde leur registre de violence et d’intolérance. Ici on gagnera tout ou on perdra tout », prévient, ou plutôt menace-t-il. De quoi glacer les sangs des eaux tièdes de la Méditerranée. Il n’y a plus qu’à « prier » la déesse Sardine pour que les négociations qui seront menées à quelques flots du Vieux Port débouchent…

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