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L’interview de Sihem Habchi :
En France, on compterait 70 000 mariages forcés de jeunes filles issues de l’immigration. Scandé par des associations de lutte pour le droit des femmes et largement relayé par les médias, ce chiffre aux équations mathématiques ubuesques défiant toute logique n’a pourtant que très peu été critiqué. Est-ce la plausibilité du phénomène lorsqu’il vise une certaine catégorie de la population française ou la provenance de ce chiffre qui laisse d’un calme olympien l’opinion publique sur ce non sens ?
En réalité les deux hypothèses se rejoignent. Emanant d’un rapport remis en 2003 au Premier ministre par le très sérieux « Haut Conseil à l’Intégration » (HCI) qui reprend les sources du GAMS (Groupe de femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles) et d’autres associations, cette vérité se dote alors de la plus crédible des auras. Et l’énormité des propos contenus dans ce fameux rapport dont voici un extrait, ne l’ébranle en rien, au contraire :
« Selon les chiffres convergents rassemblés par les associations que le HCI a auditionné, plus de 70 000 adolescentes seraient concernées par des mariages forcés en France… Le mariage forcé est un mariage coutumier, décidé par la famille, à la puberté ou même avant, vers l’âge de 10 à 12 ans. Le mari, habituellement plus âgé, est un homme choisi par la famille, dans la même religion, la même famille ou la même ethnie... » et, si vous n’êtes avec ça, toujours pas convaincu : « La fillette ou l’adolescente est alors soumise à des rapports forcés qui ont lieu le plus souvent au domicile des parents, en fin de semaine. Comme le professeur Anrion le souligne, il ne s’agit ni plus ni moins d’un viol organisé et prémédité » [1].
Au-delà de ces sommités, la question centrale demeure : comment a été obtenu ce chiffre ? L’Insee donne un total de 274 000 mariages, célébrés en France en 2006. Ce qui reviendrait alors à ¼ de mariages forcés au sein de la population française. Sauf que, si l’on veut suivre la rigueur mathématique, il faudrait pour ce compte marier quatre à cinq fois les mêmes jeunes filles durant la même année pour obtenir le fabuleux chiffre de 70 000. On évalue à 6% le nombre d’étrangers sur le territoire français, selon l’Insee et, comme tout le monde le sait les statistiques ethniques sont dans ce pays, interdites. Mais comment diable arrive-t-on donc à 70 000 ? Ce chiffre magique aurait tout bonnement été obtenu en appliquant les proportions de mariages forcés soi disant observés dans différentes ethnies en Afrique, aux adolescentes âgées de 15 à 18 ans de notre pays et originaires de ces mêmes ethnies.
Mais, là aussi, le résultat avancé demeure le plus grand des mystères. Pour autant que l’on ne s’alarme pas trop puisque, ces plus de 70 000 jeunes filles ne seraient en fait que concernées par ce phénomène. Et comme le note si bien dans son article de novembre 2006, Alfred Dittgen professeur émérite à l’université Paris I et collaborateur de la revue Pénombre, laquelle enquête sur l’usage farfelu des chiffres par les hommes politiques et les médias : « Que sont des personnes concernées par un phénomène ? Il y a 60 millions de français concernés par la mort, va-t-on s’en alarmer. Qu’est-ce que des personnes concernées ou menacées. S’agit-il de stock ou de flux comme disent les gestionnaires ou les statisticiens ? Ce qui n’est pas du tout la même chose » Et de conclure : « Pour une bonne cause, un chiffre qui n’a pas de sens » [2] .
Outre la question du sens c’est encore celles de la finalité et des conséquences d’un tel mensonge qui interpellent. Repris en 2007 lors de la campagne présidentielle sur plusieurs chaînes télévisées à une heure de grande écoute par le candidat Philippe De Villiers dont tous connaissent pourtant les positions politiques plus que douteuses, le célèbre chiffre n’a pourtant pas ébranlé le sérieux et le professionnalisme de nos grandes figures médiatiques. Le salut se trouverait-il alors dans la presse écrite ? Là aussi, la clarté, l’objectivité et l’éthique concernant ce sujet peinent à se lire dans les colonnes des quotidiens de tous bords. « Mariage forcé 70 000 adolescentes concernées » titre dans un article du 30 Mai 2002 et dans un humanisme débordant, l’Humanité [3] . Ou encore dans un article du Figaro titré : « Les mariages forcés toujours aussi nombreux », on peut lire : « près de 70 000 jeunes filles seraient menacées de mariages forcés, selon une estimation du GAMS » [4].
Dans la foulée, les élucubrations sont également reprises par la Mairie de Paris, Amnesty International, Le ministère délégué à la Cohésion sociale et à la Parité. La liste est encore longue où médias et autorités publiques se passent la main sur le chiffre fallacieux, sans l’ombre d’une vérification. Seul un article d’Alain Gresh de février 2007, publié dans Le Monde Diplomatique tente d’alerter sur la supercherie du chiffre rocambolesque et de sa dangereuse divulgation massive. A ce propos, le spécialiste de renom du monde arabe et ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique écrit : « Un peu de recherche aurait permis de mesurer l’absurdité de ces chiffres… Qu’importe la réalité : ce chiffre de 70 000 continuera de circuler, à être repris par les médias et les responsables politiques, à alimenter l’islamophobie ambiante ».
En définitive, on ne connaîtra jamais réellement le véritable chiffre des mariages forcés sur le territoire français puisque des études sérieuses sur un sujet aussi grave, il n’y en a pas ! Excepté peut-être une seule : « En 2006, une étude statistique menée auprès de 1 600 jeunes filles vivant en Seine-Saint-Denis, indiquait que 40 s’étaient vu « proposer un fiancé » et que parmi elles, 13% avaient été contraintes au mariage », note un article du journal Le Monde, daté de novembre 2008.
Il n’en reste pas moins sûr dans cette affaire que des violences de toutes sortes faites aux femmes existent bel et bien et sont un véritable problème de société présents dans tous pays (voir le cas de l’Espagne où près de deux millions de femmes s’avouent victimes de violences conjugales) et, dans toutes catégories sociales.
Extrapoler alors sur un phénomène à l’aide d’un chiffre abracadabrantesque sert-il plus la cause qu’il ne participe à nourrir les fantasmes et les préjugés à l’encontre de certaines populations issues de ? Si tel était le cas, les associations de luttes pour le droit des femmes auraient-elles aujourd’hui encore besoin de « marteler » l’ampleur des mariages forcés en France à l’aide de ce chiffre mensonger ?
Instrumentaliser une cause, un combat, n’a jamais aidé les véritables victimes, bien au contraire. Question de priorité et de scrupules !
Voici à qui profitent les chiffres forcés des mariages arrangés : la stigmatision de l’islam et des immigrés (extrait de l’émission Riposte de France 5 du 04/02/2007) :
En fait, ces chiffres sont contradictoires car il faudrait pour ce compte, comme il a été démontré plus haut, marier quatre à cinq fois les mêmes jeunes filles durant la même année pour obtenir le fabuleux chiffre de 70000 mariages forcés ce qui entrainerait un problème de polyandrie. Or, De Villier parle de 30 000 polygames. Cherchez l’erreur !
[1] Lien suivant : ladocumentationfrancaise.fr
[2] Lien suivant : penombre.org
[3] Lien suivant : humanite.fr
[4] Lien suivant : lefigaro.fr
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