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Cent jours avec Obama, sans bourdes majeures et avec joie ?

Publié le 20 mai 2009, mise à jour le 22 mai 2009
par Anne-Aurélie Morell
Aujourd’hui, cela fait exactement quatre mois que le 44e président des Etats-Unis a pris ses fonctions. Pour dresser un premier bilan, après le franchissement mi-avril du cap symbolique des cent jours passés au pouvoir, les Democrats Abroad de Marseille organisaient lundi à la Bo[a]te une conférence réunissant des spécialistes et observateurs de la politique états-unienne. Compte-rendu.

Pour l’Américaine Pamela King, qui représente les démocrates de l’étranger à Marseille, il était nécessaire de « faire le point », alors qu’il y a quelques jours le stade symbolique des cent jours passés par Barack Obama à la Maison Blanche était franchi. Car son élection en novembre dernier, avant sa prise de pouvoir le 20 janvier, avait suscité « beaucoup d’espoirs, beaucoup d’attentes aussi ». Barack Obama devait faire face à « de nombreux challenges ». A-t-il relevé les principaux défis – économiques, politiques, sociétaux – qui se dressaient devant lui, menaçant d’entrée de plomber sa cote de popularité ? C’est donc en forme de bilan que les Democrats Abroad installés dans la cité phocéenne ont décidé d’organiser une conférence, lundi 18 mai à la Bo[a]te, pour vérifier qu’Obama est « sur les bons rails et s’il tient ses promesses ».

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Pamela King, présidente des Democrats Abroad de Marseille.

Invités pour tenir table ronde devant une soixantaine de personnes, en majorité des nord-américains installés dans la ville : Yahia Zoubir, enseignant-chercheur en relations internationales et géopolitique à Euromed, Peter Gillespie communicant fondateur de l’agence GNM Conseil et Bill Hincheberger, journaliste et directeur de la communication et des relations extérieures du World Water Council. Tous entretiennent un lien plus ou moins étroit avec les Etats-Unis et ont un attachement plus ou moins fort avec la Provence ; tous se révèlent de fins observateurs de la politique intérieure et étrangère de leur pays d’origine.

A l’intérieur…

En guise d’introduction, Yahia Zoubir – qui a vécu une quinzaine d’années à Washington et rentre tout juste d’un séjour en Afrique du Nord – balaye panoramiquement l’action naissante de Barack Obama. « Quand il s’agit de prendre des décisions graves, il les prend, et les prend bien », assure le directeur de recherches : retrait de toutes les troupes américaines d’Irak d’ici fin 2011, décret annonçant la fermeture prochaine de Guantanamo, technique du waterboarding (employée pour faire parler des suspects, elle consiste à simuler la noyade) qualifiée de torture, limitation des primes reversées aux salariés d’entreprises ayant bénéficié d’aides de l’Etat fédéral,… Le président « veut être un vrai leader, dit ce qui va être fait et ne laisse pas ses opposants l’affaiblir ». Les deux autres débatteurs rejoignent Yahia Zoubir dans son constat. « Obama est le premier président depuis longtemps, à avoir une vraie vision pour les Etats-Unis », lance Peter Gillespie.
Celui qui, à 57 printemps, a vécu trente et un ans à l’étranger (dont quatorze en France) et se définit comme « internationaliste », porte un regard plutôt bienveillant sur les initiatives présidentielles menées tambour battant depuis le début de l’année. Conscient que l’élu l’a été avec « une faible marge de manœuvre », héritant « d’un pays en guerre, d’un pays en crise, d’un pays méfiant envers le pouvoir politique », il trouve qu’Obama s’en tire plutôt bien, en tentant de relancer la machine économique avant qu’elle ne se grippe tout à fait, en énonçant sa volonté de réforme de « la politique énergétique, de la santé, et de l’éducation nationale ».
Bill Hincheberger, tout droit arrivé de Turquie où avait lieu il y a peu le 5e World Water Forum, insiste sur volet « Développement durable ». Bien que Barack Obama ne se soit pas rendu à la réunion d’Istanbul, comme il en avait été un temps question, il semble accorder un vif intérêt au problème. Quelle surprise, lorsque lors de son intronisation il « prononce les mots ‘eau’ et ’environnement’ » ! Aucun dirigeant américain n’avait osé avant lui. Tant et si bien qu’« une dame a sauté de son siège » en entendant cela.

… comme à l’extérieur

Autant de décisions ou de prises de position qui sembleraient expliquer que de « 17 % au moment de l’élection, les Américains sont désormais 48 % à penser que les Etats-Unis peuvent s’en sortir », avance Peter Gillespie. Bon, la moyenne n’est pas atteinte, mais on constate tout de même un léger mieux.
En politique étrangère, Obama et son équipe paraissent également avoir convaincu les orateurs. Du soutien au Pakistan en passant par la « main tendue » aux régimes cubain de Castro et vénézuélien de Chavez et l’ouverture pressentie d’un dialogue avec l’Iran, le président de la première puissance mondiale « sait faire preuve de réalisme, comme avec les Chinois par exemple », se contente d’admirer Yahia Zoubir. « Serrer la main d’Hugo Chavez c’est une chose, serrer celle de Mahmoud Ahmadinejad en est une autre », s’insurgerait presque une auditrice. Le professeur répond simplement : « on ne négocie pas avec ses amis, mais avec ses ennemis ». Puis ajoute « même l’Iran a fait un pas, en libérant la journaliste Roxane Saberi [de nationalité américaine et iranienne, la jeune femme était emprisonnée à Téhéran après un procès expéditif pour espionnage, ndlr] ».
Contrairement à ses prédécesseurs, c’est « sans arrogance ni agressivité » qu’Obama semble verser dans le dialogue. Il n’en est néanmoins « pas mou », prenant « en considération la question du terrorisme » avec sérieux.

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(De g. à d.) Les trois débatteurs Bill Hincheberger, Yahia Zoubir et Peter Gillespie, fins connaisseurs de la vie politique américaine.

Encore un peu et l’on verra Obama embrasser Medvedev (ou Poutine…) sur la bouche, comme en leur temps Nixon et Brejnev, souvenir que Yahia Zoubir conserve précieusement en affichant ostensiblement la photo du bisou dans son bureau. Début avril, le premier a somme toute obtenu du second la reprise du dialogue sur le désarmement stratégique.
Seul un Canadien de passage à Marseille s’inquiète. Le jeune homme s’enquiert de l’évolution des relations commerciales qu’entretiennent Etats-Unis et pays à la feuille d’érable. Habituellement privilégiées, via un accord de libre échange, ces dernières souffrent manifestement de la crise financière, et d’un retour – même discret – du protectionnisme à l’américaine.

Un bilan positif, mais des consensus qui tiédissent son action

Globalement, l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis a incontestablement fait souffler un vent de patriotisme sur les Américains de l’étranger, qui avaient parfois un peu honte de leur appartenance à une nation passablement abhorrée de par le monde. « Lorsque l’on me demande d’où je viens, je ne dis plus que je suis Californien comme avant, mais Américain », plaisante fièrement Bill Hincheberger.
Dans cette réunion d’indéfectibles démocrates, et après deux mandats Bush, pouvait-on s’attendre à la moindre critique ? Le bât blesse bien encore sur de nombreux sujets : la densité de la population carcérale (composée majoritairement de Noirs Américains), l’épineuse question du port d’arme, l’Afghanistan, l’affaire de l’interdiction de la diffusion des images d’exactions commises par des soldats américains,... En outre, « tant que les deux chambres législatives ne se pencheront pas sur une réforme électorale, nous auront toujours le problème du lobbying, des intérêts financiers et industriels qui interfèrent avec les décisions politiques », se désole Peter Gillespie. De même qu’« en injectant autant de liquidités, on risque de recréer la bulle financière, plutôt que la crever », ce qui peut s’avérer sur le long terme contre-productif économiquement.
Mais en définitive, sur une note musicale teintée de gospel signée Marion Canessa, l’opinion reste favorable à l’action entreprise par Obama : « je pense que ce qu’il fait est très positif, résume Pamela King. Même si certains d’entre nous sont un peu frustrés, parce que l’on aimerait qu’il aille encore plus vite, il ne faut pas oublier que c’est un politicien. C’est donc normal qu’il compose avec tout le monde. Quand il hésite, par exemple par rapport à Guantanamo, c’est parce qu’il pense aux autres composantes du pays, ce qui explique sa modération ».
Pour conclure, Bill Hincheberger reprend l’analyse formulée par Barak Obama himself à l’issue des trois premiers mois de sa présidence : « les cent premiers jours se sont tellement bien passés que les cent prochains vont se terminer en soixante-douze jours. Et le soixante-treizième, je prendrai un peu de congés ».


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