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L’objectif est clair et précis. L’abstention étant menaçante en ce mois de juillet, Anonymal, télévision participative, a souhaité mobiliser les citoyens des quartiers aixois afin qu’ils prennent conscience que « voter est important » ; d’autant plus qu’il s’offre à eux une deuxième chance, depuis l’annulation par le Conseil d’état des élections de mars 2008. Djamal Achour, directeur de l’association insiste : « Il ne faut pas qu’on s’en prive, nos parents ne votent pas mais nous, nous avons une chance. Si on ne s’occupe pas de la politique, c’est elle qui va s’occuper de nous. Et vu les chiffres de l’abstention aux européennes, on a jugé bon de projeter ce film » a-t-il dit à la foule composée de familles entières, parents et enfants « réunis comme au bon vieux temps ».
Hués, applaudissements et éclats de rire
Le film est projeté sur l’écran ; l’attention du public est alors captée par les propos des différents candidats et des habitants. Hués, applaudissements et éclats de rire ont rythmé cette projection qui a visiblement soulevé de nombreuses interrogations. En effet, le visionnage terminé, le débat n’a pas tardé à être lancé. Sans surprises, les premières questions concernent la « mauvaise » gestion de l’office HLM du Pays d’Aix, l’attribution des logements sociaux et le délai d’attente « trop important » selon une habitante du Jas. « J’étais censé habiter provisoirement dans ce logement. Or, j’y suis avec mes 4 enfants depuis 2005. On nous demande de voter, mais quand on a besoin de vous, il n’y a personne » s’insurge cette dernière. Représentant le maire sortant, Alain Joissains réplique aussitôt : « En 2000, Alexandre Medvedowsky, (tête de liste « Tous ensemble pour Aix ») alors président de l’office HLM a modifié la répartition des compétences. La gestion de l’Opac n’a pas appartenu à la ville mais au directeur. Certes, les directeurs qui se sont succédé n’ont pas été à la hauteur… ». Sous les hués, il tente d’ajouter : « la ville d’Aix a au moins 20 % de logements sociaux contrairement aux autres villes du département qui ne les ont pas. » Candidate PC, tête de liste « Aix à Gauche », Nathalie Leconte, qui a fait du logement social l’un de ses thèmes prioritaires, enfonce le clou : « Il faut trouver une solution politique pour que les habitants puissent avoir un parcours résidentiel car se sont eux qui vivent la réalité. On n’est pas là pour polémiquer mais il faut arrêter les mensonges. Il y’a une mauvaise gestion de l’OPAC. Les différents directeurs, (5 en 7 ans) sont tous repartis avec des primes. Le citoyen a besoin d’être écouté » insiste-t-elle sous les applaudissements. Et pour cela, la candidate préconise la création d’un guichet unique pour le logement.
Un jeune homme en colère prend ensuite la parole en s’adressant aux élus de la municipalité sortante et questionne à maintes reprises sans avoir de réponses : « en 8 ans, quels sont les logements que vous avez construit ? Qu’est ce que vous avez fait pour notre quartier ? ».
Il fallait s’y attendre, ce débat a un peu tourné au règlement de compte malgré les maints recadrages de Djamal Achour qui a notamment souligner « le courage des candidats ». « Ils ne sont pas là pour être attaqué. On ne réglera pas le passé ici, ni les problèmes de logements. Il faut se poser la question : « comment on peut construire ensemble ? » On est ni de droite, ni de gauche, on est de « droi-che » a-t-il ajouté avant de demander aux habitants de centrer leurs questions sur un thème qui lui tient particulièrement à cœur : la culture. Car si la culture est un « élément essentiel à l’épanouissement personnel et l’ouverture au monde », au Jas de Bouffan et dans les quartiers voisins, elle est absente ou presque. Avec ses 30 000 habitants, le quartier du Jas, que certains préfèrent qualifier de « petite ville », est « un désert culturel ». Et les enfants sont les premiers à dénoncer ces carences. « Pas de lieux pour jouer au ballon rond » alors « ils jouent où ils peuvent devant les bâtiments et souvent proches des routes ». Nombreux sont ceux qui ont pointé du doigt le manque de salles pour les fêtes : mariages ou baptêmes. « On a besoin d’une salle, elle existe mais elle n’est pas entretenue » regrette une maman. Plus loin, une habitante insiste : « je suis arrivée dans ce quartier à l’âge de 7 ans et j’y ai vu disparaitre la culture. En ville, elle est toujours très présente mais dans nos quartiers il n’y a plus rien ». Sophie Joissains a fait savoir à son tour que « le Château de l’Horloge allait devenir une maison pour les familles et les associations ». Quant à Stéphane Salord, il a souligné le rôle important que jouent les associations, capables « d’animer le quartier ».
« La loi impose des conseils de quartier »
Autre élément qui tient à cœur aux habitants, ce sont ces « conseils de quartier » qui n’existent pas sur Aix. Et Fleur Skrivan, conseillère régionale qui figure sur la liste d’Alexandre Medvedosky (PS), le fait savoir. « La démocratie locale fonctionne mal dans cette ville mais il y’a des solutions. Depuis 2002, la loi impose la création de conseils de quartier ». Chose que la Gauche aixoise promet d’appliquer. Ces outils de concertation sont d’autant plus importants que le quartier du Jas est « immense ». L’absence de ces outils est due à « un problème de démocratie » selon Mabrouk Bekkari, habitant de Beisson qui avait déjà mis en exergue ce manque de concertation. En effet, il avait réuni, il y’a quelques mois, les élus pour évoquer le sort de son quartier. « Il faut se faire entendre où on payera encore une fois » a-t-il lancé à la foule.
« Pourquoi pas un Conseil Consultatif des Résidents Etrangers » ?
Le président de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France, Nacer el Idrissi a quant à lui demandé aux candidats de s’engager à créer un Conseil Consultatif des Résidents Etrangers. En effet, « la ville d’Aix a été, dans l’histoire, la terre d’accueil d’un grand nombre d’immigrants […]. Elle leur doit une large part de ses richesses économiques, sociales et culturelles […]. Les résidents étrangers participent à la désignation des représentants des salariés, des usagers des offices d’HLM ou de la CPAM. Depuis 1982, ils peuvent être responsables associatifs. Nous voulons l’extension du droit de participation politique, le droit de suffrage et la liberté d’association dans le domaine municipal, pour tous les citoyens, incluant tous ceux qui résident en ville depuis un certain temps et qui n’ont pas la nationalité de l’Etat. Associer tous les citoyens ; même de nationalité étrangère ; à la décision politique, créer un nouveau débat, évaluer et apporter une expertise à chaque projet : c’est la nouvelle aventure citoyenne, politique et humaine à laquelle les candidats à l’élection municipale de juillet 2009 doivent s’engager » insiste Nacer El Idrissi. Toutes les listes sauf celle de Maryse Joissains ont donné leur accord.
« Ce débat était une bonne chose » résume le directeur d’Anonymal. « On a pu évoquer les conseils de quartiers et les conseils consultatifs des étrangers. S’ils voient le jour, on aura marqué des points. » Le seul regret ? « On nous prend que pour des locataires. On se fait berner pour ce qui concerne les propositions culturelles ».
Une fois de plus Anonymal est « allé jusqu’au bout » et promet de continuer à propager cette idée de démocratie participative qui permet ainsi à la population de se faire entendre même si « nos ainés n’ont pas osé prendre la parole » ajoute Djamal Achour. Peut-être oseront-ils s’exprimer lors du prochain rendez-vous qui est d’ailleurs prévu pour le mois de septembre. En attendant, les habitants des quartiers aixois espèrent que leur futur maire sera plus attentif à leur revendication.
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