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« Il n’y a pas d’histoire de niveau social, ni de racine », ni de handicap, nous dit Patrick Lartiguemasse, arthérapeute, directeur artistique et technique de l’association. Immanquablement, on a affaire à un homme, pétri de principes de vie et de valeurs humaines assez exceptionnels. Le fil conducteur de CAMAPA est « de rassembler l’humain. L’être humain est magnifique, plein de ressources. On tente de combler les fossés entre les gens » poursuit Patrick.
« Humainement parlant, c’est se créer et se recréer. On entraîne des gens dans une aventure extraordinaire »…à l’image du Carnaval de Marseille. La « Battu-Kassaw », groupe composé de percussionnistes, d’échassiers et de comédiens de rue -issue du projet valides/non valides- est dorénavant la troupe d’ouverture du Carnaval, « c’est magique, on leur (public handicapé) a donné leur vraie place ».
Réaliser son rêve
Cette possibilité donnée à tous de réaliser leur rêve repose sur la confiance, la motivation, l’engagement, le partage. Une solidarité de cœur s’est tissée. A l’origine de cette démarche artistique populaire initiée en 1992, on retrouve trois personnages. Caroline Legall, professionnelle de la communication et deux graphistes –également artistes peintres, Marie Seibel et Patrick (depuis unis dans la vie). CAMAPA comme les deux premières lettres de leur prénom, qui deviendra plus tard Concentré des arts marseillais et d’animation populaire alentour. Depuis, Caroline a quitté la région, mais l’association a fait des émules. Aujourd’hui, ils sont 300.
A chacun de partager ses compétences avec l’autre. Marie est initiatrice Echasses, créatrice de costumes et accessoires de fête pour les déambulations de rue. De son côté, Patrick est branché cours de percussions et création musicale. Le projet Handicap, développé à partir de 2001 est commun au couple. Cet investissement auprès du public non valide n’est pas étranger à un accident grave, survenu à Patrick, « une colonne vertébrale cassée à 80 %, un an d’hôpital, deux ans en centre de rééducation. Mon champ de vie a changé. Les choses sont souvent écrites, il n’y a pas de hasard ».
Patrick et Marie sont des plasticiens, ils transmettent leurs savoir-faire, leurs expériences aux adhérents, « on leur montre qu’ils sont capables ensemble » de réaliser de belles choses. Les outils de créativité permettent aux valides et non valides de s’épanouir.
Au chapitre des percussions, Patrick s’est acoquiné avec Jean-Luc Dumas et Dan Van Egmond –par ailleurs président actuel de CAMAPA-, ses anciens élèves. Pour les stages Echasses, Marie est aidée de Manu Guisnart et Félix Doulay.
Avec les élèves de niveau avancé, CAMAPA a fondé sa compagnie. Avec la collaboration précieuse du metteur en scène, Sabine Londault, elle a présenté une création en 2008, nommée Fée moi rêver à l’espace culturel La Busserine (dans le 14e arrondissement).
Les échasses, presque un jeu d’enfant
Les adhérents peuvent être autonomes, « on forme des gens pour qu’ils aillent très vite devant le public » lors de manifestations, souligne le directeur artistique. En deux jours, les stagiaires sont capables de se déplacer avec des accompagnateurs appelés « amortisseurs » pour pallier aux problèmes de chute. L’apprentissage est donc fulgurant, « les gens sont protégés (notamment par des genouillères), on leur apprend à tomber », l’échassier doit savoir chuter. Grâce à la formation de base d’ébéniste de Patrick, les échasses peuvent être réalisées au local de l’association. La fabrication des costumes est du ressort de sa compagne, « très bonne couturière » ajoute Patrick. A partir d’étoffes, venues des marchés de La Plaine et autrefois, du Soleil ou encore des tissus de récupération, Marie et « ses petites mains » confectionnent des costumes magnifiques.
Quand le handicap s’estompe…
Quant au projet Handicap, il a démarré avec « La Chrysalide » (association de soutien aux personnes trisomiques) d’Arles en 2001. Ils étaient 12, aujourd’hui 250 jeunes et adultes, handicaps tous confondus. Patrick intervient ainsi sur le registre des percussions auprès d’infirmes moteurs cérébraux (IMC), polyhandicapés, autistes, psychotiques, trisomiques d’une dizaine d’établissements de Marseille tels IME (institut médico-éducatif) Montriant et Vert-Pré, MAS Bellevue, CATTP (centre d’accueil thérapeutique à temps partiel) de l’hôpital Edouard Toulouse. « On n’est pas dans le musical, mais le développement de la personne. Le défi est énorme pour eux et pour nous. Simplement, ils trouvent des rythmes et moi, j’apprends à les faire avec eux », explique Patrick.
2006, l’action aborde un nouveau virage avec le partenariat de la DAVA (Direction de l’animation et de la vie de Marseille). Dans ce cadre, le directeur forme les éducateurs et infirmiers à former les personnes handicapées afin d’assurer par exemple leur autonomie au carnaval de la cité phocéenne.
L’année précédente, l’initiative avait essaimé à l’étranger, en particulier l’Espagne. CAMAPA a initié des échanges culturels avec la fondation de Mataro dans la région de Maresme. Depuis, en parallèle, Mataro développe un projet commun avec l’IME Vert-Pré
Des avant-projets avec le Maghreb
Une finalité annoncée, espère CAMAPA, pour 2013 autour d’un projet, unissant la France, l’Espagne, l’Algérie (région de Kabylie) et le Maroc. Deux autres pays pourraient rejoindre le groupe international. Début août, Marie et Patrick s’en vont à Tizi Ouzou pour concrétiser a priori un projet avec un hôpital psychiatrique. Probablement en octobre, ils seront au Maroc, une démarche similaire serait impulsée auprès d’un IME de Fez.
« On est amoureux de notre liberté » d’agir, de participer pleinement à des événements festifs tels le Carnaval, la Fête du Plateau (en septembre), la Fête de la Saint-Barnabé et la ronde des déambulations, qui jalonnent la saison. « Pour moi, l’intégration c’est ça. Les défilés, c’est féerique », s’enthousiasme Patrick. Estomper les différences, relever des défis artistiques, respecter les capacités et cultures de chacun pour tisser un monde sans frontières.
CAMAPA, 9 rue Vian, 13006 Marseille. Tél 06 14 78 25 15 / 06 67 68 61 88
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