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Cinéma : « Un prophète » plongé dans l’enfer de la prison

Publié le 19 août 2009
par Henda Bouhalli
La sortie est prévue pour le 26 août, mais impatients, les cinéphiles sont venus en nombre lundi soir pour assister à la projection en avant première du dernier film très attendu de Jacques Audiard : « Un prophète ». Un long métrage qui a reçu en mai dernier, le Grand prix du 62ème festival international de Cannes. Après la projection du film au Cinéma « Le Cézanne » (Aix), les spectateurs ont eu l’opportunité d’échanger avec le réalisateur et les acteurs. A la sortie de la salle, les avis sont unanimes, et le même mot à la bouche : « époustouflant ».

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Adel Bencherif (Ryad), Reda Kateb (Jordi Le Gitan), Hichem Yacoubi (Reyeb), Niels Arestrup (César Luciani), Tahar Rahim (Malik El Djebna) et Jacques Audiard le réalisateur

En ce mois d’Août, où les salles sont en général délaissées pour la plage et le soleil, le Cinéma « Le Cézanne », lui, a fait salle comble lundi soir. Les plus chanceux ont en effet assisté à l’une des premières projections en avant première de ce film et ils en ont eu « pleins les yeux ». Et pour cause, le réalisateur et les acteurs ont travaillé d’arrache-pied pour présenter un « film de genre » de deux heures et demi où l’on assiste à l’ascension, dans l’univers carcéral, d’un jeune homme de 19 ans, Malik El Djebna, brillamment interprété par Tahar Rahim.

Malik, jeune orphelin analphabète d’origine maghrébine, condamné à 6 ans d’emprisonnement pour l’agression à l’arme blanche d’un fonctionnaire de police, va découvrir la dure réalité carcérale et va devoir s’y plier. Il débarque en effet, dans un univers miné par le racisme et dominé par deux clans, les Corses et les Arabes. Pour survivre, César Luciani, un célèbre chef de gang Corse terrifiant, joué par l’incroyable et talentueux Niels Arelstrup, le met sous sa protection après lui avoir imposé un rite initiatique où il fût contraint de tuer un détenu.

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Hichem Yacoubi et Ni els Arestrup

S’instaure alors une relation de maître à « esclave » qui va tout de même lui permettre de gravir les échelons dans la prison et de jouir peu à peu de certains privilèges. Luciani bénéficie en effet de l’aide d’un personnel pénitencier corrompu.

Son affiliation forcée et contre nature à la bande corse lui vaut d’être rejeté par « sa communauté ». Devant redoubler d’efforts pour préserver son intégrité, il use de son ingéniosité et de son courage, pour changer les rapports de force en sa faveur et se détacher de la tutelle de son maître. Ainsi, rien qu’en leur préparant le café, il réussit secrètement à les comprendre et à parler corse.

Sans cesse sur la corde raide, le jeune homme à la gueule d’ange va ainsi se jouer des codes et éviter les pièges pour se libérer de ses geôliers corses. Pour cela, il n’hésite pas à slalomer dans ses rapports avec les deux clans et travaille tantôt pour les corses, tantôt pour les musulmans, préférant utiliser l’intelligence contre la puissance de ses adversaires, qu’il retournera finalement contre eux. César Luciani, le Parrain corse est en effet voué à une fin tragique.

Maitrisant petit à petit les rouages de cette prison sans foi, ni loi et profitant des contacts et des réseaux de César, qui tente de garder le contrôle de ses affaires à l’extérieur, Malik va discrètement créer son propre réseau et devenir, à sa sortie, l’un des chefs d’un important trafic de drogue. Une réinsertion qui ferait « tourner la tête » à n’importe quel gouvernement. Mais loin des clichés et de la dénonciation des conditions carcérales, le réalisateur stigmatise surtout « la prison comme métaphore de la société ». « Une école de la vie » où Malik a appris à lire, à écrire et à « devenir un homme. »

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Jacques Audiard

C’est en héros que Jacques Audiard transforme son personnage principal : tantôt mystérieux et féroce. Après avoir été le larbin des corses, il devient « Un prophète ». Un titre ironique à prendre au second degré. A travers Malik, le réalisateur témoigne de la manière dont les plus faibles peuvent résister aux plus forts. A noter que la figure de l’Arabe n’est pas affiliée dans ce film à certains clichés habituels.

Le spectateur, lui, n’a pas de répit. Plongé dans une tension permanente, il vit au rythme de ce que voit et ressent le « prophète » de Jacques Audiard. Un personnage attachant pour qui on éprouve « une certaine sympathie » au cours de scènes où on le voit notamment avec s’endormir avec le bébé de son ami : Ryad, joué par Adel Bencherif.

Ce qui interpelle également, c’est la manière dont le cinéaste immisce sa caméra dans les moindres recoins, faisant de certaines scènes d’actions de pures merveilles. Une caméra agitée qui relate aussi l’univers dur et brutal de la prison. Un film à la Martin Scorcèse ? Pas tout à fait car Jacques Audiard laisse son empreinte et son style, revendiquant la fierté d’avoir fait « un film de genre ». Pour mener à bien ce scénario, qui a d’ailleurs nécessité des années d’écriture, il s’est entouré d’Abdel Raouf Dafri, scénariste notamment des films de Jean-François Richet : « L’Instinct De Mort et Mesrine » et « L’Ennemi Public N°1 ».

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Tahar Rahim

Cette mise en scène subtile et inventive permet ainsi de confirmer le talent de Jacques Audiard et d’en révéler un nouveau, celui de Tahar Rahim, jeune acteur quasi inconnu, que les spectateurs ont complimenté. L’un d’eux n’a pas hésité à comparer le jeune homme à un diamant façonné par son joailler : Jacques Audiard. Du jeune sans défenses, il en ressort un homme avec une certaine assurance. Un scénario de fin qui peut aussi bien faire écho à la réalité : Tahar Rahim est aussi ce diamant charismatique qui commence à connaitre une certaine notoriété. Sa prestation « forte et authentique » lui permet ainsi de crever le grand écran. Rappelons que Tahar Rahim a frôlé le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes. Il est certainement promu à un bel avenir.

Rappelons également que Jacques Audiard, l’un des rares cinéastes français à rayonner dans le film noir, est l’homme qui a raflé huit césar en 2006 pour son film « De battre mon cœur s’est arrêté ». Avec son cinquième film : « Un prophète », il redéfinit les ambitions du cinéma français et confirme une fois de plus qu’il « n’a rien à envier au cinéma américain » dira une spectatrice. A la fin de la projection, les applaudissements et les ovations ininterrompus laissent certainement transparaitre l’intensité du succès qui sera le sien.

Un soutien de la région PACA

« La région PACA nous a beaucoup aidé, je lui dois une partie du film » tiendra à préciser Jacques Audiard. « La Région soutient des projets portés par des auteurs ou des producteurs régionaux ou encore émanant de producteurs extérieurs à la région mais tournés pour 50 % sur le territoire régional. » C’est pourquoi, le film a obtenu, en 2008, une aide à la production de la Région de 150 000 €. Une partie du tournage s’est aussi déroulée « au Port Autonome de Marseille, certaines rues de Marseille, Autoroute A7, Autoroute de Fréjus, Sainte Baume etc… »

Le film n’est pas officiellement sorti que certains cinéphiles souhaiteraient voir la réalisation d’un second volet : « Un prophète 2 ». Qui sait ? Jacques Audiard a plus d’un tour dans son sac.


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