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Akli Mellouli : « Il faut que cette société change, que les réformistes l’emportent et que les valeurs soient présentes au rendez-vous »

Publié le 21 août 2009
par Henda Bouhalli
Alors que l’Université d’été du PS débute le 28 et se termine le 30 août à La Rochelle, Akli Mellouli, adjoint au maire de Bonneuil-sur-Marne (en région parisienne) et membre du conseil national du PS nous donne sa vision des choses sur la crise que traverse son parti, commente certains faits d’actualité et n’oublie surtout pas d’évoquer la question de la diversité au sein du PS. Entretien.

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Akli Mellouli

La concurrence se fait rude cette année. L’université de la Rochelle du Parti Socialiste est précédée par un grand nombre de rassemblements organisés par des courants du PS, à l’instar de celui du chef de file de « L’Espoir à Gauche », Vincent Peillon, qui organise pour la première fois à Marseille ses propres ateliers les 21 et 22 août. Le PS parait bien dispersé en cette rentrée !

Il y’a aussi un rassemblement à Frangy-en-Bresse (où aura lieu le 23 août la Fête de la Rose avec Arnaud de Montebourg, ndlr). On est en train de voir des gens qui essaient d’exister à travers des manifestations. Chacun voulant rassembler ses partisans comme si le Parti Socialiste était devenu un parti de supporters et que les personnes ne pouvaient plus se parler. C’est vraiment un parti de débat, les gens peuvent avoir leur avis, leur conviction et peuvent les exposer mais il y a quand même quelques règles à respecter.

Le PS va t-il profiter de cette université d’été pour remettre les choses à plat après les nombreuses tensions et conflits internes qu’il a traversés ?

En tous cas, il va essayer et c’est normal qu’il essaie. Aujourd’hui on assiste à quelque chose d’assez surprenant et on le voit bien : on a beaucoup de « francs-tireurs ». On a beaucoup trop de gens qui essaient de trouver la petite formule ou la petite phrase pour exister politiquement et pour avoir la faveur des médias…

Vous pensez à Manuel Valls ?

Je pense à tous ceux qui ont des agissements qui sont contraires. Parce qu’on a tous dit qu’il fallait favoriser l’unité, or aujourd’hui chacun est en train de dire : « j’ai la solution miracle ». On a affaire à des apprentis sorciers. Chacun étant devenu une boussole à lui tout seul. Il y’a des personnes qui jouent les aimants et tout le monde est un peu affolé. On assiste à une valse des prétendants, au ballet des faux culs et de ceux qui veulent exister ou essayer d’émerger dans la crise (que traverse le parti, ndlr). Quand on est en période de crise, on essaie de se recentrer, de revenir sur les fondamentaux, de reconstruire mais là, c’est l’inverse qui est fait.

Je pense à Manuel Valls, d’ailleurs ses déclarations sont scandaleuses. Je ne mets pas de l’huile sur le feu mais je veux dire aussi qu’il y’en a d’autres. Il y’a Arnaud (Montebourg, ndlr), puis un jour y’a en a un autre, tous les jours on pourrait en lire un dans la presse. Je pense également à ceux qui sont dans la direction et qui veulent être des donneurs de leçons. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on a affaire au radeau de la méduse dans le parti. Ils n’ont pas bien compris le message. Il faut que le PS se renouvelle. Il a fait trop de promesses, il n’est plus crédible dans les quartiers populaires et il n’est plus en phase avec la société du XXIème siècle. Ce sont ces vraies questions qu’il faut se poser. Il va falloir faire un vrai travail de fond pour retrouver cet écho, cette aura, cette voie. Les gens ont énormément cru en nous. Quand on a beaucoup cru en quelqu’un et qu’après il vous déçoit, il y’a une grande amertume, une grande frustration qui est derrière. Il faut répondre à cette amertume et je pense que certains ne nous aident pas à en prendre le chemin.

Un certain nombre de candidats issus de la diversité ont été élus aux dernières élections européennes, êtes-vous satisfaits du résultat ?

Moi j’étais en 13ème position pour les européennes puis j’ai refusé de me présenter. J’avais fait un article dessus pour dire pourquoi je sortais.

Je ne sais pas s’il y’en a beaucoup (de candidats issus de la diversité, ndlr), la question ne se pose pas comme ça. Aujourd’hui ils ont posé la question de façon à ce que, pour une partie de la population, on mette en place une espèce de quota qui ne dit pas son nom. On en a mis « 12 » et puis on est content ! Il y a une espèce de surenchère… Vous remarquerez que pour aucune autre communauté, ou aucun autre groupe, ce système existe. On est un peu dans un modèle néocolonial.

Je crois qu’aujourd’hui la question est tout autre. Il y’a des personnes qui frappent à la porte, si elles sont compétentes, on doit les mettre sur les listes, elles doivent avoir leur chance, parce que tous ceux qui critiquent le parti aujourd’hui, sont des gens auxquels le parti à le plus donner. Si on les mettait tous sur une balance en leur demandant ce que le parti leur a donné et ce qu’ils ont apporté à celui-ci, vous verrez qu’il y’aura un gros déficit. Pas dans ce que le parti leur à donner mais dans ce qu’ils ont apporté au PS. Et ils osent encore aller crier, pleurer et gesticuler. Ceux-là devraient faire profil bas parce qu’ils sont ceux qui ont amené le parti à cette situation. Alors qu’on a un certain nombre de candidats issus de la diversité qui peuvent apporter des plus-values, qui ont apporté au PS et qui lui donne de la stabilité mais qui n’ont pas eu le retour escompté sur leur engagement et qui n’ont pas été reconnu à leur juste valeur. C’est pourquoi aujourd’hui on ne peut pas être satisfaits du résultat. Je pense que sur cette question, on est encore dans une espèce d’hypocrisie. Maintenant ça suffit ! Et puis, il ne suffit pas d’une place pour se taire.

Je crois aussi qu’on a des VRP de la diversité et ceux là aussi sont complices de la situation. C’est-à-dire qu’il y a des personnes qui à partir du moment où elles ont leur place, elles oublient le combat qu’elles étaient en train de mener. Je crois qu’on ne peut pas se satisfaire d’une place. Il faut que cette société change, que les réformistes, les progressistes l’emportent et que les valeurs soient présentes au rendez-vous. Et c’est ce qu’on a vu aux Etats-Unis avec Barack Obama. C’est quelqu’un qui démontre qu’il est en capacité de faire le job pour lequel il a été élu. Il est comme il est, mais en tous cas c’est un politique reconnu et respecté. Les gens de la « diversité » ont juste besoin d’être reconnu à leur juste valeur, qu’on ne les empêche pas d’émerger et d’exister Pour le reste, ils ont les mêmes capacités que les autres et ils sont capables de faire le chemin qu’il faut pour être là au rendez-vous.

Justement, pensez-vous qu’ils vont saisir les élections régionales de 2010 pour mettre en avant ces personnes ?

Je le souhaite, je me bats aussi pour ça. Mais la question n’est pas qu’ils en mettent ou pas. Le problème est de savoir : « quel discours ils vont porter sur cette question ? » Moi qui ait beaucoup milité à ce sujet, je peux vous dire à titre personnel que des personnes compétentes j’en ai rencontré et il y’en beaucoup plus qu’on ne le croit. En effet, quand on leur en parle ils disent qu’il n’y en a pas et qu’ils n’en ont pas vu. Je pense qu’il faut qu’ils changent leurs vieilles lunettes et qu’ils en prennent des nouvelles pour voir ces compétences …

Que pensez-vous de l’intervention de Nicolas Sarkozy en faveur de Clotilde Reiss pour laquelle il a exigé la libération immédiate alors que dans le même temps il n’a réclamé qu’une mesure de clémence pour le jeune franco-palestinien : Salah Hamouri ?

Je trouve que parfois on est plus prompt à intervenir sur certains dossiers que sur d’autres. Si effectivement ils n’ont rien commis, je pense que c’est une atteinte aux libertés. C’est bien la première fois qu’on arrête quelqu’un pour intention et sans preuve apparente. Les gens commencent à se poser des questions. Il pourrait y avoir un « deux poids, deux mesures » et ça ne nous grandi pas en termes d’humanisme et de Droits de l’Homme. Je pense que Nicolas Sarkozy devrait faire le nécessaire pour que Salah Hamouri soit libéré. Il est normal que la France protège ses citoyens. Je crois qu’aujourd’hui il y a une société qui ne se voit pas telle qu’elle est. A partir du moment où on a des origines, on ne serait pas tout à fait citoyen français ? Cela devient inquiétant ! Les gens sont encore dans cette logique de citoyens de seconde zone même si c’est de la pensée, en tout cas dans les faits c’est ce qui est ressenti. Il faut absolument, si on veut appartenir à une société de destin commune, que les gens le disent clairement et l’entendent.

Avez-vous un dernier message à faire passer ?

Aujourd’hui le temps du bon sentiment et du supplément d’âme est révolu. Il faudrait qu’aujourd’hui enfin il fasse de la politique au sens noble du terme et qu’il y’ait une vraie volonté politique pour mettre en place l’égalité, la reconnaissance et faire en sorte que le respect et la dignité ne soient plus bafoués.


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