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Mezdj : couleurs des musiques de Méditerranée

Publié le 3 septembre 2009
par Myriam Mounier
Mezdj se compose de musiciens et de chanteurs de la région, unis autour d’une même passion : les musiques méditerranéennes. Le groupe symbolise les couleurs du pourtour méditerranéen, du Maghreb via la Corse à la Provence. Son répertoire est tout aussi bigarré : chant corse, musique arabo-andalouse, maghrébine via la tradition des troubadours occitans. Les registres profane et sacré se côtoient tout en laissant une belle place aux différentes expressions musicales.

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Mouloud

Mezdj signifie mélange savant en arabe. Le nom symbolise la parfaite alchimie, tant souhaitée par Mouloud Adel (mandoline, chant), l’initiateur du groupe en janvier 2008. « On a créé dans ce groupe un esprit Méditerranée. Il faut de la diversité, c’est un patchwork » nous dit Mouloud Adel. Et de nous confier, « depuis 30 ans, la musique arabo-andalouse, c’est ma passion. Je ne suis pas professionnel car je n’en vis pas mais je fais les choses professionnellement ».

Né à Alger, en 1966, le jeune Mouloud s’installe avec ses parents à Cherchell, cité de culture et de tradition musicale andalouse dans le nord-ouest algérien. Il découvre alors la musique arabo-andalouse dans le cadre de l’association culturelle et musicale Errachidia. Il commence son apprentissage à 10 ans. Très vite, son instrument privilégié est la mandoline, sans délaisser pour autant le violon, le luth et la derbouka. Il s’adonne à la pratique de la musique andalouse sous la direction de son maître, le cheikh Smaïl Hakem. 1984 marque son arrivée en France, il termine ses études et décroche un doctorat en génie électrique. Et il fonde à Nancy l’association El Andaloussia au sein de laquelle il développe un atelier d’apprentissage musical. En 1994, il est nommé à Marseille en qualité de Maître de conférences en informatique industrielle à l’Université de St-Jérôme. Son métier d’enseignant-chercheur est en harmonie avec sa passion, « les deux se complètent. A l’université, j’ai un travail structuré, académique. La musique, c’est ma soupape, je m’évade un peu, je me fais plaisir ».

Mezdj, une diversité culturelle

Mezdj est depuis sa création en résidence à la Cité de la Musique de Marseille. Le groupe peut fonctionner entre 8 et 15 musiciens tout en prenant garde à ne pas dénaturer l’esprit de l’initiative. Le projet est également soutenu par l’association marseillaise Les Voies du chant. L’idée était de « m’ouvrir (à d’autres cultures). Il était un peu dommage de vivre à Marseille et de ne pas profiter de la diversité culturelle pour construire un projet fédérateur ». Le point d’ancrage est la Méditerranée avec notamment la musique sacrée. « Le répertoire est essentiellement écrit entre le VIIe et le XIVe siècle, à l’époque d’une civilisation arabe prestigieuse. On atteint un degré de raffinement avec des choses très élaborées. Leur musique classique, importée d’Orient a connu une scission entre la musique andalouse, occidentale et orientale, Damas, Bagdad ».

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Concert

« Chants sacrés en Méditerranée »

Mezdj regroupe en son sein 80 % d’artistes, issus de deux autres formations. L’une, Tarab a été initiée par Fouad Didi (violon, oud, chant), « un grand monsieur de la musique » ajoute Mouloud Adel. Il rejoindra l’ensemble Tarab, à la prochaine édition en octobre de « Chants sacrés en Méditerranée ». L’autre, Parfum d’Al Andalus a été fondés par ce dernier en 2003 à l’occasion des « Chants sacrés en Méditerranée », manifestation annuelle organisée par l’association phocéenne, Ecume (Echanges culturels en Méditerranée). L’orchestre Parfum d’Al Andalus est composé de musiciens, représentant les écoles de Tlemcen et d’Alger. Ils se sont spécialisés dans l’exécution du répertoire classique dans le respect de la tradition andalouse, transmise par voie orale par la « Silsilet Echouyoukh » –qui a pour référence contemporaine, le grand cheikh El Arbi Ben Sari, le cheikh Ben Teffahi et le maître Sfindja. Son souhait pour Mezdj est « de partir de chants traditionnels, et que chacun apporte des sonorités nouvelles sans dénaturer les langues, les saveurs, les couleurs. Marseille est une ville qui symbolise bien ces mélanges là. On veut exploiter ce fond commun en apportant les sensibilités, les vécus de chacun ».

Sauvegarde de la musique arabo-andalouse

Au-delà de la scène, trois objectifs tiennent à cœur de Mouloud : la diffusion, l’enseignement et la sauvegarde de cette musique. La sauvegarde est essentielle pour lui, « il n’existe pas de solfège, c’est de la tradition orale. On a enregistré un CD pour transmettre aux générations à venir ». L’album a été financé en 2002 par le Conseil régional PACA, dans le cadre du CAC (conseil artistique à la création). Mouloud Adel intervient également dans les collèges, en lien avec l’association Ecume. L’initiation de 12 h permet de faire une présentation des différents instruments traditionnels et de la musique arabo-andalouse. Quant à la diffusion, Mezdj a déjà présenté en février dernier sa création à la Cité de la musique. En juillet, il était présent au festival de « Vives voix », organisé par Les voies du chant au théâtre de la Sucrière. L’artiste espère réaliser un nouveau CD pour immortaliser le programme musical de 2h. Créatif, inventif, il aimerait aborder des répertoires plus populaires avec en filigrane la musique de Méditerranée. Sur scène, il imagine donner une nouvelle dimension. Par exemple, « sur un concert donné, on ferait venir un invité de prestige, un espagnol pour une prestation de flamenco ou un arménien pour des musiques traditionnelles ». Mais le nerf de la guerre retarde ses actions, « à Marseille, il est très difficile d’avoir du soutien. On voudrait monter une structure plus professionnelle, avoir une personne salariée à plein temps mais il faudrait une aide financière ». C’est pourquoi Mezdj ne peut parfois se déplacer avec la totalité de sa formation, « nous avons des gens dans le groupe qui en vivent (de leur art) ». Un projet est à l’étude avec le Centre culturel français d’Alger. Dans l’immédiat, le musicien tente de créer des opportunités en participant à des festivals. Il évoque quelques pistes de projets pour 2010 : Babel Med music à Marseille, la Fira de Manresa, à côté de Barcelone en novembre, les Suds à Arles en juillet.

Mezdj possède un instrumentarium, riche de sonorités (mandole, mandoline, cetera, oud, quanoun, banjo, bendir,…). Ce mélange savant, associé aux saveurs linguistiques (arabe, occitane, corse) reflète l’universalité du projet. Une diversité culturelle bien étonnante qui ne peut que nous charmer.

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Musiciens et chanteurs de Mezdj : Mouloud Adel, Laurent Cabane (contrebasse), Hadia Chaffai (qanoun), Fouad Didi, Zouhir Djemai (alto, chant), Roland Ferrandi (cetera, guitare, chant), Nabil Kasbadji (tar), Riad Kasbadji (mandole, chant), Youssef Kasbadji (derbouka), Miquèu Montanaro (galoubet, tambourin), Caroline Rancelli (chant), Guylaine Renaud (chant), Madjid Sebillot (bendir, chant), Farid Zebroune (banjo, chant), Dyaa Zniber (chant)

Contacts : Mouloud Adel, direction artistique, mouloud.adel@univ-cezanne.fr, tél 06 72 53 01 85. « Les Voies du chant », Odile Lecour, contact@lesvoiesduchant.org, tél 04 91 62 78 57


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