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Aujourd’hui, c’est la grippe A qui effraie. Hier, au XVIIe siècle, c’était la peste, tellement virulente que 20 000 Aixois périrent. Dimanche, en bénissant les calissons, l’Archevêque d’Aix et d’Arles, Christophe Dufour, a souligné le caractère symbolique de cette tradition à l’heure où la grippe A fait des siennes. « Priez pour avoir la protection de Dieu ». C’était le cas hier après-midi dans une ambiance alternée par le sentiment de recueillement et de fête. Une fête qui trouve en effet son sens en 1630. Date au cours de laquelle la peste n’épargna pas la ville d’Aix.
« Le fléau fut si terrible que les habitants furent confinés chez eux et on plaça à tous les coins de rues des niches abritant des statues de la Vierge, pour que les fidèles puissent prier depuis leurs fenêtres. Alors que la situation ne cessait d’empirer, l’assesseur Martelly se rendit à la messe et décida de rendre grâce, chaque année en septembre, à la Vierge de la Seds, sainte patronne de la ville, afin de bénéficier de sa protection. C’est d’ailleurs au cours de l’un de ces offices qu’eut lieu la première distribution de calissons bénis. Depuis, chaque 1er dimanche de septembre les cloches de la ville carillonnent pour rappeler le vœu de Martelly ».Un vœu renouvelé hier pour la 380ème fois en présence d’une foule impressionnante.
La petite navette à la robe d’hostie et au cœur d’amende douce a toujours du succès. Autant dire que les pâtissiers et confiseurs de la cité du Roy René ne manquent pas de savoir-faire. La plupart perpétuent quatre siècles de tradition, des méthodes ancestrales et artisanales qui donnent ce goût « subtil ».
Les plus curieux sont allés assister à des démonstrations de fabrications de mini-calissons durant toute la matinée, certains n’hésitant pas à poser des questions à l’une des pâtissières de l’enseigne Léonard Parli. « D’où viennent les amendes ? » demandent-ils. « La plupart viennent d’Espagne car on est beaucoup trop nombreux et il y’en a pas assez en Provence ».
Dés 14h, les groupes folkloriques provençaux animent la place des Quatre Dauphins. Emportés par les mélodies et les pas de danse d’un temps ancien, les Aixois, les Arlésiens et les Salonnais saisissent le temps d’un instant, l’époque d’avant, l’Histoire de la Provence. Le décor est alors complet lorsque sous l’œil attentif et sous le rythme effréné des tambourinaires, les chevaux camarguais montés par les Gardians et les Arlésiennes font leur entrée. Cela faisait 25 ans que les Arlésiennes n’étaient pas venues à Aix. Elles étaient là dans le cadre du 150 ème anniversaire de la création de l’œuvre de Frédéric Mistral « Mireille ».
A 15h00, le cortège est au complet, le carillon de Saint Jean de Malte donne alors le signal du départ. Le défilé, composé notamment par les trois groupes aixois : « Lei Balaire dòu Rei Reinié », « Lou Roudelet dei Mielo », et « Lei Farandoulaire Sestian » sont suivis par les Echansons du Roy René et les calissoniers du pays d’Aix-Marseille. Au son des galoubets, ils remontent la rue en direction de l’Eglise Saint-Jean-De-Malte pour y célébrer, et ce, pour la 14ème fois, la légendaire bénédiction. Sur le Parvis de l’Eglise et après le rappel du vœu Martelly par l’Archevêque, la député maire d’Aix allume le cierge comme le veut la tradition.
Ce n’est qu’après la lecture du texte évangélique en français et en provençal que Mgr Dufour, procède à la bénédiction des nombreux paniers remplis de calissons. Puis l’émotion devient palpable lorsqu’Elisabeth Camatte, accompagnée par M. Camatte, directeur du conservatoire Darius Milhaud, fait résonner, sous les hautes voûtes gothiques, un « magnifique » Ave Maria.
De retour sur la Place des Quatre Dauphins, le député Maire d’Aix rappelle qu’à l’heure de la « mondialisation des cultures, ces traditions sont nécessaires pour conserver une certaine proximité, solidarité » en ces temps difficiles. Alors pour fédérer les Provençaux, les autorités et la foule des fidèles se sont mis à chanter « La Coupo Santo », hymne de la Provence. Le protocole accompli, la foule déguste les calissons bénis sous l’œil bienveillant de l’Archevêque et des calissoniers. Le rendez-vous de 2010 est « déjà inscrit dans les agendas » !
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