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L’exposé a débuté jeudi matin avec la vibrante et subtile introduction de Bruno Ely, conservateur en chef et directeur du musée Granet. A l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix, et face à un public passionné, il a insisté sur cette relation « constante et unique ». « Picasso avait un regard permanent sur Cézanne », surtout à la fin de sa vie.
Selon Bruno Ely, Picasso n’a jamais abandonné cette dimension de « la spiritualité cézanienne ». « Il ne s’inspirera pas directement des tableaux de son « maître », il ne prendra que ses formes », chose qu’il ne fait pas envers les autres peintres. Depuis l’exposition consacrée aux deux génies (Musée Granet), nombreux ont saisi l’ampleur de cette admiration qu’éprouvait Picasso envers le peintre aixois. Fasciné au point de dire : « J’ai acheté la Sainte Victoire de Cézanne », pour signifier avec humour, qu’il avait acquis une propriété : le château de Vauvenargues au pied de la montagne mythique, la Sainte-victoire. Dans les années 40, il n’hésitera pas à dire : « Cézanne a été mon seul et unique maître ».
Pourquoi une telle fascination ? Ce qui l’intéresse c’est « l’inquiétude et le doute de Cézanne » explique le directeur du Musée Granet. « Ce virtuose, ce surdoué a compris que pour être un artiste véritable, il fallait douter. Ce doute, cette spiritualité, il les a trouvés chez Cézanne. » Le « Portrait d’Ambroise Vollard », 1899, (célèbre collectionneur et marchand d’art) en est un exemple. « Deux toiles figurent dans ce portrait ; Cézanne a mis beaucoup de temps avant de les peindre. Car si cela ne lui plaisait pas, il devait recommencer ». Cézanne disait que peindre, c’était « méditer le pinceau à la main ».
Un dessin datant de 1916, montre combien Picasso est à la recherche des thèmes Cézanniens. « Il réintroduit dans le cubisme d’autres visions tout en continuant de s’inspirer du cubisme de Cézanne. » Quand Picasso a peint le dernier arlequin, il disait qu’il avait pensé à la démarche de l’arlequin de Cézanne : « Mardi Gras », 1888. Sa fascination lui a permis de devenir un spécialiste « de Cézanne », un véritable expert. Alors qu’un tableau était attribué à Renoir, Picasso s’éleva pour dire qu’il appartenait à son maître. « Il connaissait bien l’œuvre picturale de Cézanne, ainsi que les écrits qui l’évoquaient » souligne Bruno Ely.
Dans les années 50, lorsque son ami, Edouard Pignon, lui demande s’il est content du portrait qu’il vient d’effectuer, il répond quasiment la même chose que le peintre aixois : « je ne suis pas mécontent de sa chemise ». Cézanne aurait dit : « je ne suis pas mécontent de la voilure de la chemise ».
Si certains spécialistes affirment que les ressemblances sont incontestables d’autres assurent qu’il existe de nombreuses différences. A l’image du philosophe et professeur enseignant l’esthétique à l’Université de Provence, Michel Guérin. « Le réel qu’appréhende Picasso est latéral. Tout en côté et en faces multipliées. Tonalité des jeux, segments triturés et fracturés. Cézanne lui révèle le style de l’occident. Il est le seul moderne archi-classique qui semble dire, j’ai été là et vous ne pouvez rien faire. » Picasso n’a pas de rivale en tant que technicien. C’est un magicien tout en technique. C’est un investigateur dans l’univers des signes et des masques ». Selon Malraux, « Picasso était un génie de sorcier, obsédé par les masques ». C’est pourquoi pour Michel Guérin, « il n’y a rien de spirituel car c’est l’expérience multiple de la vie qui fait que l’artiste est hostile à quelques natures des choses. « En peinture, les choses sont des signes disait Picasso ».
Pour en savoir davantage sur les deux artistes, le colloque se poursuit jusqu’à demain à l’Institut d’études politiques et vous invite à venir écouter les prochaines interventions de Bertrand Tillier (Université de Paris 1), Pavel Machotka (University of California Santa Cruz), Germain Roez (Université de Strasbourg), Denis Coutagne (conservateur en chef des musées de France).
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