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Il est libre, Ahmad. Libre dans ses musiques, libre dans ses paroles. Musicien doué, l’homme est aussi un citoyen révolté. Par les concerts, « je revendique beaucoup de choses. Il y a des inégalités, je veux une revendication de l’authenticité et une identité culturelle », nous dit cet artiste militant. Ce défenseur de la diversité y croit.
Dans quelques jours, sa « Boîte à Musique » -lieu de résidence à la Friche La Belle de mai et studio d’enregistrement- présente un spectacle ambitieux « Musique Rebelle ». Funk, jazz, electro, rock, soul…musiques plurielles et métissées sont au cœur de ce projet.
« Patrimoine musical marseillais »
Une performance artistique qui sera orchestrée par Ahmad Compaoré, « je cadre tout, le timing du projet entre vidéo, projection, danse, peinture et musique ». Oui, même la peinture se mêle de la fête, « un danseur se peint. Il fait des peintures au sol tout en dansant ». La performance hip-hop et « action painting » de Sami Amdouni s’immisce dans le décor aux côtés des prestations des musiciens tels Fred Pichot (saxophone), Hakim Hamadouche (mandoluth et voix), Pakito Bolino (guitare) ou des photographies d’Alfons Alt. (exposition d’altotypes). La soirée du 19 septembre est annoncée par son auteur « à la bonne franquette. On veut garder cet esprit convivial. On le fait à l’extérieur (côté 41 rue Jobin), dans la cour. L’entrée est symbolique (3€) » explique Ahmad. La Boîte à Musique fait même « un clin d’œil au week-end des Journées du Patrimoine. Il faut que ce soit reconnu comme patrimoine musical ce que nous faisons », sourit le musicien.
« Il y a beaucoup de talents sur Marseille. Encore faut-il les reconnaître…C’est comme les subventions (non suffisantes). On fait un travail, on est un moteur pour le patrimoine marseillais » déplore Ahmad. Tout en espérant que « Marseille Provence 2013 peut être une chance si nous avons du soutien ».
« Le Japon, c’était extrême »
Ahmad conserve des souvenirs assez fabuleux du Japon. En résidence à Tokyo d’octobre 2008 à fin janvier 2009, il a choisi d’ « exploiter le côté impro dans une manière futuriste. Une musique très actuelle, électronique. Je cherchais à aller plus loin. Le Japon évoque l’Extrême-Orient pour moi ». Il a collaboré avec le violoniste Tadahiko Yokogawa, qui avait participé à Marseille au festival MIMI 2004 et 2008. Ce dernier associe dans son travail, musique acoustique et MAO (musique assistée par ordinateur). Le projet « Akira » visait à imaginer une musique nouvelle, où la tradition interpelle la modernité. La tournée au Japon était d’envergure. Des concerts ont été donnés à Tokyo dans des clubs de jazz emblématiques (Shinjuku Pit Inn) ou des livehouses typiques (Penguin House) en compagnie de d’autres musiciens japonais. L’aboutissement de « Akira » était le spectacle avec le guitariste Fred Frith. « Depuis les années 90, on travaille ensemble, c’est mon gourou. Il m’a tout appris, même les silences en musique. Il m’a rejoint au Japon » se remémore le batteur.
A Marseille, samedi, il a envie de partager ces musiques expérimentales, alternatives ; un dialogue entre électronique, vidéo et multimédia.
Lauréat de Culturesfrance
Ce voyage artistique au Japon, Ahmad le doit à Culturesfrance. Lauréat 2008, il décroche une bourse en Asie. Son projet était jugé « exceptionnel. Il faut décoller, on peut t’aider » l’avaient encouragé les responsables. Déjà en 2005, il avait été sélectionné par AFAA (association française d’action artistique) –devenu depuis Culturesfrance. C’était une initiative de musique indienne autour de l’apprentissage de percussion indienne, le tablâ. A l’époque, Olivier Poivre d’Arvor et Palmina d’Ascoli l’avaient beaucoup soutenu.
Le jeune Ahmad ne songeait sans doute pas emprunter un tel chemin. Ce garçon métissé, natif d’Arabie Saoudite, de mère égyptienne et de père burkinabé a finalement grandi à Marseille. « J’ai appris la musique en autodidacte. J’ai passé beaucoup de temps avec la batterie » explique le percussionniste. Découvert à 17 ans par le guitariste comorien Ali Afandi, il est révélé en 1991 par l’opéra-rock « Helter Skelter » de Fred Frith. Il suit deux ans de formation au Centre musical et créatif de Nancy. Il collabore avec des musiciens de renom comme Marc Ribot, Jamaaladeen Tacuma, Michel Petrucciani, Tom Cora, Butch Morris, Vincent Segal.
« Je m’exprime sur la musique, je suis engagé. Mais je n’ai pas l’impression d’être compris. Je suis peut-être avant-gardiste » s’enthousiasme Ahmad. Auprès du public, le contact semble passer, « ils sont ravis, il y a des vibrations. C’est direct. A la fois concret et abstrait. La musique part de là » en désignant son cœur.
« Ma force de caractère, c’est l’Afrique »
A 40 ans aujourd’hui, il estime qu’il faut apprendre « à rester soi-même, on évolue (certes). Il faut savoir aller plus loin sur ses deux jambes. Ma force de caractère, c’est l’Afrique » confie le musicien. Sur scène, son travail d’improvisation est énorme, « j’utilise en musique, cette conscience de la rue. Déconnecté de la réalité sans l’être vraiment. Il se passe un jeu sur les sensations, les sentiments » avec le public. A tout prix, « la musique doit rester naturelle. Alors (qu’aujourd’hui), on vous enferme dans un cadre, un ghetto musical ». Mais on lui fait confiance, le musicien sait franchir les barrières.
Après la Friche La Belle de Mai, on le retrouvera en octobre, avec le guitariste Jean-Marc Montera sur scène et quelques jours plus tard, avec le saxophoniste Raphaël Imbert, « un pionnier du jazz à Marseille ». En 2010 est prévue la sortie d’un nouvel album, intitulé « Ahmad Compaoré », comprenant dix compositions originales et une reprise d’Oum Kalthoum. Un projet d’inspiration de musique africaine qui mêle jazz débridé, grooves afros, funk, soul, influences indiennes et orientales.
L’homme est persévérant, résolument optimiste. Il sait rester « humble malgré une expérience énorme. Tout en gardant la spontanéité d’un enfant ». L’essentiel est de vivre intensément, dépasser ses limites. « Gardez l’esprit vif, l’œil ouvert et les oreilles avec… » des rythmes en liberté.
« La Boîte à musique », Ahmad Compaoré, Friche La Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille, tél 04 95 04 96 58, mail boiteamusique@hotmail.fr
Site : http://www.myspace.com/ahmadcompaore
Concerts :
Samedi 19 septembre à 21h, Ahmad Compaoré et des musiciens marseillais dans une performance « Musique rebelle-round 7 » (funk, jazz, rock, soul, electro), à la Friche La Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille. Paf 3 € d’adhésion à La Boîte à Musique (sur place, ouverture à 20h). Avec le soutien de Friche La Belle de Mai, SFT, Cabaret Aléatoire, Radio Grenouille et Station Noailles
Vendredi 16 octobre à 20h 30, duo Ahmad Compaoré/Jean-Marc Montera (festival des Musiques Insolentes) à la salle Lily Pons, Théâtres en Dracénie, Bd Georges Clémenceau, Draguignan. Renseignements : 04 94 50 59 59.
Lundi 19 octobre à 20h 30, Ahmad Compaoré Quintet avec le saxophoniste Raphaël Imbert (festival Jazz sur la Ville) à la cité de la musique, 4 rue Bernard du Bois, 13001 Marseille. Réservations : 04 91 39 28 28.
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