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Combattre les inégalités pour lutter contre l’échec scolaire

Publié le 25 septembre 2009
par Henda Bouhalli
La 2ème journée du refus de l’échec scolaire a une fois de plus mobilisé parents, enseignants, élus et associations de la ville de Marseille. Organisée à la Cité des Associations par l’AFEV (Association de la Fondation Etudiante de la Ville), cette 2ème édition avait pour thème « l’entrée au collège ». Mais une fois le débat lancé, les interventions ont davantage porté sur les inégalités entre élèves des différents quartiers marseillais. En effet, l’AFEV a visionné le témoignage de parents issus des quartiers Nord et à ouvert le débat en invitant le sociologue Renaud Cornand, qui n’a pas hésité à casser les idées reçues. Discriminations, préjugés, inégalités, « l’école de la république n’est pas la même pour tous ». Compte rendu.

« Chaque année, 20% d’une génération quitte le système scolaire sans qualification et 40% des jeunes dans les quartiers en difficulté sont sans emploi ». Ce constat alarmant mis en avant par l’AFEV, suscite de nombreuses interrogations. Comment en est-on arrivé là ? L’ascenseur social de l’école de la république est-il en panne ? Les parents sont-ils responsables de l’échec scolaire de leurs enfants ? Les questions ont soulevé quelques pistes de réflexion.

Les inégalités responsables de l’échec scolaire ?

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Renaud Cornand

Les élèves issus des milieux populaires ne disposent pas des mêmes ressources financières, culturelles et sociales que les élèves issus de milieux plus favorisés, par conséquent ils ne sont pas tous égaux face à la réussite scolaire. « On est obligé de regarder l’école sous cet aspect » tient à souligner Renaud Cornand, docteur en sciences de l’éducation et formateur à l’AFEV. « Les inégalités ne cessent de s’accroitre ces dernières années et elles sont multiples ». La concentration de populations pauvres et les discriminations ont fait s’accumuler les difficultés dans certains quartiers. « L’école est confrontée à une montée de la ségrégation avec une forte concentration des populations les plus pauvres dans certains établissements » et plus particulièrement au collège. Dans l’assistance, on pointe du doigt les différentes méthodes de recrutement dans les lycées et plus particulièrement au Lycée Thiers qui regroupe en majorité des enfants d’enseignants. Une façon de faire qui n’est pas du goût de tout le monde. « On en prend quelques uns et on laisse les autres » s’indigne une représentante de la direction régionale de l’Acsé. « Comment se fait-il que le système cautionne cela ? » interroge-t-elle. Cette ségrégation a une répercussion sur les résultats scolaires. Ainsi Renaud Cornand interroge : « Comment se fait-il que le taux de réussite au bac est quasiment à 100% au Lycée Thiers, alors qu’à deux kilomètres de celui-ci il n’est qu’à à 51%. L’école n’est pas la même pour tous et après on s’étonne qu’il y’ait des soulèvements sociaux » poursuit-il.

« L’école n’est pas la même pour tous »

Les années passent et l’école n’est plus vécue comme l’école républicaine, l’école pour tous, mais comme un moyen de sélection pense une partie du public présent. Il n’y a qu’à observer la situation dans les quartiers Nord de Marseille : « sur dix élèves de 3ème, sept ne vont pas au Lycée. Dans d’autres quartiers, ils ne sont que trois sur dix » souligne une formatrice. « Ne faut-il pas réfléchir autrement au fonctionnement de l’école ? Soyons sur l’égalité de droit et pas de chance » demande la représentante de l’Acsé.

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Renaud Corand et Juliana Clermont

« L’école n’est pas neutre »

« La distance entre les classes populaires et l’école a fortement augmenté » résume le sociologue. En plus des nombreuses inégalités évoquées, « l’école n’est pas neutre car elle est porteuse d’une seule culture, celle de la classe dominante ». Ceci pourrait expliquer les difficultés éprouvées par les classes populaires et par conséquent comprendre pourquoi elles sont plus distantes. Puis, il y’a ceux qui calquent l’échec scolaire à la culture d’origines des parents « immigrés ». « On explique les difficultés par des habits culturels, mais cela n’a rien à avoir avec une culture étrangère mais plutôt avoir avec la discrimination et le racisme. Ce sont les politiques qui traduisent les difficultés sociales par des phénomènes nouveaux en évoquant la religion musulmane et la différence de culture. La réussite scolaire ne dépend pas de la différence de culture » insiste-t-il. La réussite des enfants d’immigrés est même meilleure que celle des enfants dont les parents n’ont pas migré fait-il savoir. « A classe sociale égale, les enfants d’immigrés ont tendance à réussir un peu mieux ».

La journée de mercredi avait également pour but de montrer combien la distance est grande entre les familles et l’école. Certains parents estiment qu’ils ont été « mis « Out » dés le début » et le regrettent. Le manque de dialogue entre la famille et l’école peut aussi être un frein à la réussite scolaire des enfants et plus particulièrement des collégiens pour qui la transition école/collège reste une période charnière dans leur parcours.
L’objectif de cette journée fût aussi de déconstruire « l’idée qui est celle de croire que les parents sont démissionnaires face à l’échec de leurs enfants » explique Juliana Clermont, déléguée territoriale AFEV Marseille. C’est dans cette optique qu’ont été projetés les témoignages filmés de parents issus des quartiers populaires. Des témoignages « émouvants qui permettent de voir qu’il y’a des idées fausses qui circulent et notamment celle qui serait de croire que les parents immigrés seraient plus en difficulté que les autres » lance une dame. Certes, ils ont des difficultés mais s’impliquent ardemment dans l’accompagnement scolaire de leurs enfants. Le sociologue affirme même qu’« on les amènent à croire que l’échec scolaire de leurs enfants est de leur faute. Ce qui n’est pas le cas ».

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Mobilisée sur le terrain, l’AFEV crée du lien social

Mieux comprendre les difficultés, échanger des pratiques pour faire avancer le territoire, mettre en réseaux, mutualiser tout ce qui existe, créer du lien social et accompagner les jeunes dans les quartiers en difficultés, voilà les buts, depuis 1991, de l’association d’éducation populaire, l’AFEV. « La relégation de 150 000 jeunes chaque année est un scandale et doit être traitée comme une cause nationale » souligne l’association qui a notamment lancée en 2007 la campagne : « Pas de quartier pour les inégalités ». Chaque année, elle mobilise 7500 étudiants solidaires et bénévoles qui accompagnent individuellement 10 000 enfants sur tout le territoire (280 villes) et plus particulièrement à Marseille. « L’académie d’Aix-Marseille concentre un grand nombre de difficultés et est l’une des académies qui possède le plus de ZEP (Zone d’éducation Prioritaire) » explique Juliana Clermont. Aujourd’hui, l’AFEV propose aux étudiants de s’investir deux heures par semaine pour accompagner un jeune afin de « lui redonner confiance, de lui donner l’envie d’apprendre et de lui faire découvrir d’autres horizons. »

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L’association poursuit ainsi son combat en faisant en sorte que la jeunesse ne soit plus exclue car « un pays où le chômage des jeunes reste trois fois supérieur à la moyenne générale est un pays qui n’a pas d’avenir » a déclaré Nicolas Delesque, Secrétaire général de l’AFEV, dans le journal de l’engagement solidaire « Volontaires ». Nous voilà avertis !


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