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C’est l’histoire de petites gens à travers le prisme d’une autre histoire, celle de Marseille. « La République Marseille » n’est pas un documentaire proprement dit mais une série de sept films de durées inégales. Le décor en est Marseille. Ses acteurs : ses habitants. Le scénario : leurs existences, leurs souffrances, les blessures de la vie. Leur complice : le documentariste Denis Gheerbrant. Deux années de travail, d’investigation pour donner naissance aujourd’hui à « La République Marseille ». Dans une interview, le cinéaste abordait son contact avec la ville « d’abord comme un étranger, comme quelqu’un qui vient d’ailleurs pour montrer Marseille ailleurs/Donc j’ai repéré pendant un peu plus de six mois, j’ai écrit, puis tourné du début du printemps 2006 à la mi-juillet 2007 ».
Les différents films se succèdent mais un fil d’Ariane les enchaîne. Ce lien fragile, humain, sensible que l’on discerne, surprend au fil des rencontres. « Je passais d’un tournage à un autre, parfois dans la même journée, ils se faisaient écho, nourrissaient mon lent apprentissage de la ville : qu’est-ce qui est en jeu dans une ville ? Qu’est-ce qui fait culture commune ? » se remémore le cinéaste. Au fil des images, on lie connaissance avec des dockers (Les Quais), des militants ouvriers (De l’harmonie de l’Estaque), des femmes d’une cité jardin (Les femmes de la cité Saint-Louis), des habitants d’une immense cité ghetto (Le centre des Rosiers).
Marseille dans ses replis Avec Marseille dans ses replis, on parcourt les quartiers Nord jusqu’au bord de mer ( la plage de Corbière à l’Estaque). Caméra au poing, Denis Gheerbrant nous emmène dans le 15e arrondissement : autour du Marché aux Puces, l’avenue Roger Salengro, en passant par les quartiers de Saint-Louis ou La Cabucelle. Le spectateur le suit dans ses pérégrinations. Des murs lézardés, des taudis, des logements trop exigus défilent. La misère est palpable et des habitants osent parler de leurs difficultés, de leur pauvreté. Plus loin, on croise un boxeur au Boxing club St-Louis, des jeunes dans un club de quartier de La Cabucelle. On entre dans un café, on rencontre un survivant toxicomane des années 80, qui évoque la bonne ambiance aujourd’hui dans le quartier. Il est natif de Saint-Antoine, le marseillais. « A l’époque, il était plus dur de trouver une seringue que de la came. La même année, j’ai perdu ma femme du sida, ma sœur d’une overdose. J’ai arrêté il y a quelques années. Maintenant, je m’occupe de ma mère, atteinte d’Alzheimer. Elle a souffert pour moi, quand je me droguais. Aujourd’hui, je suis là pour ma mère » confie l’ancien junkie. La vie continue. Deux copains relatent leurs déboires professionnels dans leur entreprise de décolletage, qui a fait faillite. Amertume, déception : « on a fait confiance au patron, au bout de trente ans, on est virés ». L’espoir renaît, ils ont monté leur boîte.
La République Le spectateur change de quartier et rejoint le centre-ville. On approche de l’ancienne rue Impériale de l’époque haussmannienne, aujourd’hui rachetée par deux groupes immobiliers. Premières images : les travaux du tramway sont en cours. On rencontre d’autres blessés de la vie, impliqués dans une problématique commune : l’opération immobilière brutale de la rue de la République. On participe à une réunion de résidents d’un immeuble, le débat s’anime autour de la spéculation immobilière subie.
Des femmes, des hommes se retrouvent ainsi pour apprendre à se défendre, partager leurs expériences malheureuses. La solidarité s’éveille, se construit. Ces habitants devaient partir des lieux, disparaître de la rue de la République. Mais ils se rebellent, « un peu de franchise, de courage. On est tous dans la même galère » s’insurge une dame.
Un témoin parle de sa mère de 85 ans, « je ne peux pas l’accepter, on veut la faire partir de chez elle (dans le cadre des expulsions, dénoncées notamment par l’association Le centre ville pour tous) ». Une mère, bouleversée raconte le drame survenu à ses enfants, en son absence. Elle revit la scène sous l’œil bienveillant du documentariste. L’huissier de justice est venu frapper à la porte de son domicile, c’est l’expulsion. Elle retrouve ses minots, traumatisés par cette visite administrative. Elle dépose plainte auprès de la police, et gagne son procès.
Des documentaires sensibles
Des films qui exposent les multiples transformations de Marseille, en pleine mutation. On s’interroge. Ces évolutions ont bouleversé la vie de femmes et d’hommes. Des témoignages sont poignants tels l’ancien junkie ou la mère de famille. Des militants, des bénévoles, des résidents en parlent avec des mots simples. Le collectif a son importance, l’identification à une ville aussi. Il se dégage de « La République Marseille », une spontanéité, des vérités, une sensibilité. Denis Gheerbrant a su recueillir leurs paroles. Il leur a consacré du temps. Son écoute, son professionnalisme, sa maîtrise technique, son approche de l’humain donnent une belle dimension à ces tranches de vie de ces âmes qui peuplent Marseille.
Il leur a rendu un hommage touchant, à ces marseillais.
« La République Marseille » (7 films d’une durée totale de 6h). Projection jusqu’au 18 octobre (en sortie nationale) au cinéma L’Alhambra, place Raphaël, à Saint-Henri, 13016 Marseille.
Tél 04 91 03 84 66, site alhambracine.com, mail alhambra13@wanadoo.fr
Programme 1
La Totalité du monde, Les quais, L’harmonie
Samedi 10 à 14h 30 suivi d’un débat
Dimanche 11 à 17h 30
Vendredi 16 à 18h
Samedi 17 à 21h
Programme 2
Les Femmes de la cité Saint-Louis, Le centre des Rosiers
Samedi 10 à 17h 30 suivi d’un débat
Dimanche 11 à 20h 30
Vendredi 16 à 21h
Dimanche 18 à 17h
Programme 3
Marseille dans ses replis, La République
Vendredi 9 à 21h
Samedi 10 à 21h
Samedi 17 à 21h
Dimanche 18 à 20h 30
Intégrale des films : samedi 10 de 14h 30 à 23h 30 en présence de Denis Gheerbrant. Sur inscription au 04 91 46 02 83
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