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Leçon d’après désastres : pas de rénovations possibles sans concertation
Dès dix heures, à l’issue de l’ouverture protocolaire de la journée, le ton est donné par deux habitants du Plan d’Aou. Alors que les élus se lèvent pour quitter l’estrade, après avoir donné leur avis respectif sur le caractère au combien indispensable de la concertation, ces derniers les prennent à parti, faute du contraire apparement. Véhément et sincèrement en colère, l’un deux lance « tous ça ces des mensonges, vous êtes des menteurs ». L’esclandre se poursuit sur les mines embarrassées et le départ en silence des prévenus. Les deux habitants les suivent. Ils auront, en aparté, une rapide « discussion » avec Cécile Helle, la conseillère régionale déléguée à la politique de la ville, et le reste de la journée pour s’exprimer. Du temps et un espace en somme, mais de là à ce qu’il y est des décideurs qui trouvent également le temps d’être présents, de répondre et d’agir …
Pourtant la concertation avec les populations est une mesure légale et une obligation imposée aux collectivités par l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU) qui gère les projets de réhabilitation des quartiers. Lancé en 2004, sous l’impulsion de Jean Louis Borloo, le projet national de rénovation urbaine était à ce moment décrit par le ministre délégué à la cohésion sociale comme « le plus grand chantier de l‘histoire civile française ». Initialement, il concernait 6 millions de personnes et prévoyait en huit ans la destruction de 250 000 logements, la réhabilitation de 400 000 habitations, le développement des équipements publics mais aussi, sur le plan social, le désenclavement des quartiers en facilitant l’accès à la culture et surtout à l’emploi. L’ANRU met en œuvre ce programme en finançant sur des fonds publics et privés les projets montés par les collectivités. D’après les principes fondateurs « impliquer le plus tôt possible les habitants dans le développement des projets est une clé de la réussite de ceux-ci à court, comme à long terme », les dossiers déposés doivent ainsi accorder une place centrale à la concertation en veillant, comme il l’est clairement précisé, à « ne pas confondre la concertation avec l’information, la médiation ou la consultation ».
Quand l’urgence et les conflits d’intérêt prennent le dessus
Cinq ans après son lancement, Arènes a voulu tirer un bilan sur ce projet aussi ambitieux sur le plan de la rénovation que de la démocratie participative. L’implication d’Arènes dans ce dossier réponds aux objectifs de l’association, créée en 1999, notamment dans le but de développer la démocratie locale dans l’aménagement des territoires. En Paca, se sont 300 000 personnes qui sont concernaient et parmi elles les habitants des quartiers de la Savine et des Flamants à Marseille, de l’Ariane à Nice ou encore de Monclar à Avignon. L’équipe de l’association composait entre autres de géographes, de politologues et de sociologues travaillent depuis un an avec les représentants de plusieurs quartiers de la région dans la perspective de cette journée de la concertation.
En bout de course, il s’avère que la question ne demandait qu’à être posée. Le rôle d’interface joué par Arènes dans ce cadre a révélé tout son intérêt durant cette journée qui se voulait à la fois studieuse et productive. Elle a permis de rentrer dans le vif du sujet et de poser ouvertement les lourdes problématiques qui ont émergé depuis le lancement de cet énième projet de sauvetage des quartiers populaires. Environ cent cinquante personnes étaient présentes, parmi elles des techniciens, des habitants de quartier, des bailleurs, des membres d’institutions, de collectivités ou d’associations. Un véritable laboratoire d’échanges d’expériences, de difficultés, de perspectives et selon l’angle de vue, une occasion de faire le point ou de taper du poing.
Les problèmes que rencontrent les acteurs de la rénovation urbaine ont notamment été débattus au sein de quatre forums. Du côté des habitants, la colère et l’émotion étaient palpables. Une locataire a expliqué, la gorge nouée, pourquoi il lui était tout simplement impossible d’accepter les propositions de relogement qui lui ont été faites et à quel point elle ne comprenait pas que son avis soit si peu pris en compte. Un autre locataire a évoqué « les dynasties de précaires » qui vivent dans ces cités pour insister sur le fait que « la rénovation urbaine ne suffisait pas à réhabiliter socialement le quartier ». De leur côté, durant les forums ou au cours de la table ronde qui a eu lieu en fin de journée, (et à laquelle les pouvoirs publics étaient seulement représentés par le maire de Miramas, M. Vigouroux), les décideurs se défendent tant bien que mal en revenant aux grandes lignes et aux motivations premières, en évoquant l’urgence dans laquelle les met la mise en concurrence des projets au niveau national, la nécessité d’obtenir rapidement des résultats ou encore les contraintes que la rigidité législative leur imposent. Toutes les raisons invoquées ne suffisent pas à délester le lourd bilan de cette journée. En PACA, dans le cadre des projets de rénovation urbaine, la concertation n’a pas, ou peu, eu lieu. Les réhabilitations sont bien sûr des chantiers extrêment complexes et il existe des exemples porteurs de développements ultérieurs, cette journée visait aussi à les mettre en lumière, mais dans la plupart des cas, il a s’agit de faire de la communication autour de projets déjà ficelés ou de conforter les épanchements en menant des opérations sur la mémoire des lieux. Entreprises louables mais vaines en terme de désenclavement et inaptes à convaincre certains que les campagnes de rénovations ne sont pas des opérations de reconquête, et par la même occasion, des opérations de chasse aux indésirables.
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