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« En stop ! » de Derek Boixière et Maxime Thomas : le conte, passeur de frontières !

Publié le 12 novembre 2009, mise à jour le 19 novembre 2009
par Rachida Brahim
Samedi dernier, la « Baleine qui dit Vagues » livrait sa scène aux drôles et périlleuses aventures de Derek Boixière et de son acolyte Maxime Thomas. Ces joyeux drilles incarnent parfaitement cette façon universelle d’être au monde que revendiquait Diogène. Ils ont emmené les spectateurs avec eux, en stop, pour un spectacle de conte trépidant et sensé où défilent nos luttes ordinaires, la beauté et la folie de nos vies. Au fil de son voyage et de ses rencontres, on passe d’un rire franc au désarroi, sans préavis ! Rencontres, identités et contes : impressions et interview de Derek Boixière.

En route !

Alors qu’il est un art ancestral au rang de ceux qui auraient pu aisément être sacrifié sur l’autel de la modernité, on assiste depuis quelques années à un formidable regain d’intérêt pour le conte. Les festivals, les livres et les études approfondies sur le sujet se multiplient. Le grand avantage du conte, c’est qu’il permet ce double jeu, avec d’une part un retour à soi, à travers l’expression d’un patrimoine commun et d’une filiation, et en même temps, il est un moyen d’aller à la rencontre de l’autre et de réaffirmer des valeurs fondamentales, aussi vieilles que le monde, celles que les contes portent comme une évidence avec la subtilité ou la cruauté qui leur est propre.

Pour trouver l’inspiration, Derek est visiblement de ceux qui ont parié sur les voyages et la rencontre. Mais il ne s’agit pas vraiment du voyage version « je m’ennuie, offrez-moi de l’exotisme et de l’évasion », ici on a plutôt l’impression que c’est l’invasion qui est recherchée ! On est emporté par ses aventures et on pressent qu’il quitterait tout, là, dans l’instant, pour laisser l’autre l’envahir. Avec ou sans crainte c’est selon, mais en tout cas, avec quelque part la certitude, que quoi qu’il advienne, c’est une bonne chose.

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Derek Boixière et Maxime Thomas

Pour conter ces récits de voyages, ils sont trois amis, compagnons de fééries et de généreuses galères. Derek, entraînant, souvent charmeur jamais sérieux, qui conte, fait rêver et joue de la scie, mais rassurez vous pas à la manière du joueur d’orgue de Barbarie de Prévert… Maxime, impassible et retentissant dans le même temps, un tour de force, à la basse il donne le rythme, chahuté, cadencé, précipité et d’un coup profondément mélancolique et mélodieux. Si, c’est possible, il lui suffit d’un archet. Et Julien à la régie, en moins de temps qu’il n’en faut à Derek pour nous faire basculer dans une autre histoire, il crée l’atmosphère adéquate et donne une épaisseur tangible aux différentes scènes, on y est, le cadre, l’enveloppe, l’indispensable harmonie.

Et alors, se poser tranquillement devant « En Stop », c’est découvrir qu’une scie c’est mélodieux, que l’intelligence c’est le sens que chacun donne à sa vie, que mentir c’est aussi donner à rêver et que c’est vital, que la parole se fout des frontières et que c’est un exemple judicieux, que quels que soient le temps et le lieu, ce qui reste à la fin de toutes les histoires, comme dans la boîte de Pandore, c’est l’espoir. Irrémédiable !

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Derek Boixière, Julien Ruols et Maxime Thomas

Bonjour Derek, on te sent à l’aise avec la parole et le fait de raconter. As-tu toi-même grandi dans un milieu où le conte et l’oralité était important ?

Le conte, l’oralité, n’a jamais été très important là où j’ai grandi. Par contre, j’étais un enfant solitaire, alors l’imaginaire à toujours eu une place importante dans ma vie. Encore aujourd’hui, il n’y a pas une journée où je ne me transforme pas en super héro, en footballeur de géni… si tu savais le nombre de fois où j’ai sauvé le monde… Donc quand, tardivement, j’ai découvert l’univers des conteurs, je crois que je me suis tout simplement senti proche de tous ces « faiseurs de rêves ».

Comment es-tu venu au conte ? Y a-t-il eu un évènement, un voyage justement ou une rencontre qui a servi de déclencheur ?

Plusieurs grands conteurs s’accorderaient pour dire que c’est le conte qui vient à toi, et pas l’inverse. En clair, tu ne décides pas d’être conteur, tu l’es. Bien sûr, il y a des techniques à travailler, mais je pense que la meilleure école pour un conteur : c’est de vivre sa vie pleinement. Simplement parce que les histoires qu’un conteur raconte sont souvent le reflet de son vécu, de sa personnalité, des valeurs qu’il veut transmettre. Alors pour répondre à ta question, je suis venu au conte, parce que je me sentais investi d’une mission, d’un besoin : celui de partager.

Y a-t-il un type de contes que tu affectionnes particulièrement et pour quelles raisons ? Qu’est ce que le conte t’a personnellement apporté ?

J’aime tous les types de contes, à partir du moment où ils sont racontés par quelqu’un qui croit à son histoire. En fait, plus que le conte, c’est souvent le conteur, son émotion, et ce qu’il a voulu me dire que je vais retenir. Personnellement, j’ai encore du mal à savoir ce que le conte m’apporte, mais j’espère que ce que je raconte apporte à ceux qui m’écoutent.

Tu as choisi d’écrire des contes pour adultes. Pourquoi ce choix ? Qu’est ce qui finalement t’anime et te pousse à conter ?

J’ai la sensation de vivre dans une société où l’on t’apprend à te méfier de l’autre, surtout de celui qui semble différent, où l’on t’apprend à te débrouiller tout seul « comme un grand », où l’on t’apprend que l’homme est dangereux, cruel, fou, pervers… J’ai vérifié, je me suis mis dans des situations « à risque », j’ai découvert que quand tu tends la main, il y a très souvent quelqu’un pour la prendre, j’ai découvert que les psychopathes ne représentent pas une forte partie de la population, j’ai découvert que les plus détestables ne sont pas ceux qui ont l’air sale… au contraire ! Bref, j’ai souvent l’impression que cette peur de l’autre gâche une belle partie de la vie, alors je me dis qu’il n’est pas trop tard pour le dire aux adultes.

Ton spectacle est construit sur les rencontres que tu as pu faire au cours de tes voyages. Est-ce que c’est aussi une manière de montrer comment l’interaction et la présence de l’autre, étranger et différent, à participer à ta propre construction identitaire ?

C’est exactement ça, je n’aurai pas dis mieux.

Est-ce que tu te sers du conte comme un outil moralisateur, comme le font parfois les contes traditionnels, est ce qu’il s’agit davantage de transmettre des valeurs ou simplement de mettre la vie en parole et en scène pour donner à chacun le recul qui parfois vient à manquer ?

Avec mes histoires, je cherche avant tout à parler de personnes importantes dans ma vie, des personnes qui m’ont transmis des valeurs qui font aujourd’hui qui je suis. J’espère que ce spectacle pose des questions, relatives à l’entraide, à la sincérité, et que chacun, à travers mes récits, sera y trouver des réponses. Le plus beau compliment qu’on m’a fait sur ce spectacle c’est « ça donne envie d’être soi-même », là je me suis dit : «  mission accomplie ! »

Et en tant que conteur qui s’intéresse à la rencontre et à la différence, est-ce que Marseille t’inspire déjà quelques histoires ?

Ce sont les rencontres qui m’inspirent des histoires et non pas des lieux, mais je ne doute pas qu’à Marseille je vais rencontrer des gens extraordinaires !

Pour découvrir des extraits du spectacle, visitez le site : http://www.myspace.com/enstop

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Derek Boixière et Maxime Thomas (photo J. Ruols)

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