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Cette manifestation reflète l’état d’esprit de « Santé Sud ». Ce rendez-vous rend possible un rapprochement de professionnels, possédant une expérience de terrain et de spécialistes, ayant davantage une vision européenne. « Les nouvelles perspectives qui s’offrent à nous sont beaucoup plus positives : nous avons une prise en compte de la Santé de façon globale, toutes ses composantes, et son interaction avec l’économie. C’est nouveau, c’est bien » observe Jérôme Guelain, Professeur en épidémiologie et santé publique tropicale. L’objectif était d’établir des passerelles et d’instaurer des espaces de rencontres entre différents acteurs de la solidarité (médecins des pays du Nord et du Sud, mais également anthropologue, économiste, agronome,…). Ces vécus rapportés soulignent à la fois des réussites et des échecs, encore trop nombreux…mais si porteurs d’espoirs.
Médicalisation en zone rurale trop timide
Une problématique évidente et récurrente resurgit de nouveau avec la médicalisation en zones périphériques. Malheureusement, par le passé, l’installation de médecins dans les secteurs ruraux a échoué pour des raisons énormes, multiples, très souvent méconnues. « C’est un point d’achoppement clé. Si le problème est identifié, on arriverait éventuellement à dégager des solutions », souligne Jérôme Guelain. Au Burkina Faso, des médecins privés exerçaient en brousse, l’opération avait pourtant bien commencé mais n’a pas perduré. Les causes de l’échec sont capitales, « on appelle cela de l’expérience. L’évaluation des échecs permet d’identifier des voies de progrès ». Autre exemple, en Côte d’Ivoire, des villes de 25 000 habitants sont sous-médicalisées, il n’existe pas un maillage comme en France. Des programmes ont débuté partout en Afrique mais les situations sont difficiles à gérer. Ce médecin militaire possède une solide expérience de terrain. Une formation sur trois disciplines, Santé Publique, Biologie et Anatomo-pathologie (étude de prélèvement de tissus) lui a permis de vivre un trajet très diversifié, de par le monde –Guadeloupe, Nouméa, Côte d’Ivoire, Madagascar,…Comme consultant à l’OMS (organisation mondiale de la santé), il avait réalisé des prélèvements de lèpre, travaillé également sur des maladies transmissibles principalement. La dernière mission était l’évaluation des techniques de diagnostic rapide pour la méningite –qui fait des ravages en Afrique. Le travail consistait en une expertise : état des lieux des méthodes de diagnostic, comment on peut les réaliser de manière pragmatique et comment on peut les insérer dans une stratégie de Santé Publique. Une étude sur la fièvre jaune est en cours, « on part du laboratoire de recherche pour regarder les pistes, comment les domaines de la recherche peuvent s’appliquer sur le terrain, leur utilisation et leur intégration » dans une politique sanitaire, explique M. Guelain, qui se définit comme un « pigiste en Santé Publique ».
« Absence de généralistes en première ligne »
Le Pr Lamine Gueye rejoint les propos de M. Guelain. Il est nécessaire d’identifier les problèmes pour les résoudre. Dresser un bilan est surtout de mettre en évidence les points négatifs afin de comprendre les facteurs à éviter. Lamine Gueye, neurophysiologiste, à l’Université Cheikh Anta Diop (Faculté de médecine de Dakar) coordonne les actions de « Santé Sud » au Sénégal. « Le réseau de Santé Sud est extraordinaire : 100 médecins de proximité sont en place dans la campagne du Mali. Il faut le faire, c’est un luxe. Les pays voisins s’inspirent du système devant son succès » s’enthousiasme le jeune professeur. Une véritable aide au développement transite par une adhésion des autorités administratives. Ce point fondamental évolue très lentement. Des systèmes de collaboration avec les communautés doivent être pensés et mis en oeuvre.
En tant que médecin hospitalier, il déplore « une lacune, l’absence de généralistes en première ligne ». Le même schéma de parcours de médecin traitant en France serait souhaitable en Afrique. La situation existante « handicape le système, il n’y a pas de médecin référent ». Sa détermination, son investissement dans cette lutte pour le droit de tous à la santé proviennent de son contact au plus près des patients, « je suis un médecin spécialiste dans un pays en développement », l’accès aux soins est très difficile. Il donne son exemple « j’étais le 7e neurologue du Sénégal » lors de son installation !
Le paludisme, mais pas seulement
Le paludisme ne doit pas cacher la longue liste des pathologies, frappant l’Afrique : les gastroentérites, la malnutrition, les maladies chroniques. Ces dernières, inhérentes au changement de modes de vie prévalent telles l’obésité, le diabète, l’hypertension, les affections rhumatismales.
Quant au Pr Ogobara Doumbo, le Directeur du Centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme au Mali à Bamako met l’accent également sur un travail de proximité incontournable. « La lutte contre le palu est le sens de ma vie, j’utilise cette richesse comme preuve de développement » précise le Pr Doumbo. Le Délégué au Mali de « Santé Sud » décèle un changement progressif dans le domaine sanitaire. Les mentalités évoluent, la population commence à se rendre chez les médecins, à se préoccuper de sa santé. Par ailleurs, une prise de conscience s’opère dans les sphères du pouvoir, on constate « un impact (positif) au niveau de nos Ministères ».
« Agir sans remplacer »
« Agir sans remplacer » est sans doute le sésame de la réussite de « Santé Sud » depuis un quart de siècle. La dépendance à l’aide est une aide inutile, fatale ? En tout cas, l’ONG marseillaise n’a pas voulu emprunter ce chemin humanitaire. Elle lui a préféré une logique de partenariat autre, originale. Les pays du Sud et du Nord s’apportent un soutien mutuel, collaborent ensemble. Le neurophysiologiste de l’Université de la Méditerranée/AP-HM, Guy Farnarier, par ailleurs président de « Santé Sud » s’appuie sur l’expérience positive de l’association. Le renforcement des ressources médicales et médico-sociales sur place s’avère toujours aujourd’hui la réponse appropriée aux nombreux problèmes sanitaires que connaissent les pays pauvres. Le Dr Dominique Desplats est l’un des fondateurs de l’ONG. Pour le conseiller projets à « Santé Sud », le défi capital dépend du contexte de la solidarité internationale, bouleversé concernant les ONG. Il va falloir concilier sa logique de proximité, reposant sur une relation à long terme à une démarche de « management », fondée sur le résultat à court terme. Selon M. Desplats, l’enjeu est de s’adapter sans perdre sa raison d’être. Car « Santé Sud » a une âme, se révèle un moteur de projets. Sa logique de partenariat est d’initier des collaborations « avec » et non « à la place de »…Car « Un seul pied ne crée pas le chemin » (proverbe africain Dogon).
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Un développement durable de la santé
« Santé Sud » a été fondée en 1984 par des professionnels de la santé, confrontés aux limites de l’aide d’urgence. Elle est une ONG de formation et d’accompagnement de projets. Plus de 80 programmes ont été réalisé dans 25 pays, en étroit lien avec des partenaires locaux. L’association travaille dans un esprit de compagnonnage. « Santé Sud » recense 270 membres, professionnels du secteur médical et médico-social. Elle emploie plus de 40 personnes dont 28 à l’étranger. Son budget s’élève à 1.8 millions € ; elle a obtenu le Prix de la Transparence Associative, garantie de rigueur financière et de qualité de l’information donnée aux membres et aux donateurs (1 500). Elle bénéficie de l’appui de l’Union Européenne, du Ministère des Affaires Etrangères, de l’Agence Française de Développement notamment. Association Santé Sud, 200 bd National, Le Gyptis Bt. N, 13003 Marseille. Tél 04 91 95 63 45, e-mail santesud@wanadoo.fr, site www.santesud.org |
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