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Il a 68 ans. Il y a à peine deux ans, il était SDF. Il vivait dans les rues de Marseille en quête de nourriture et d’un abri de fortune, depuis neuf mois. Un soir d’hiver 2007, cours Lieutaud, grelottant de froid, il croise sur son chemin des agents du Samu social, flanqués de Raoul Viger, président de l’association « Raoul Kanazi » lors d’une distribution de sacs à dos. Le destin de Christian bascule. Raoul lui propose spontanément son aide pour l’extirper de l’univers de la rue.
Christian, ému
Jeudi, Christian Héran, invité à la conférence de presse par l’équipe « Raoul Kanazi » ne parvient qu’à murmurer quelques bribes de paroles. Il voue une reconnaissance sans bornes à son sauveur, « si tu ne m’avais pas sorti de la rue, je serais mort. Tu as fait beaucoup de choses pour moi ». Silence. Sous l’emprise de l’émotion, il ne parvient que très difficilement à exprimer son ressenti « j’étais à l’hôpital…puis j’ai été viré de mon logement. C’était dur, c’était l’hiver ». Le regard embué de larmes, il soupire « mais il faut se battre ». Une main tendue, des mots de réconfort, un geste d’humanité un soir d’hiver l’ont amené à une prise de conscience salutaire. Aujourd’hui, lorsqu’il croise dans son quartier des sans-abris, « je leur fais le café, je leur donne un sandwich, des vêtements ». L’homme a relevé le défi depuis son passage dans la rue. La vie reprend le dessus : un toit, le manger, les joies et les peines de la vie quotidienne tout simplement. Pourtant, l’épisode est toujours traumatisant, les mots se font rares pour exprimer ces sentiments de déracinement, d’isolement, de détresse.
Un millier de Sakado
Cette année, Christian accompagne l’équipe dans ses pérégrinations. Il est le quatrième SDF que l’association réussit à réinsérer dans la vie sociale depuis la création de l’opération « Sakado » en 2006. L’idée a germé au sein de « Raoul Kanazi », association oeuvrant pour le Niger. « On créait des écoles, des dispensaires. Il est bien beau de s’occuper de gens en Afrique. Et on ferme les yeux devant la misère ici », précise Raoul Viger. L’initiative Sakado naissait. Depuis, près d’un millier de sacs à dos ont été distribués. Concrètement, les sacs, contenant quatre types d’objets usuels et pratiques (chaleur, hygiène, festif, culture/communication) sont collectés auprès des populations pour ensuite être donnés au cours de l’opération. Plusieurs partenaires et sponsors (entreprises, magasins, institutions publiques) soutiennent l’initiative sous diverses formes. En effet, ils peuvent fournir un local, des bons d’essence pour les déplacements, des sacs à dos vides, des points relais, des kits complets,…
En partenariat avec les structures d’aides aux SDF
« Sakado » repose sur quatre principes fondateurs. Les dons d’argent ne sont pas acceptés, c’est donc l’assurance que la collecte sera destinée aux sans-abris. Le relais avec les médias témoigne que les sacs à dos sont bien distribués auprès de ce public. L’équipe de « Sakado » se rapproche des structures d’aides aux SDF (Samu social, Croix-Rouge, Secours Populaire, etc) pour la distribution des produits, programmée du 14 au 24 décembre. Enfin, l’opération est ponctuelle, toujours planifiée lors des fêtes de fin d’année.
« Sakado » se différencie des autres actions de solidarité par son approche pragmatique, « on recherche d’abord des relationnels, on passe du temps avec les sans-abris » explique Raoul Viger. « La différence, c’est le cœur », la générosité en tentant de sortir de la rue des SDF à l’image de Christian. Ainsi, en marge de la distribution collective, les bénévoles de « Sakado » consacrent des moments, de l’énergie à des SDF, désirant changer leur existence, emprunter un nouveau chemin de vie.
L’esprit d’amitié et de partage essaime déjà en d’autres lieux. La Destrousse, Béziers, Lunel, Montpellier, Sète, Agde ont rejoint Marseille. « Sakado » veut encore grandir. L’association peut relayer son initiative dans des villes ou des départements.
Pas facile de s’en sortir
Néanmoins, depuis 2006, Raoul Viger met un bémol à ses actions, sans doute bien frustrantes. En effet, la société n’apporte pas forcément les réponses adéquates au déracinement, à la détresse des SDF. Malgré « l’autosatisfaction des autorités publiques, le problème de base n’en demeure pas moins l’absence de structures réelles d’accueil » souligne-t-il. Les sans-abris « connaissent un problème de socialisation dans les centres (d’accueil). On leur propose de l’insécurité, ils sont déstabilisés. Le seul moyen pour se reconstruire serait un petit lieu de vie à eux (logement) ». Pour sa part, Raoul « n’irait pas dans ses structures, je ne serais pas chez moi ». D’aucuns reconnaissent une aura très négative sur les centres et les foyers. Les effectifs en place ne sont pas suffisamment formés et nombreux.
Mais bon, des constats qui n’empêchent pas l’association « Raoul Kanazi » de poursuivre son chemin de l’amitié, d’aller à la rencontre des sans-abris, de leur donner une lueur d’espoir.
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Opération Sakado pour les sans-abris, organisée par l’association Raoul Kanazi, tél 04 91 35 89 74 (pour Marseille). Contacts : Raoul Viger, tél 06 89 85 56 97, mél raoul.viger@club-internet.fr, Marie Martin, tél 06 60 24 62 55. L’opération se passe également dans des villes voisines, Béziers, Lunel, Montpellier, Sète Agde, La Destrousse (pour ces communes, contact Pascal Parrot, tél 06 07 74 73 64, Thierry Teulade, tél 06 06 85 30 07 60).
Mail contactsakado@yahoo.fr. Composition. Le sac à dos (35 litres minimum) en bon état, comprenant 4 kits : hygiène, chaleur, communication et plaisir (savon, couverture, radio et piles, confiserie,…). Collectes publiques. Du 1er au 11 décembre à l’Espace Ecureuil de Marseille, à la Mairie de La Destrousse, au restaurant Olivero d’Auriol. Les samedis 28 novembre, 5 et 12 décembre au Printemps La Valentine. Collectes en interne. Centre Gérontologique Départemental, Lycée Marseilleveyre, Ecole de la Deuxième Chance, Marseille Passion, Inner Wheel et également des points de dépôt à Montpellier, Béziers,… Distribution aux SDF : du 14 au 24 décembre avec le SAMU Social |
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