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« Rendre visible les initiatives régionales, favoriser les partenariats, susciter des initiatives locales, soutenir des manifestations de grande ampleur autour de la question des Mémoires et des Immigrations en PACA, enrichir l’historiographie de l’immigration, rendre visible les apports des Immigrations et rassembler la nation autour de son histoire », tel est l’objectif de ce réseau régional explique Henry Dardel, Directeur régional de l’ACsé. Un objectif loin d’être anodin à l’heure où les débats font rage autour de l’Identité Nationale. « La question de l’Identité Nationale est renvoyée uniquement aux populations immigrées, puis la façon dont est posée la question est singulière. Elle doit se poser à l’ensemble de la société d’abord » insiste-t-il. Aujourd’hui, avec la création de ce réseau, « nous contribuons à mettre le débat sur les bons rails » poursuit le directeur de l’ACsé PACA, une institution qui « travaille depuis des décennies sur ces questions » et notamment dans la Région PACA. Une terre d’immigration fertilisée par les nouveaux arrivants qui y ont laissé des histoires et des cultures comme l’avait maintes fois montré, le si regretté, Emile Temime. Nombreuses sont les structures qui ont voulu écrire et valoriser cette histoire mais aussi participer à ce devoir de mémoire tout en rendant lisibles les apports de ces immigrations : les travaux de recherches universitaires, l’implication des archives départementales, les institutions, les collectivités, les associations qui recueillent un riche patrimoine d’archives et qui effectuent des actions associatives et des démarches artistiques en ce sens. Aujourd’hui, les membres du réseau – le MUCEM, la DRAC, Babel Med Music, la MMSH, les Archives Départementales de la région, l’ACsé, le Conseil Régional ... - sont réunis « sur un principe d’intérêt général mais garde leur autonomie dans la conduite de leur projet. Le réseau a vocation à créer une synergie entre les nombreuses actions initiées et d’être ainsi bien plus qu’une simple somme d’initiatives ».

Cette journée était donc ouverte à toutes les structures désireuses de débattre et de faire des propositions permettant le développement de ce Réseau en PACA. Chacune leur tour, elles ont échangé leurs expériences et témoigné de leurs actions. En préambule, Stéphane Mourlane, maître de Conférence à l’Université de Provence, a définit les enjeux et les rapports conflictuels entre Histoire, Mémoire et Patrimoine, dont les notions sont souvent confondues mais très ancrées dans un territoire où les identités sont multiples. « L’Histoire de l’immigration est une manière de se montrer et de témoigner. Les groupes dits « minoritaires » font preuve d’un souci du passé sans précédent, et de nombreuses associations souhaitent porter le témoignage contre le silence et l’oubli ».
Mercredi, il était donc question de présenter les travaux des uns et les actions des autres sur les thèmes de la mémoire et de l’immigration. Comment toutes les composantes du réseau s’emparent de ce sujet et comment elles utilisent les sources ? Une table ronde méthodique sur le cas de La Seyne-sur-mer a permis de mieux comprendre comment, archivistes, chercheurs et responsables d’associations, travaillent sur les questions mémorielles et migratoires. L’exemple choisi est celui de La Seyne-sur-Mer, une ville située à proximité de la rade de Toulon. En effet, Yvan Gastaud (Université de Nice), Françoise Manaranche, responsable du service Culture et Patrimoine de la Mairie de La Seyne-sur-Mer ainsi que Céline Regnard Drouot, chercheure universitaire au laboratoire TELEMME, ont montré que l’espace Seynois est important pour l’espace des migrations. En effet, depuis des décennies La-Seyne sur-mer est une terre d’immigration. Nombreux sont les Italiens, les Espagnols mais aussi les Chinois, qui sont passés par cette ville. Les recherches effectuées par Céline Régnard Drouot sont, à ce titre, intéressantes. A partir d’un dossier de procédure judicaire de 1919 retrouvé dans les archives du var, ou à partir d’un recensement, l’historienne a collecté quelques bribes d’informations. En 1921, le recensement indique un seul chinois contre 10 en 1926. « Une main d’œuvre coloniale très volatile qui ne laisse pas beaucoup de traces ». Les archives attestent également la présence de 37 000 Chinois dans le Nord travaillant dans les usines d’armements pendant la 1ère guerre mondiale. Il existe en Normandie, un cimetière des travailleurs chinois, un lieu de mémoire de la présence chinoise en France utilisé par les chinois sans papiers en 2000 où ils ont manifesté pour obtenir une régularisation de leur situation. On trouve également des traces de leur présence au Camp de Sainte-Marthe à Marseille.
Si les archives publiques ont été déterminantes pour l’obtention de ces informations, il est d’autant plus nécessaire de s’assurer l’acquisition d’archives privés qui permettraient d’écrire l’histoire de La Seyne-sur-mer qui n’est pas entièrement retracée. Le don serait une solution comme le préconise la responsable du service Culture et Patrimoine de la Mairie de La Seyne-sur-Mer et Jacqueline Ursh, représentante des Archives Départementales des Bouches-du-Rhône. Puis de leur côté, d’autres associations créent leurs propres archives à l’image de l’association RIO, dirigée par Jean-Marie Sanchez qui collecte des témoignages oraux des habitants des quartiers marseillais et l’association « Histoire et patrimoine des Seynois » qui effectue une collecte de paroles de femmes d’ouvriers immigrés. Un geste pour la mémoire, avec un aspect politique et militant.
Exemple de réussite en Rhône-Alpes : TRACES, une forme régionale des mémoires d’immigrés
D’autres associations ont quant à elle, apporter leur éclairage à partir de leurs expériences en matière de création de réseau à l’image de celui qui existe en Rhône-Alpes et, qui est un programme régional sur l’histoire de l’immigration conduit par l’association ARALIS depuis 2000. Elle mobilise des associations, des équipements de proximité, des institutions culturelles et patrimoniales et des collectivités territoriales. L’idée d’un réseau Rhône-Alpes est née dans les années 90, une époque où « il existait de vraies interrogations et demandes sociales autour de la mémoire de l’immigration ». Mustapha Najmi, chargé de mission pour l’association ARALIS a ainsi évoqué la réussite exemplaire d’un des projets de ce réseau : la Biennale TRACES, une manifestation culturelle qui valorise les contributions de l’immigration à l’histoire et à l’identité régionale et nationale, et lutte contre les représentations négatives de l’immigration. La biennale Traces présente de nombreux évènements (concerts, spectacles, expositions, parcours, films, ...) sur ce thème. Une manifestation de grandeur ampleur, qui ne l’aurait pas été s’il n y avait pas eu de partenariats.
La région PACA quant à elle, n’est pas totalement dépourvue. Des dispositifs permettent ainsi aux associations de monter des projets artistiques traitant ces questions. En effet, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE) et la Direction Régionale des Affaires Culturelles (Drac), se propose, dans le cadre d’un partenariat renforcé, d’aider des projets innovants dont l’objectif est de valoriser les patrimoines et les parcours migratoires, le tout, dans le cadre du dispositif « Identités, Parcours & Mémoires » (IPM). La Compagnie KaRnAvIrEs de René Auda et l’association Commune présidée par Martine Derain, artiste plasticienne qui s’est intéressée à la question des anciens migrants dans ses travaux sur la réhabilitation du centre ville de Marseille, sont venus apporter leurs témoignages et les projets qui ont vu le jour grâce au dispositif « Identités, Parcours & Mémoires » (IPM). « Les artistes nous aident à réfléchir et aborder de manière autre, les questions chaudes du temps présents » a souligné Frédérique Giraud-Herraud de la DRAC.
Même les laboratoires de recherches hébergés dans la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme se sont fédérés pour créer un réseau de géographes, d’historiens, d’ethnologues... qui croisent ainsi leurs regards et leurs travaux dans une démarche pluridisciplinaire. Des colloques et des conférences sont souvent organisés par la MMSH autour de ces questions. Il est vrai que tisser davantage de liens, des partenariats et favoriser la concertation entre les différentes structures présentes sur le territoire permettrait de faire avancer ces questions dans une dynamique régionale et nationale. Ceci permettrait également de lutter contre cette « pensée unique » du débat sur l’identité nationale. Les politiques d’immigration s’inscrivent dans cette histoire d’identité nationale, un concept dangereux, une vision figée et linéaire de la nation. L’identité et les Historiens sont instrumentalisés » résume Alain Hayot, vice-président délégué à la Culture et à la Recherche au Conseil Régional Paca.
Ainsi, l’ensemble des membres du réseau, participent activement à la reconnaissance des immigrations et des territoires comme partie intégrante de l’histoire et de la société française. « Le travail que nous menons, c’est la meilleure réponse au débat sur l’identité nationale ». Le réseau est en marche.
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