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Les relations entre Camus et le mouvement anarchiste français ont peu été étudiées jusqu’aux travaux de Lou Marin. Ce dernier, qui écrit sous un pseudo évoquant la ville de Lourmarin où a vécu et où est enterré Camus, a consulté les fonds de Heidelberg, de Barcelone ou encore de Lausanne pour rassembler dans le corpus « Albert Camus et les libertaires » publié en 2008 aux éditions Egrégores, des textes inédits de Camus qui révèlent que la plupart des positons politiques de l’auteur ont été publiées dans la presse anarchiste de l’époque. Hier soir, au Toursky, entrecoupés par les interventions probantes de Lou Marin et de Jean-Pierre Barou, Richard Martin, Aïcha Sif et Benjamin Barou-Crossman ont interprété quelques uns de ces textes.
Le recueil de Lou Marin va à l’encontre des critiques adressées à Camus reprenant les termes des intellectuels français de gauche dont Simone de Beauvoir qui décalrait à l’époque que « Camus s’était rangé du côté des Pieds Noirs ». Cet ouvrage réhabilite "l’homme révolté " comme étant celui qui refusait de se ranger dans un camp et insiste davantage sur son refus de se soumettre durant la guerre froide à une des deux grandes puissances. Les textes publiés dans les années 1940 et 1950 rendent compte de sa critique libertaire de la violence et de son engagement auprès de Messali Hadj, des objecteurs de conscience, des anticolonialistes écartés, des syndicalistes, de l’Espagne antifranquiste ou encore des révolutionnaires de l’Est.
Ces travaux ont effectivement une valeur inestimable si l’on considère au vue de la tournure générale des événements et à l’instar de Camus que « la société de demain ne pourra se passer du génie libertaire ». Reste qu’il est impossible de trancher sur le caractère colonialiste ou non de Camus, tout comme il est impossible de passer sous silence la lourde phrase de Kateb Yacine qui déclarait alors : « Je préfère un écrivain comme Faulkner qui est parfois raciste mais dont l’un des héros est un Noir, à un Camus qui affiche des opinions anticolonialistes alors que les Algériens sont absents de son œuvre et que pour lui l’Algérie c’est Tipaza, un paysage... ». D’après lui, l’écrivain pied-noir ne s’est « jamais débarrassé de ses réflexes primaires bien enracinés dans son inconscient colonial ». Mort avant la déclaration d’indépendance, on ne saura jamais comment aurait pu évoluer la pensée de celui qui jusqu’à son décès en 1960, continuait de défendre les condamnés à mort algériens auprès de De Gaulle tout en gardant le silence sur la guerre de Libération.
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