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Marche pour Gaza : Les Marseillais vont officiellement à Gaza

Publié le 11 janvier 2010
par Henda Bouhalli
Après des tentatives de départ ratées, après avoir effectué des manifestations de protestation dans les quatre coins du Caire, après avoir crier leur envie de voir une Palestine libre, les Marseillais sont sur le point de rejoindre Gaza, là ou il y a prés d’un an, les Gazaouis subissaient les attaques immorales et illégales de Tsahal. Troisième volet.

Les bus quittent le Caire sous escorte policière. Les yeux et les caméras sont rivés sur les 88 internationaux qui ont fait le choix de rejoindre les Gazaouis, parmi eux, 11 Français dont 10 Marseillais. La délégation officielle est désormais sur la route. Pendant ce temps, les Français restés au Caire campent toujours devant l’Ambassade de France pour protester contre l’interdiction égyptienne.

Sous l’émotion et le stress de ces derniers jours, certaines personnes fondent en larmes. Des larmes de joie et de soulagement car dans quelques heures elles seront à Gaza. Le chemin est très long, 10 heures de trajet avec des arrêts fréquents aux différents check-points et une distance à parcourir de 300 km du Caire à Rafah. Sur la route, des rafraichissements offerts par Madame Moubarak, épouse du président égyptien qui a autorisé le départ de 2 bus. Mais les marcheurs ont compris qu’il s’agissait d’un geste de propagande. Un membre de la délégation américaine l’a d’ailleurs fait remarquer quelques minutes après la distribution des chocolats et des boissons.

Une délégation de quatre rabbins de la paix

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© Med’in Marseille H.B.

Après avoir fait un détour pour éviter El Arish où les manifestants protestaient, la délégation américaine, (Code Pink : Women for Peace – ( Code Rose : Femmes pour la paix ») a voulu attendre les quelques internationaux (situés à El Arish), qui souhaitaient rejoindre la délégation officielle. Après une heure d’attente, ils arrivent accompagnés de quatre rabbins de la mouvance des Neturei Qarta (en araméen : « les gardiens de la cité »). Vêtus d’une tenue traditionnelle, « ces gardiens de la cité » vivant aux Etats-Unis et au Canada rejettent toute forme de sionisme et sont violemment opposés à l’existence d’Israël. « Ils considèrent en effet que l’Etat juif de l’antiquité fut détruit par la volonté divine, et que seul le messie pourra le rétablir. « Il est important que les gens à Gaza comprennent que la terrible tragédie ici » n’a pas été perpétrée « au nom du judaïsme » a déclaré l’un d’eux à la presse.

Enfin à Gaza

Terminus ! Tout le monde descend. Arrivée à Rafah, côté égyptien, puis Rafah, côté palestinien, la foule explose de joie malgré la fatigue due au 10 heures de trajet. A la douane, ils retrouvent les cadeaux, les jouets, le matériel, les aides diverses apportés pour les Gazaouis.

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© Med’in Marseille H.B.

Ils furent accueillis avec enthousiasme par les autorités palestiniennes et notamment par Ahmed Alnajjare, directeur des relations internationales, surpris de voir la détermination des marcheurs malgré les épreuves subies en Egypte mais surtout ravi de voir que la solidarité internationale n’a pas faibli. Après avoir gracieusement remercié les « amis de la Palestine », il les a invités à venir se restaurer à l’hôtel avant d’entamer la journée chargée du lendemain. Une partie des internationaux se sont alors réfugiés au « Commodore Gaza Hotel ».

Une marche pour la liberté à Beit Hanoun

Le lendemain, le 31 décembre, réunie à l’Hôtel, la délégation américaine a souhaité faire un point avec les 88 internationaux. « Etes-vous prêts à participer à la marche pour la liberté organisée par le Hamas ? » Pour certains, la question n’est même pas à poser, pour les autres ils resteront spectateurs. Un gazaoui a ensuite tenu à remercier l’ensemble de la délégation qui a fait un long voyage pour soutenir le peuple palestinien. « Nous apprécions vos efforts, votre travail, vos kilomètres parcourus. Vraiment, c’est un travail incroyable. Merci beaucoup pour le temps que vous avez donné. Les mères, les enfants, les familles souffrent. Elles ont perdu leurs maisons, elles n’ont nulle part où aller. Cette situation est unique au monde » dit-il les larmes aux yeux. « La guerre a laissé des traces dans les esprits, dans les cœurs et sur les corps. Les gens sont malades ou handicapées. Merci beaucoup, vous nous donnez de l’espoir. Transmettez le message à la communauté internationale » termine t-il en sanglots. Les Gazaouis ont d’ailleurs appelé cette guerre : « la guerre qui a fait pleurer les hommes ».

Les bus ont donc mené les 88 marcheurs à Beit Hanoun, ville située au nord-est de la bande de Gaza, en bord de mer, à dix kilomètres au sud d’Ashkelon et à six kilomètres de la ville israélienne de Sderot. A la sortie du bus, une foule compacte attendait les marcheurs. Les Gazouis, grand sourire aux lèvres, ont accueilli les internationaux avec enthousiasme. Une touche d’espoir de voir des étrangers entrer dans leur territoire. Ils se sont sentis le temps d’instant, un peu libre. Comme si la frontière n’avait jamais été fermée. Les télévisions du monde entier, la chaine égyptienne, marocaine, France 2, Al Jazeera étaient aussi présentes pour filmer l’évènement mais surtout pour filmer les Rabbins de la paix qui ont fait sensation. Il faut dire que la scène est insolite. En les apercevant, avec leurs chapeaux et manteaux noirs, barbus, les Gazaouis ont d’abord eu peur puis ont été surpris, ce n’est qu’après de brèves conversations avec les habitants de Gaza que la pression est retombée.

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© Med’in Marseille H.B.

La tension était palpable pour la police du Hamas qui était sur ses gardes. En effet, la sécurité des internationaux et des rabbins de la paix fût assurée du début jusqu’à la fin de la manifestation. Le moindre incident pourrait provoquer un autre conflit. Pendant ce temps, de l’autre côté, des pacifistes israéliens manifestaient.

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Pendant une demi-heure, les manifestants et les Gazaouis dont une partie handicapée, se déplaçant sur des motos électriques, défilaient drapeaux à la main sur le rythme des chants palestiniens et toujours le même slogan à la bouche : « FREE PALESTINE ». Arrivée au terminal d’Erez, le principal passage entre Israël et la bande de Gaza, les marseillais en ont profité être photographiés avec les orphelins de l’Institut Al-Amal et pour photographier de loin le mur qui sépare les Gazaouis des colons.

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Ce n’est qu’à la fin de la manifestation que des représentants du Hamas ont pris la parole un à un pour remercier les internationaux présents à Gaza et ceux restés au Caire. Ils ont rappelé combien les Gazaouis ont souffert de l’attaque israélienne. Des attaques qui n’ont pas épargnés la population civile mais surtout les enfants qui ont péri aux nombres de 300. Des balles perdues en plein cœur sans que cela ne fasse réagir la communauté internationale.

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Au retour, les 88 internationaux ont pu apercevoir, à travers les vitres du bus, les nombreuses maisons détruites par les colonisateurs. Des pierres qui s’amoncellent sur des semblants de trottoirs, des tentes dressées à côté des débris. Tsahal n’a pas épargné les maisons qui hébergeaient des familles entières. Le spectacle est écœurant et abominable et montre combien l’armée colonisatrice nourrit une haine démesurée envers les palestiniens.

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© Med’in Marseille H.B.
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© Med’in Marseille H.B.

Le spectacle est d’autant plus saisissant que les marseillais à leur retour, à l’Hôtel, aperçoivent une ville fantôme. Les voitures sont très peu nombreuses, les Gazaouis aussi. Sont-ils enfermés chez eux pour être protégés d’éventuelles incursions israéliennes ou ont-ils été décimés par le colonisateur ? Gaza City garde les traces de la dernière guerre. Les bâtiments sont criblés de balles, les F16, avions de combat multi-rôle développé par les États-Unis pendant les années 70 n’ont pas épargné les bâtiments qui n’avaient même pas été achevés, faute de matériaux et de ciments. Les restes du bâtiment hébergeant le commissariat et le parlement palestinien sont toujours visibles.

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Arrivés au Commodore Gaza Hôtel, les Marseillais ont souhaité visiter les familles palestiniennes, histoire de rencontrer le peuple et la réalité des conditions de vie des Gazaouis. Autant dire qu’il a été difficile de sortir de l’hôtel. Amina, qui a une tante à Gaza, a du attendre 24 heures pour se voir autoriser une sortie. Après de multiples tractations avec les chefs de la sécurité, le groupe marseillais a la possibilité de se promener dans les rues de Gaza mais aussi d’aller visiter la Galerie d’art. « Windows from Gaza for Contemporary Art » : « Fenêtres de Gaza de l’art contemporain » qui réunit un groupe de jeunes artistes dans le domaine de l’art plastique et de la photographie. Les marseillais ont pu ainsi, admirer les œuvres de Bassel Al Maquossi mais encore de Shreef Sarhan. Leurs œuvres sont marquées par la guerre et les dernières attaques israéliennes. « Des œuvres émouvantes et profondes » a notamment souligné Mustapha.

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© Med’in Marseille H.B.

Après cette visite, ils se sont rendus à Khan Younès, au camp des réfugiés pour visiter les familles. Une fois arrivés là bas, la réalité a dépassé la fiction.

La suite dans le prochain épisode.

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