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« Invictus » ou comment prendre les rennes d’un pays qui garde en mémoire l’Apartheid

Publié le 27 janvier 2010
par Henda Bouhalli
Pour son 30ème long métrage, l’infatigable réalisateur américain âgé de 82 ans, nous offre un voyage en Afrique du Sud post-apartheid. Après son chef d’œuvre, « Gran Torino », Clint Eastwood met en scène, avec « Invictus », les débuts de Nelson Mandela, remarquablement incarné par Morgan Freeman. Dans « Invictus », où l’émotion est à son comble, les cinéphiles sont plongés dans un pays qui tente de construire « une nation « arc-en-ciel » via le sport.

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Quand la légende Clint Eastwood évoque une autre légende : Nelson Mandela, cela donne un film émouvant. Sorti le 13 janvier dernier, « Invictus » fait toujours autant parler de lui. Le film raconte l’histoire d’une stratégie politique et humaine qui consiste à réconcilier une nation à travers le sport. Elu en 1994 à la tête d’une nation tout juste sorti de l’apartheid, Nelson Mandela décide de réconcilier Noirs et Blancs à travers le Rugby. En 1995, l’Afrique du Sud devant accueillir la Coupe du monde, il mise sur l’équipe des Springboks, ayant alors un faible niveau et détestée des Noirs… Le pari du président est osé et dangereux.

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Il souhaite en effet que les Springboks deviennent le symbole de la réconciliation du pays en gagnant la coupe du Monde qui a lieu à Johannesburg. Le hic, c’est que l’équipe n’est composée quasiment que de blancs et d’un seul joueur black, « Chester » qui incarne cette nation « arc-en-ciel ». L’équipe est haïe par la majorité noire du pays, qui préfère soutenir les nations adverses lors des confrontations. Les instances sportives du Congrès national africain (ANC) tentent même de rebaptiser l’équipe de rugby perçue comme étant celle des « Blancs » et symbolisant toujours dans les esprits, l’apartheid et le régime récemment aboli. Mandela prend même le risque de s’opposer à la dissolution des Springboks et donc au souhait de sa propre formation politique. Pour ce dernier, la réconciliation ne pouvant passer que par ce sport, si prisé par les Afrikaners et refuse donc de leur retirer ce qu’ils affectionnent. Une stratégie politique pour ne pas avoir à subir un repli des blancs qui contrôlent l’économie du pays mais aussi une stratégie humaine qui consiste à faire du capitaine de cette équipe, François Pienaar (incarné par Matt Damon), le symbole d’une « Rainbow nation ». Le scénario remet au goût du jour des souvenirs de 1998. Une coupe du monde, une victoire en finale contre la meilleure équipe du monde et une équipe adulée pour une nation réconciliée.

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Les matchs et les victoires s’enchainent alors. L’Australie, la France puis une rencontre face aux All Blacks menés par le terrifiant Jonah Lomu. La fin ? On la connait d’avance ; la joie envahit le stade, les rues et les bidonvilles. Jamais le sport n’a été aussi justement retranscrit avec des séquences qui ont de quoi troubler l’œil du plus aguerri des passionnés de Rugby. Puis, il y a cette image où l’on voit une Coupe du monde levée au ciel par le capitaine blanc et le seul joueur black de l’équipe. Même si les clichés sont tenaces, Clint Eastwood arrive tout de même à atténuer ces imperfections en misant sur l’émotion et la prestation de Morgan Freeman à la fois sage et espiègle face à un François Piennar, parfaitement incarné par Matt Damon.

Clint Eastwood a ainsi préféré traiter de la difficulté de réunir un peuple après des décennies d’oppression et d’injustices. Même si on pourrait lui reprocher son approche partielle de l’Apartheid, on ne peut que saluer la manière dont il a tenté de montrer l’intelligence et la sagesse d’un homme, celles de Nelson Mandela, qui, après 27 ans d’emprisonnement dans les geôles de Robben Island, a souhaité rassembler et fonder une nation où Noirs et Blancs vivraient à l’unisson. Un homme doté d’un sens politique aiguisé qui a su faire en sorte que le maillot « vert et or » des Afrikaners soit finalement soutenu par une nation toute entière, malgré une histoire aux plaies ouvertes.

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Dans « Invictus », comme dans la plupart de ses films, (Gran Torino, Million Dollar Baby...) Clint Eastwood ne déroge pas à la règle en mettant systématiquement l’humain au centre, ce qui donne des séquences où les émotions envahissent le spectateur. Avec des images bouleversantes où l’on voit les Springboks pénétrer pour la première fois dans un ghetto pour initier une jeunesse qui pourtant ne jure que par le foot. Ils découvrent par la même occasion ce peuple noir d’Afrique du Sud, qu’ils ont toujours eu sous leur nez mais qu’ils n’avaient jamais cherché à connaitre et à comprendre. Comme ces scènes drôles et émouvantes où le service de sécurité de Mandela, composé de Blancs et de Noirs apprennent malgré la méfiance à cohabiter, à s’apprivoiser et à se connaitre.

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L’histoire est bien servie par le talent du cinéaste et les prestations de Morgan Freeman et de Matt Damon. Les films de Clint Eastwood gardent toujours cette même empreinte teintée de scènes intimes et chargée d’émotions. Avec une scène en particulier, au cours de laquelle François Pienaar découvre la cellule que Mandela a occupé durant 27 années avec en fond sonore, le poème qui a donné son nom au film et que la voix de Mandela clame, laissant aux deux derniers vers la puissance de faire frissonner les spectateurs. Un poème qui lui aura donné la force et le courage de supporter l’enfermement pendant tant d’années. « Je suis le maitre de mon destin, je suis le capitaine de mon âme », extrait du poème « Invictus » de William Ernest Henley, poète, critique littéraire et éditeur britannique né en 1849.


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